Pâques et la pleine lune…

Article rédigé par Daniel FOULLON et Evelyne LÉTARD, Centre Généalogique de Touraine

Pâque, de l’Hébreux « Pessa’h » (« Pascha » en latin) signifie le passage.

Pour les Juifs elle commémore la sortie d’Égypte et, pour les Catholiques, la Résurrection.

Dans la tradition juive, elle se prolonge sur huit jours et commence le soir du 14 Nissan, qui correspond au dernier jour avant la première pleine lune de printemps. Elle se termine le 22 Nissan.

Le calendrier hébreu est un compromis entre le cycle solaire et le cycle lunaire ; aussi en 325 le Concile de Nicée tente-t-il de fixer la date de Pâque en accord avec un ancien calendrier existant dans l’empire romain, et les pères du Concile ajoutent un « s » pour différencier la Pâque juive de la Pâques chrétienne.

FIXATION DE LA DATE

Le Concile de Nicée (ville d’Anatolie aujourd’hui Iznik) fixa la date de Pâques le 14ème jour de la lune, c’est-à-dire le 13ème jour qui suit la nouvelle lune de printemps.

L’empereur Constantin (au centre) et les évêques du Concile de Nicée

Cette définition fait référence à une lune fictive dite lune pascale ou lune ecclésiastique déterminée par le cycle de Méton : Méton, astronome grec du Vème siècle avant notre ère, avait calculé que 235 mois lunaires (ou lunaisons) correspondent à 19 années solaires (avec une différence de 1 heure 27 mn 33 s). Le but de ce calcul n’étant pas de fixer une date historique, mais de distinguer la Pâque juive de la Pâques chrétienne.

Représentation héliocentrique du système solaire

Au VIème siècle, un moine grec installé à Rome, Denys le Petit, confirma les travaux du Concile de Nicée. Il calcula en outre l’ « anno dominici » : l’an 1 de notre ère.

Au fil des années il devint évident que le décalage entre les saisons et le calendrier solaire prenait de l’ampleur. Au XVIème siècle, le pape Grégoire XIII promut le calendrier grégorien le 15 octobre 1582 : il résulte des travaux d’un mathématicien allemand, Christophorus Clavius, et d’un astronome italien, Luigi Giglio.

Ce calendrier, publié pendant les Guerres de religion, fut accepté par les pays catholiques et refusé par les pays protestants : « Plutôt vivre en désaccord avec le soleil qu’en accord avec le Pape ».
Ce refus se poursuivit jusqu’à la fin du XVIIème puis, résignés, tous les pays réfractaires l’adoptèrent.

Suite au nouveau calendrier, un nouveau calcul de la date de Pâques s’imposa.

Les astronomes fixèrent plusieurs paramètres qui composent le comput[1] ecclésiastique :

  • le nombre d’or : est le numéro de l’année de 1 à 19 dans le cycle de Méton.
  • l’épacte indique l’âge de la lune au 1er janvier de l’année en cours.
  • la lettre dominicale indique les dimanches à partir du 1er janvier par une lettre A à G (exemple pour 2021 : vendredi 1er = A – dimanche 3 = C. « C » est la lettre dominicale de l’année).
  • le cycle solaire : période de 28 ans à la fin de laquelle revient la même lettre dominicale.
  • l’indiction romaine : n’est pas un calcul astronomique mais une période de 15 ans dans l’Empire romain, qui servait à l’actualisation de l’impôt. Elle est utilisée uniquement par le Vatican pour dater les documents comme les encycliques ou les bulles papales. Les années sont numérotées de 1 à 15.

Tous ces paramètres apparaissent dans les calendriers après le dernier jour de février.

Comput 1953
Nombre d’or 16 – Cycle solaire 2 – Epacte 14 -Lettre dominicale D – Indiction romaine 6

Le jour de Pâques, résultat d’un algorithme, est fixé en fonction des différents paramètres au dimanche le plus proche de la nouvelle lune de printemps, soit au plus tôt le 22 mars et au plus tard le 25 avril.

[1] Comput : calcul des éléments calendaires utilisés par les églises chrétiennes


Une coutume à la fois païenne et chrétienne

Dans de nombreux pays la tradition de Pâques consistait à décorer un oeuf, offert le matin du dimanche de Pâques. Dès la Renaissance on offrait des oeufs précieux à la cour royale (les célèbres oeufs de Fabergé, chefs-d’oeuvre en or et pierres précieuses, étaient offerts à la fin du XIXème par Nicolas II à la cour impériale de Russie).

Dans le quart nord-est de la France, en Suisse, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, le symbole de Pâques est apporté par un lapin ou un lièvre ; ailleurs, et notamment en Touraine, les enfants se lancent dans une chasse aux oeufs en chocolat déposés par les cloches dans les jardins, les parcs, etc. Dès la fin du XIXème siècle les Allemands remplacent les oeufs de poule par des oeufs en chocolat.

Pâques à Colmar (Alsace – 2017)

D’autres traditions consistent également à faire rouler les oeufs jusqu’en bas d’une colline, faire une course aux oeufs sur la pelouse de la Maison Blanche, lancer une bataille d’oeuf ou décorer un arbre du jardin avec des oeufs de Pâques.

Ou tout simplement envoyer une carte postale à ses proches et amis.


Sources :
Wikipedia – Encyclopedia universalis – Le livre de l’Exode

Collection de cartes postales de Liliane LÉTARD

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Moreau Catherine
Moreau Catherine
1 mois plus tôt

Article très intéressant, bravo et merci.
Catherine

DELAHAYE Charles Henri
DELAHAYE Charles Henri
1 mois plus tôt

Très intéressant, ce sont des choses qu’on arrive assez vite à oublier et là, on a bien toutes les explications nécessaires. Effectivement, bravo et grand merci.