M comme Malicorne, le moulin de Sainte-Maure-de-Touraine

Document réalisé par Gabriel LAHOREAU, adhérent du Centre Généalogique de Touraine

La commune de Sainte-Maure est arrosée par 3 ruisseaux dont la Manse est le principal. Les 2 autres sont ses affluents, dont la Manse de Souvres qui a sa principale source dans la commune de Sainte-Catherine-de-Fierbois et coule de l’est vers le sud-ouest. L’axe de ce ruisseau sépare les communes de Sainte-Maure et Saint-Épain, en suivant la vallée de Courtineau, puis se jette dans la Manse au-dessous du moulin de Mareille, après un parcours de 6 km.


Bien que de faible débit, le ruisseau alimentait jusqu’à 6 moulins :

  • Le moulin Follet sur Sainte-Catherine-de-Fierbois,
  • Le moulin de la Chaise, le moulin de Courtineau et le moulin de Mareille sur Saint-Épain,
  • Le moulin de Malicorne et le moulin de Souvres sur Sainte-Maure-de-Touraine.
Carte de Cassini (2ème moitié du XVIIIème) – 5 moulins de la source à la confluence :
Follet – La Chaise – Malicorne – Souvres – Mareille
Cadastre napoléonien (1827) – 6 moulins de la source à la confluence :
Follet – La Chaise – Courtineau – Malicorne – Souvres – Mareille

Étymologie du nom de Malicorne
Plusieurs origines possibles :

  • Mauvaise corne : que l’on savait dangereuse pour la navigation,
  • « Mauvaise corne », c’est-à-dire lieu planté de cornouillers, certaines variétés de ces arbustes donnant des fruits non comestibles,
  • « Un dicton du Berry prétend que le diable s’est fait meunier après avoir constaté que c’est dans cette profession qu’on s’enrichissait le plus rapidement. Certains de ces meuniers avaient une telle mauvaise réputation que l’on regrettait amèrement de corner à leur porte. De là les noms de Malicornay (mal y cornai : « j’y ai corné pour mon malheur ») dans l’Indre et de Malicorne (Allier, Sarthe et Yonne). »
    Conclusion : si le mot « Malicorne » est, de nos jours, doux à l’oreille, son origine serait moins poétique.

Le Moulin de Malicorne à travers le temps

14 juillet 1395 : Traité passé entre le seigneur GUILLAUME de Craon et de Sainte-Maure, d’une part, et Gilles des AUBUYES et son épouse d’autre part ; traité par lequel le seigneur de Sainte-Maure transporte audit des AUBUYES, une place où était bâti le moulin de Malicorne, avec le cours d’eau, etc. (Source : Mémoires de la Société Archéologique de Touraine Tome V).

Vers 1395-1400 – Gilles des AUBUYES acquiert le moulin de Malicorne (Source : Mémoires de la Société Archéologique de Touraine Tome XV – Le moulin de Mareille était aussi un fief de Gilles des AUBUIS).

3 septembre 1558 – Ferme du moulin de Malicorne, par le seigneur Loys de ROHAN, comte de Sainte-Maure, au profit de Françoise CHAMAU, veuve Jean BESCOUT (Source : Mémoires de la Société Archéologique de Touraine Tome V).

1692 – Le moulin est aussi cité dans le livre sur Sainte-Maure-de-Touraine de E. MONTROT, section « Bleds et argent de rente » : « Par bail du 8 décembre 1692 fait à Pierre Pachet, du moulin de Malicorne, 140 livres ».

Vers 1696 – Le moulin de Malicorne était un des 2 moulins banaux appartenant à la Baronnie de Sainte-Maure au Moyen Âge.

  • Le moulin banal de Sainte-Maure estant au bas de la ville, auquel le seigneur a droit de contraindre ses sujets d’aller moudre suivant la coutume. Un petit jardin à costé.
  • Le moulin de Malicorne situé paroisse de Sainte-Maure.
  • Quinze chaînée de chènevis.
  • Un arpent de pré au Pont-Goubeau
  • Un autre arpent de pré prés le dit moulin.
  • Trois quartiers de terre en costeaux près le moulin.
  • Un quartier de terre en freiche et un noyer dedans.
  • Cinq chaînées de chènevis prés le dit moulin.
    (Source : Le domaine seigneurial de Sainte-Maure au XVIIème siècle. D’après un manuscrit des archives d’Indre-et-Loire, rédigé vers 1696 par le sieur FROGER de la CARLIÈRE, avocat en Parlement, inspecteur général des terres, châteaux et domaine de Son Altesse le Prince Charles de ROHAN).

Soit la propriété du moulin d’une superficie totale d’environ 2,13 ha en prenant comme mesures : 1 arpent = 2/3 ha = 6666 m² = 100 chainées ; 1 chainée = 66,6 m² ; 1 quartier = ¼ d’arpent = 1666 m²

Le chanvre: cette humble plante va fournir
la fibre à corde, la fibre à tissu, l’huile à lampe,
l’huile alimentaire, le tourteau alimentaire, l’aliment pour le bétail, etc.

1790-1792 – Nombre de métiers, en relation avec les moulins, dans les actes de 1790 à 1792 à Sainte-Maure-de-Touraine :

  • 1 cardeur : un cardeur est un ouvrier qui démêle les fibres textiles (chanvre ou laine) et les peigne à l’aide d’une carde.
  • 2 cordiers : le premier travail du cordier consiste à préparer le chanvre qu’il a acheté roui et broyé. Pour cela il utilise différents peignes aux dents plus ou moins longues et écartées. Le plus grossier sert à débarrasser le chanvre des débris de bois (c’est le teillage), le plus fin sert à séparer les fibres en fils très fins (c’est le peignage)
  • 1 étaminier (fabricant d’étamine, étoffe de laine ou de soie très légère).
  • 1 fabricant d’étoffes.
  • 1 fabricant en laine.
  • 2 filtoupiers (batteur de chanvre) : il était chargé de préparer le chanvre en brisant la tige avec un outil ferré. On le dit aussi ferron, ferreur ou chanvrier.
  • 2 huiliers : fabricants et marchands d’huile de table ou à usage domestique (l’huile de chanvre était utilisée pour l’éclairage). L’huilier passait dans les villages avec une charrette, ramassait les graines ou les noix dans des sacs et demandait le nombre de récipients qui étaient nécessaires au transport de l’huile (cruches en grès). Il rapportait l’huile après passage au moulin.
  • 1 marchand tailleur.
  • 3 marchands tanneurs.
  • 3 tanneurs.
  • 12 meuniers (dont André ANGELARD à Courtineau, François Jean CHARTIER au moulin de cette ville, Pierre GUÉRIN à Marrans, René GUÉRIN à Mareille, Martin MARAIS à Chantrainne).
  • 1 serger : il tissait la laine pour en faire de la serge (tissu de laine croisée).
  • 2 tailleurs d’habits.
  • 22 tisserands : les tisserands ruraux étaient des artisans indépendants, achetant leur matière première, la faisant filer dans la famille, l’oeuvrant eux-mêmes sur des métiers leur appartenant et la revendant enfin aux marchands (nombreux à Sainte-Maure en cette fin du XVIIIème).

Le moulin du pré était un moulin à tan appartenant à la Collégiale Saint-Martin : il broyait les écorces de chêne et le tan était vendu aux tanneurs installés le long de la Manse.
Le moulin de la ville était le moulin banal où les habitants de Sainte-Maure avaient obligation d’y faire moudre leur grain contre redevance.
Le moulin de Malicorne était (peut-être) le moulin banal pour le chanvre au vu des cultures de chennevis à côté du moulin et du nombre important d’artisans vivant de cette culture.

1825

1827

Ces documents attestent que la roue du moulin était située sur la rivière et non sur un bief.

Vers 1828 – État des sections des propriétés non bâties et bâties du cadastre napoléonien (Source AD Indre-et-Loire) : il nous apporte des informations sur les propriétaires des terres et des maisons. Le moulin de Malicorne était un moulin à farine.

RANCHER Louis et DAVID Jeanne, meuniers à « l’usine » de Maillé, sont les parents d’Auguste RANCHER qui sera le nouveau propriétaire de Malicorne dans le recensement de 1851

Les habitants du moulin de Malicorne dans les recensements

Recensements de 1841 à 1872
(Source : AD Indre-et-Loire)

Antoine SENTIER
est né le 24 avril 1800 à Thilouze de Pierre SENTIER, cultivateur, et de Catherine GUIGNEBAULT. Il épouse le 22 novembre 1831 à Saint-Épain Catherine GRATIEN, née vers 1810 à Saint-Épain, d’André GRATIEN propriétaire et de Catherine MIRAULT.

Acte de mariage : Signature d’Antoine. Catherine ne sait signer

4 enfants naissent de cette union :

  • Léon Paul, né le 23 février 1833 à Thilouze. Ses parents demeurent à Thilouze et son père est cultivateur.
  • Jules Jean, né le 12 mai 1837 à Sainte-Maure au moulin de Malicorne. Son père est meunier.
  • 2 autres enfants du couple naissent à la Villière à Thilouze : Virginie Aimée, le 23 octobre 1845, et Pierre le 21 octobre 1848. Le père est propriétaire.

René GUITTON
est né le 26 septembre 1797 à Pouzay, de Martin GUITTON, meunier, et de Renée LEBLANC.
Il épouse le 13 novembre 1820 à Montbazon Jeanne GUITTON, couturière, née le 22 janvier 1803 à Montbazon, de Louis GUITTON, meunier et de Jeanne ROBINEAU.

Acte de mariage : Signature de Jeanne et de René.

  • Henriette naît le 31 juillet 1829 et René le 29 mars 1825, tous les deux au lieu des Avrains à Montbazon. Leur père est meunier.
    Henriette décède le 10 septembre 1848 à la Basse Manselière à Sainte-Maure. Son père est maintenant cultivateur.

Auguste RANCHER
est né le 8 janvier 1822 à Maillé de Jean Louis RANCHER et de Jeanne DAVID.
Son père, Jean Louis RANCHER, est meunier à « l’usine de Maillé » (Noté dans le recensement de 1846 de Maillé) et maire de la commune.
Sa mère, Jeanne DAVID, née le 29 juillet 1789, est la fille de Louis DAVID, meunier de la Chaise et de Catherine DUCHESNE.
Il se marie le 29 juillet 1851 à Sainte-Maure-de-Touraine avec Catherine BEAUMONT (BAUMONT), fille de Louis BEAUMONT cultivateur et d’Anne PERRET.

Acte de mariage : Signatures de Catherine et d’Auguste

6 enfants naîtront de cette union à Malicorne :

  • Anne Amélie (21 janvier 1852 – 17 juin 1853).
  • Eugénie Marie Constance, née le 8 novembre 1853, épouse Albert FAREZ, cultivateur, le 13 avril 1872 à Sainte-Maure.
  • Auguste, né le 15 octobre 1856, épouse Aurélie TROUVÉ le 28 octobre 1879 au Grand-Pressigny. Auguste est meunier au moulin neuf d’Abilly.
  • Eugène, né le 29 septembre 1859, épousera Françoise MAVIER le 25 juin 1883 à Sainte-Maure. Il restera au moulin jusqu’en 1881 en tant que gagiste, puis domestique. A la naissance de son fils Eugène Ernest, il est conducteur d’omnibus à Châteaudun.
  • Constant Jérémie, né le 29 mai 1862, épousera Marie Célestine DUBOIS le 26 février 1889 à Pouzay. Constant est facteur et Marie lingère.
  • Alfred, né le 11 août 1865, épousera Joséphine Anne HUET le 16 avril 1887 à Panzoult. Alfred est facteur receveur et Joséphine lingère. Auguste décédera à Malicorne le 22 mars 1871 à l’âge de 49 ans.
Table de succession de Sainte-Maure pour 1871,
date du décès d’Auguste Rancher à Malicorne

N° d’ordre : 154
Auguste
RANCHER, meunier, domicilié à Sainte-Maure, âgé de 49 ans, décédé le 22 mars 1871, époux de Catherine BEAUMONT – inventaire réalisé le 5 mai 1871 et 16 octobre 1871 – le montant de l’évaluation est de 1193,00 francs, la date des déclarations de succession, dons et legs est le 22 septembre 1871 – les héritiers sont RANCHER Marie Eugénie et autres mineurs à Sainte-Maure – le montant des biens déclarés, dont valeur du mobilier, argent, rentes et créances est 7507,85 francs et le montant du revenu des immeubles, situés à Saint-Épain, est de 315,00 francs.
Catherine, sa femme, est meunière au moulin en 1872. Elle épousera, âgée de 38 ans, en secondes noces, Pierre LEBLANC demeurant à Sainte-Catherine-de-Fierbois. Son père est consentant et sa mère non consentante à ce remariage. Il est carrier, peut-être l’a-t-elle connu dans la vallée de Courtineau où se trouvaient de nombreuses carrières.
Catherine décèdera le 7 août 1918 au lieu-dit des Mérigotteries à Sainte-Maure.


Avant de continuer sur les recensements et les propriétaires suivants, nous allons revenir sur

l’histoire du moulin

et, en particulier, sur le règlement d’ensemble des usines situées sur la Manse de Souvres au milieu du XIXème.
Ce règlement imposait à chaque propriétaire de construire un déversoir en pierre à la place des vannes manuelles afin de réguler le débit d’eau pour toutes les usines situées sur le cours d’eau. Il imposait également de placer une borne comme repère indiquant le niveau d’eau de la retenue.

25 avril 1855 – Règlement d’eau. Procès-verbal de visite des lieux

Nous soussigné, Ingénieur des Ponts et Chaussées,
Vu l’arrêté de M. le Préfet d’Indre et Loire, en date du 31 janvier 1855, prescrivant le règlement général des usiniers de la rivière de la Manse et des affluents, les ruisseaux de Souvres et de Montgauger.
Nous nous sommes rendus au moulin de Malicorne pour procéder à la visite des lieux.
Etaient présents : M. Rancher propriétaire de l’usine.
Nous avons choisi pour repère provisoire auquel seraient rattachées nos opérations, le dessus de l’appui en pierre dure d’une petite croisée éclairant la chambre d’habitation du meunier située dans la façade Nord, près d’une porte murée à 7m33 de l’arêtier Nord-Ouest.
Le moulin de Malicorne a une roue freinée en dessus de 2m86 de diamètre et de 1m59 de largeur.
La vanne motrice dont la largeur à 1m14 à son seuil placé à 0m725 au-dessous du repère.
Le premier vannage de décharge situé à 100m environ de l’usine se compose d’une seule vanne ayant 0m77 de largeur, 1m22 de hauteur et son seuil à 1m405 en contre-bas du repère.
Le second vannage situé à 34m de l’usine se compose de deux vannes ayant chacune 0m56 de largeur et leur seuil à 1m905 en contre-bas du repère. La 1ère de ces vannes à 1m77 et la 2ème 1,88 de hauteur.
Il n’existe point de déversoir.
Immédiatement à l’aval du 2ème vannage de décharge la rivière est formée par un barrage en maçonnerie munie en son milieu d’une vanne qui laisse arriver l’eau à la roue motrice et qui en temps de crue ou lors de réparations à l’usine peut rester fermée.
Nous avons ensuite engagé les parties intéressées à présenter leurs observations.
M. Rancher demande à établir son déversoir immédiatement à l’amont du premier vannage de décharge sur le terrain qui lui appartient. Il demande en outre à conserver sa retenue à 0m50 au-dessus du seuil de la vanne motrice ou à 1m68 au-dessus du seuil du 2ème vannage de décharge.
Et après avoir déclaré qu’il serait procédé ultérieurement, s’il y a lieu, au complément des opérations, nous avons donné lecture du présent procès-verbal aux personnes présentes que nous avons invités à le signer avec nous.
Signé : Rancher

Plan de détail du moulin

18 avril 1859Préfecture d’Indre et Loire
Objet : Règlement du moulin de Follet, de la Chaise, de Courtineau, de Malicorne, de Souvres et de Mareilles situés sur la Manse de Souvres dans les communes de St-Epain et Sainte-Maure
(Les 6 « usines » étaient destinées à moudre du blé). Puis suit une série de 40 dispositions dont une partie détaillée pour chaque moulin et d’autres communes à toutes les usines.
Art 1er : Le régime hydraulique des usines situées sur la Manse de Souvres est fixé ainsi qu’il suit :
Art 15 : Moulin de Malicorne
Le sieur Ranché est autorisé à maintenir en activité une usine destiné à moudre le blé, dite moulin de Malicorne, qu’il possède sur la
Manse de Souvres dans la commune de Saint-Épain, département d’Indre-et-Loire
Nota : Les habitants du moulin sont répertoriés dans les recensements de Sainte-Maure et non de Saint-Épain.
Art 16 : Le niveau légal de la retenue est fixé à vingt trois centimètres (0m23) en contre-bas du dessus de l’appui en pierre dure d’une petite croisée éclairant la chambre du meunier, ouverte dans la façade Nord du moulin, à sept mètres trente trois centimètres (7m33) de l’arêtier Nord-Ouest, point pris pour repère provisoire. Ce niveau correspond à un mètre soixante huit centimètres (1m68)
en contre-haut du seuil de vannage de décharge le plus rapproché de l‘usine.
Art 17 : Le déversoir sera établi dans l’emplacement du vannage le plus éloigné de l’usine qui sera supprimé ; il aura trois mètres (3m00) de longueur et sa crête sera arasée au niveau légal ci-dessus fixé

Dispositions communes à toutes les usines

Art 29 : Le sommet de toutes les vannes de décharge, sans exception, sera pour chaque usine, dérasé comme la crête du déversoir dans le plan d’eau de la retenue. Elles seront disposées de manière à pouvoir être parfaitement manoeuvrées en tout temps et à se lever au-dessus du niveau des plus hautes hauteurs d’eau.
Art 30 : Les canaux de décharge seront disposés de manière à embrasser à leur origine les ouvrages auxquels ils font suite et à
écouler facilement toutes les eaux que ces ouvrages peuvent débiter.
Art 31 : Le couronnement du déversoir sera construit sur toute sa longueur et sur une largeur horizontale de trente-cinq centimètres (0m35) en pierre de taille dure. Les maçonneries des déversoirs, des vannes de décharge et des repères définitifs seront faites avec mortier de chaux hydraulique et sable.
Art 32 : Les digues contenant les eaux retenues sur toute la longueur des dérivations seront réparées et entretenues par les usiniers, de telle sorte, que leur sommet soit toujours placé à trente centimètres (0m30) au moins en contre-haut du plan d’eau de la retenue. La largeur minimale de ces digues sera de soixante centimètres (0m60) en couronne avec des talus inclinés à trois de base pour 2 de hauteur.

Borne du moulin des Roches
(Saint-Épain)

Art 33 : Il sera posé à l’amont de chaque usine, dans un endroit visible et de facile accès un repère fixe et invariable dont le point zéro indiquera seul le niveau de la retenue. Ce repère devra toujours rester accessible, soit aux fonctionnaires publics, soit aux particuliers qui ont intérêt à vérifier la hauteur de l’eau. Il consistera en une borne en pierre de taille dure scellée dans un massif de maçonnerie et dont le pied sera baigné par les eaux du bief. Cette borne de trente centimètres (0m30) de côté, portera sur la face en regard du bief, un trait horizontal gravé dans l’épaisseur de la pierre sur un centimètre (0m01) de profondeur et qui correspondra au zéro indiquant le niveau légal de la retenue. Les permissionnaires ou leurs fermiers seront responsables de la conservation du repère définitif, ainsi que des repères provisoires jusqu’à la pose du repère définitif.
Art 34 : Dès que les eaux dépasseront le niveau légal de la retenue, les permissionnaires ou leurs fermiers seront tenus de lever les vannes, et de les ouvrir au besoin en totalité. Ils seront responsables de la surélévation des eaux tant que les vannes ne seront pas levées à toute hauteur. En cas de refus ou de négligence de leur part d’exécuter cette manoeuvre en temps utile, il y sera procéder d’office et à leurs frais à la diligence du Maire de la commune, et ce, sans préjudice de l’application des lois pénales dont ils seront passibles, ou de toute autre action civile qui pourrait leur être intentée à raison des pertes et dommages résultant de ce refus ou de cette négligence.
Art 35 : Les permissionnaires ou leurs fermiers seront tenus d’effectuer à vif fond du bief de leur usine dans toute l’étendue du remou, toutes les fois que la nécessité s’en fera sentir ou qu’ils en seront requis par l’autorité administrative, si mieux n’aiment les
riverains opérer ce curage eux-mêmes et à leurs frais sauf l’application des règlements actuellement existants ou à intervenir.
Art 36 : Les permissionnaires seront tenus de se conformer à tous les règlements intervenus ou à intervenir sur la police, le mode de distribution et le partage des eaux.
Art 37 : Les droits des tiers sont et demeurent expressément réservés.
Art 38 : Les travaux ci-dessus prescrits seront exécutés sous la surveillance de l’Ingénieur du service hydraulique, ils devront être terminés dans le délai de 6 mois, à partir de la notification du présent arrêté. A l’expiration de ce délai, l’Ingénieur rédigera un procès-verbal de récolement aux frais des permissionnaires, en présence de l’autorité locale et des parties intéressées dûment convoquées. Si les travaux sont exécutés conformément aux dispositions du présent arrêté, ce procès-verbal sera rédigé en double expédition, l’un de cette expédition sera déposé aux archives de la Préfecture et le second à la mairie du lieu.
Art 39 : Faute par le permissionnaire de se conformer dans le délai ci-dessus fixé aux dispositions prescrites, l’administration se réserve suivant les circonstances, de prononcer la déchéance des permissionnaires ou de mettre leur usine en chômage, et, dans tous les cas, elle prendra les mesure nécessaires pour faire disparaître aux frais des permissionnaires tout dommage provenant de leur fait, sans préjudice de l’application des dispositions pénales relatives aux contraventions en matière de cours d’eau.
Il en sera de même dans le cas où, après s’être conformé aux dispositions prescrites, les permissionnaires formeraient quelque entreprise nouvelle ou changeant l’état des lieux, sans y avoir été préalablement autorisé
.

6 mai 1859
Auguste RANCHER reconnaît avoir reçu l’arrêté préfectoral ci-dessus.

17 août 1859 – Réponse de l’ingénieur à la pétition des Srs RANCHER et LIÉNARD tendant à faire modifier l’emplacement fixé par le règlement pour le moulin de Malicorne et de Mareille.

2 septembre 1859 – Arrêté du préfet
Le préfet entérine le rapport de l’ingénier ordinaire. Il n’y a pas lieu de ? à la réclamation des sieurs Rancher et Liénard.

26 mars 1869 – Procès-verbal de vérification par l’ingénieur des Ponts et Chaussées
Vu l’arrêté préfectoral de 27 avril 1859 réglementaire des usines situées sur la rivière de la Manse de Souvres
Vu la dépêche ministérielle du 5 février 1869 prescrivant de procéder au récolement des règlements d’eau dont les délais d’exécution sont expirés.
Vu notamment l’article 98 portant que les travaux prescrits devront être terminés dans le délai de 6 mois à dater de sa notification,
Nous nous sommes rendus au moulin de Malicorne pour procéder au procès-verbal de récolement desdits travaux.
Étaient présents : Mr Rancher, propriétaire du moulin de Malicorne

  • Le repère provisoire a été trouvé intact mais le repère définitif n’est pas posé.
  • Le déversoir n’a pas été construit et le vannage le plus éloigné de l’usine existe encore.
  • Le vannage de décharge n’est pas conforme aux dispositions prescrites.

6 avril 1869 – Arrêté du préfet
Il résulte du procès-verbal qui précède qu’il n’a encore été rien fait pour satisfaire aux prescriptions de l’arrêté réglementaire du 27 avril 1859.
En conséquence, l’ingénieur ordinaire soussigné est d’avis qu’il y a lieu par Mr le Préfet d’arrêter les dispositions suivantes :
Art 1 ; Mr Rancher est mis en demeure d’exécuter dans le délai de six mois à dater de la notification du présent arrêté, les travaux réglementaires prescrits par l’arrêté préfectoral du 27 avril 1859 à son moulin de Malicorne situé sur la rivière de la Manse de Souvres dans la commune de St Epain.
Art 2 ; Faute par lui de satisfaire à ces prescriptions dans le délai ci-dessus fixé, son usine sera mise en chômage sans préjudice des pénalités encourues pour contravention en matière des cours d’eau.

11 février 1870 – Règlement d’eau – Procès-verbal de récolement
Vu l’arrêté préfectoral du 27 avril 1859 réglementaire des usines situées sur la rivière de la Manse de Souvres ;
Vu les dépêches ministérielles des 5 février et 10 septembre 1869 présentant de procéder au récolement des règlements d’eau dont les délais d’exécution sont expirés.
Vu l’arrêté de mise en demeure du 6 avril 1869 ;
Vu notamment l’article 1er de cet arrêté portant que les travaux prescrits devront être terminés dans le délai de 6 mois à dater de la notification.
Nous sommes rendus au moulin de Malicorne pour procéder au procès-verbal de récolement desdits travaux.
Étaient présents :
Mr Gouron, maire de la commune de St Epain
Mr Rancher, propriétaire du moulin de Malicorne.
Suit le procès-verbal des travaux et la bonne exécution de ceux-ci, et notamment le déversoir et la borne.

  • Le déversoir a été établi sur la rive droite à 30 mètres de l’ancien vannage le plus éloigné de l’usine. Il a une longueur de trois mètres (3m00), et sa crête est dérasée à quatre centimètres (0,04m) en contre-bas du niveau légal de la retenue
  • Le repère définitif est placé sur la rive gauche du bief, à deux mètres (2m00) en amont du bâtiment du moulin. Il est parfaitement visible et accessible au public.

Et ayant reconnu que les dispositions exécutées satisfont aux dispositions prescrites, nous proposons la réception définitive des travaux.

11 mars 1870 – Courrier du maire de Saint-Épain

« Nous soussigné maire de la commune de St-Epain certifions avoir notifié à Mr Rancher propriétaire à Malicorne, le procès-verbal de récolement de son usine située à Malicorne en cette commune. Laquelle notification faite ce jourd’hui. »

Ces documents proviennent des Archives Départementales d’Indre-et-Loire, rue des Ursulines à Tours. Cette instruction a duré 15 ans et 10 ans se sont écoulés entre le refus de la pétition des sieurs RANCHER et LIÉNARD et le procès-verbal de vérification des travaux.

Auguste RANCHER décédera un an après le PV de récolement, le 22 mars 1871, à seulement l’âge de 49 ans. Est-ce dû aux soucis de cette mise en conformité ?


Recensements de 1876 à 1936
(Source : AD Indre-et-Loire)

Suite au décès d’Auguste RANCHER, le moulin fut repris par Pierre JUET, aux environs de 1872.
Un lien d’amitié unissait Auguste à Jeanne MÉRY, la belle-mère de
Pierre. Il fut un des témoins à son mariage avec Jean MARQUET en 1849 : « Auguste Rancher, 26 ans, meunier, demeurant en cette commune (Malicorne), ami de l’épouse « .
Un lien filial également : ils étaient cousins.

Pierre JUET est né le 27 avril 1843 à Saint-Épain de Pierre JUET, journalier propriétaire et d’Anne BROSSET. Il se marie le 14 juin 1869 à Saint-Épain avec Jeanne Marguerite MARQUET. Il est cultivateur et demeure à la Morinière à Saint-Épain. Jeanne est née le 24 décembre 1851 à Saint-Épain de Jean MARQUET, cultivateur, et de Jeanne MÉRY.

Acte de mariage : Signature de Jeanne, Pierre ne sait signer.

Pierre JUET décédera le 14 septembre 1923 à Saint-Épain (Courtineau). Jeanne MARQUET décédera le 22 janvier 1934, rue Saint-Mesmin à Sainte-Maure.

5 enfants naîtront de cette union :

  • Jeanne Augustine née le 5 mars 1870 à Epeigné, commune de Saint-Épain, épousera Louis ARCHAMBAULT le 5 juin 1888 à Sainte-Maure.
    Jeanne est sans profession et Louis, cultivateur.
  • Marie Louise née le 22 avril 1877 à Malicorne, commune de Sainte-Maure, épousera François Louis Ambroise ALEXANDRE le 11 avril 1893 à Sainte-Maure. Marie Louise est sans profession et François, cultivateur.
  • Pierre Théophile né le 17 avril 1880 à Malicorne, commune de Sainte-Maure, épousera Marie Léonie BODIN le 22 novembre 1909 à Saint-Épain. Pierre est cultivateur et Marie Léonie, sans profession.
    Il décédera à la guerre 14-18, le 15 mai 1917 à Craonne au bastion du bois de Chevreux dans l’Aisne.
  • Julia Louise, née le 24 octobre 1882 à Malicorne, commune de Sainte-Maure, épousera Léon BARON le 18 juin 1901 à Sainte-Maure. Julia, sans profession et Léon, cultivateur.
  • Eugène né le 28 février 1884 à Malicorne, commune de Sainte-Maure. Eugène épousera Désirée Louise Augustine QUANTIN le 2 juin 1908 à Saint-Épain. Eugène est meunier et Augustine sans profession.
    Augustine QUANTIN est née le 13 août 1892 à Saint-Épain de Louis QUANTIN, cultivateur et d’Anne LACOUA, cultivatrice.
    Ils reprendront le moulin aux environs de 1911. 2 enfants vont naître de cette union :
    – Maurice Augustin le 27 mars 1911 à Sainte-Maure,
    – Robert en 1919, qui est meunier en 1936.

Acte de mariage : Signatures d’Eugène et d’Augustine


L’histoire du moulin (suite)

Cadastre

1963 – Cadastre rénové (Remembrement ZB)
La roue du moulin est toujours présente et la rivière passe au pied de la maison. Le chemin arrivant au moulin est noté CR33 de Sainte-Maure au moulin de Malicorne.

Vers 1970
Le moulin est transformé en maison d’habitation.

Sur la partie à droite de la porte, il reste la rainure recevant le volet de la fenêtre qui a servi de repère provisoire

« Nous avons choisi pour repère provisoire auquel seraient rattachées nos opérations, le dessus de l’appui en pierre dure d’une petite croisée éclairant la chambre d’habitation du meunier située dans la façade Nord, près d’une porte murée à 7m33 de l’arêtier Nord-Ouest ».

La poutre, au-dessus de la porte du 1er étage, qui comporte 2 mortaises où devaient se fixer les supports pour y placer la poulie servant à monter les sacs de grains

Merci à ma fille Gaëlle pour son aide à la rédaction de cet article et ses travaux de recherche.

Vicq-sur-Gartempe, le 21 juin 2020

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Moreau Catherine
Moreau Catherine
7 mois plus tôt

Beau travail de recherches, généalogie, histoire et géographie, tout y est. Bravo!

Parisot Catherine
Parisot Catherine
7 mois plus tôt

Super travail qui m’intéresse beaucoup Auguste Rancher étant mon AAAgrand-père!
comment peut-on obtenir une copie de la pétition de 1859? merci et bravo!

Gaelle LAHOREAU
Gaelle LAHOREAU
7 mois plus tôt

Ce document se trouve aux archives des Ursulines / Procès verbal de récolement

stephen gaschet
stephen gaschet
7 mois plus tôt

votre carte de touraine n’est pas bonne, il manque à coté de st romain Marmande, velleches, mondion

Contributeur
Contributeur
1 mois plus tôt

Bonjour, pour la signification du nom, vous pouvez corriger ou compléter avec l’étymologie traditionnelle ‘mal y corne’ qui signifie : lieu où il est peu recommandé d’appeler pour qu’on vous ouvre.