
Article de Patricia PILLORGER
du Centre Généalogique de Touraine
François Narcisse est né le 26 janvier 1816 à cinq heures du matin, rue Française à Loches, au domicile de ses parents, Paul DUPUY, jardinier fleuriste et Françoise BOUTET. Ses parents se sont unis le 29 juillet 1813 à Loches, en pleine campagne napoléonienne contre l’Espagne. Ils auront 4 garçons, l’aîné n’atteindra pas sa première année.
Le second fils Paul Jacques, né en 1815, et le quatrième fils Charles Alexandre né en 1824, tout comme leur frère François Narcisse, apprendront aux côtés de leurs parents le métier de jardinier – fleuriste – pépiniériste – horticulteur. Leurs ascendants, tant du côté paternel que maternel, ont vécu à Loches et ont exercé la même profession depuis plusieurs générations.
Charles Alexandre, d’abord aux côtés de son père puis après sa disparition, reprend l’exploitation familiale installée rue des Jeux à Loches qu’il gère avec son frère Paul Jacques revenu en Touraine.
Arbre généalogique de François Narcisse sur 5 générations
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D’abord Paul Jacques puis François Narcisse iront travailler sur l’Île-de-France et côtoieront François Alexis JAMAIN, un jardinier parisien.
François Alexis JAMAIN, réputé pour sa bonne pratique de la taille des arbres, travaille sur l’un des terrains du Muséum d’histoire naturelle dans le quartier du Jardin des Plantes à Paris. Il étudie également les plantes et recherche, avec une certaine avidité, de nouvelles espèces. Il installe une serre sur les terrains de son père pour y cultiver les merveilles florales qu’il parvient à dénicher comme le datura, le gardénia, le bouvardia, le dahlia. Soldat de l’Empire, François Alexis participe aux campagnes de 1806 à 1815 avant de revenir à ses plantes. Il épouse alors la fille du jardinier Jean TAVERNIER et reprend la direction de son établissement horticole installé dans le même quartier, rue des Fossés-Saint-Marcel, jusqu’à son décès en 1848. Il est également administrateur de la Société nationale d’horticulture.
Sous l’Ancien Régime, le jardinier désigne aussi bien celui qui concevait et entretenait les jardins d’agrément des propriétaires nobles ou bourgeois que celui qui produisait des fruits et légumes pour l’approvisionnement des habitants des villes. A partir du XIXème siècle, le jardinier spécialisé dans l’art de cultiver des légumes, des fleurs, des arbres fruitiers ou d’ornement est plutôt appelé horticulteur. Dès 1827, des passionnés d’horticulture et des nouvelles techniques culturales sont à l’origine de la Société nationale d’horticulture[1]. Un arrêté de septembre 1797 offre une récompense pécuniaire aux créateurs de pépinières, des exploitations naissent dont les plus importantes sont implantées aux alentours de Paris.
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François Narcisse DUPUY épouse le 13 octobre 1842 à Paris Victorine Marguerite JAMAIN, troisième enfant de François Alexis JAMAIN et Marguerite Catherine TAVERNIER.
En 1843, âgé de 27 ans, François Narcisse va créer sa pépinière au sud de Paris et s’installe dans le quartier de la Maison Blanche au Petit-Gentilly[2]. Connu sous le nom de DUPUY-JAMAIN, il est recensé dans l’Annuaire horticole de l’Europe de 1865 : « Dupuy-Jamain, horticulteur-pépiniériste, route d’Italie, 73, Maison blanche, Paris ». La spécialité de ses cultures y sont mentionnées : « arbres fruitiers, arbustes d’ornement, pivoines, rosiers, azalées, camellias ».
Une vente pour « cause de fin de bail » organisée en août 1866 précise qu’il y a plus de 55 000 plantes et arbustes.
Journal La Liberté, édition du 17 août 1866

En 1868, François Narcisse transfère son établissement de la route d’Italie vers le chemin du Moulin des près, au n° 18, dans le même quartier de la Maison Blanche. Il se consacre alors exclusivement à la culture d’arbres fruitiers.
Dans l’édition de 1876 du « Nouveau jardinier », il est toujours cité dans la liste des horticulteurs français et étrangers : « DUPUY-JAMAIN, horticulteur, chemin du Moulin des Près, 18, (M-Blanche). Grande culture générale d’arbres fruit, en variétés de choix formés et non formés, collections de vignes, raisins de table en pots et chevelées, rosiers, pivoines en arbres et herbacées, camellia, azalea indica, quantité d’arbustes d’agrément, plans de pleine terre et de serre tempérée ».
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François Narcisse DUPUY-JAMAIN cultive des espèces comestibles comme la pêche, la poire, la pomme, le raisin, la fraise, le persil, le salsifis. Il participe à de nombreuses expositions dont l’Exposition universelle de 1867 à Paris.
Lors de l’exposition horticole en septembre 1864 de Paris, il reçoit la médaille d’honneur de S.M. l’Empereur en raison de la richesse et de la beauté de la collection qu’il a exposée avec 360 variétés de fruits représentés par de beaux échantillons rigoureusement nommés, parmi lesquels 200 de poires, 50 de raisins, 40 de pommes, 13 de pêches, 9 de prunes, 2 de brugnons et 1 de nèfle.
Fançois Narcisse met en commerce plusieurs nouvelles variétés de poires, dont certaines découvertes en Touraine :
- en 1838, la poire « Bonne Ézée » avec sa chair blanche très fine et très fondante, d’un goût sucré et d’un arôme exquis, cultivée par son grand-père Paul Armand Fidel et portant le nom du lieu-dit près de Loches où elle a été trouvée vers 1788,
- en 1846, la poire « Bretonneau » avec sa chair mi-cassante, variété très tardive, dédiée au Docteur Bretonneau, le médecin de Tours,
- en 1855, la poire « beurrée Mauxion » avec sa chair fine et beurrée, abondante en eau sucrée et parfumée, résultat d’un semis de hasard découvert dans la haie du jardin de Monsieur Hyppolite Mauxion d’Orbigny près de Loches, le beau-père de son frère Paul Jacques.

La poire « Bonne Ézée »
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Dans l’univers floral, la reine des fleurs est la Rose : de nombreuses expositions lui sont consacrées et l’Almanach des Roses de 1811 en répertorie déjà plus de 200 variétés. François Narcisse est aussi un rosiériste renommé.
En 1847, à l’occasion de l’exposition du château des fleurs à Paris, il reçoit une médaille pour ses rosiers en pot. En 1850, le deuxième prix lui est décerné pour ses rosiers nains, à l’occasion de l’exposition de fleurs sous une tente dans les belles allées du Luxembourg.
François Narcisse est également l’obtenteur de deux rosiers hybrides remontants :
- en 1852, le rosier « Paul Dupuy », arbuste à branches fortes d’un vert olive avec de nombreuses épines et des feuilles d’un vert luxuriant ; les fleurs, dont les pétales sont d’une belle couleur rouge écarlate et lumineuse, ont une forme hémisphérique (dédié à son père Paul) ;
- en 1856, le rosier « Marie Aviat », arbuste à branches vigoureuses avec de grandes feuilles et des fleurs dont les pétales ovales sont d’un blanc de couleur chair, ombrées d’un rose pourpre surtout au milieu (dédié à la mère du peintre Jules Aviat).

En 1868, son beau-frère Hippolyte JAMAIN, horticulteur installé dans le quartier de la Maison Blanche à Paris, est l’obtenteur d’un rosier hybride remontant qu’il lui dédie sous le nom « Dupuy-Jamain », un arbuste qui s’élève à plus d’un mètre et demi ; les fleurs, fortement parfumées, poussent en bouquet et sont d’une couleur rose foncé proche du rouge cerise. Hippolyte avait obtenu une médaille d’or dans la section horticulture à l’Exposition universelle de 1867, un succès tel qu’il est fait chevalier de la Légion d’honneur par Napoléon III.
En 1865, un autre de ses beaux-frères, le Docteur en médecine Alexandre JAMAIN, un grand amateur de roses, se voit dédié par le rosiériste François LACHARME une nouvelle variété nommée « Souvenir du Docteur JAMAIN ». Un rosier buisson qui peut atteindre les 3 mètres de haut et 1 mètre de large, avec des fleurs de 7 à 8 cm de diamètre. Les feuilles poussent de couleur bronze pour terminer vertes et les fleurs doubles s’ouvrent de couleur violette pour devenir lie de vin en fin de floraison.
Revenu s’installer en Touraine, François Narcisse, qui hérite certainement de la maison familiale après le décès de sa mère en 1874, vit avec son épouse rue de Tours à Loches.
François Narcisse y décède le 9 mai 1888 et Victorine le 14 janvier 1892. Ils sont inhumés tous les deux au cimetière Montparnasse à Paris dans le caveau familial JAMAIN.
Le couple est sans descendance, ils ont consacré leur vie à l’horticulture.

Dans les colonnes du Journal des Roses de juillet 1888, un bel hommage est rendu à François Narcisse DUPUY-JAMAIN « l’horticulture française vient de perdre un de ses plus fidèles serviteurs monsieur DUPUY-JAMAIN décédé le 9 mai dernier à l’âge de soixante-douze ans. Il était le fondateur de l’un des plus anciens établissements d’horticulture de Paris et s’était surtout distingué par l’arboriculture où il avait pris place au premier rang. Il cultivait aussi les roses qu’il connaissait très bien, et nous lui devons une certaine quantité de bonnes variétés cultivées encore de nos jours : nous citerons entre autres Marie Aviat, Paul Dupuy, Dupuy-Jamain, etc ».
[1] La Société royale d’horticulture de France est créée en 1827 par Louis HÉRICART de THURY. Elle fusionne en 1854 avec la Société nationale d’horticulture de la Seine créée en 1841, pour devenir la Société impériale centrale de l’horticulture. En 1885, elle devient la Société nationale d’horticulture de France.
[2] Quartier nord de la ville de Gentilly qui est annexé à la ville de Paris en 1860, situé sur l’actuelle avenue d’Italie dans le 13ème arrondissement.
[3] Créateur ou hybrideur d’une nouvelle espèce par le croisement de plusieurs variétés végétales.
[4] Hyppolite JAMAIN, (1818-1884), fils de François Alexis et de Catherine TAVERNIER, horticulteur formé par son père puis en Belgique avant de s’installer à Paris. Il cultivait les rosiers et s’adonnait à l’art de la greffe. Il est l’auteur, en collaboration avec Eugène FORNEY, de l’ouvrage « Les Roses, histoire, culture, description ». François LACHARME lui dédie une rose en 1874. Il cultivait et collectionnait également les orangers.
[5] Jean-Alexandre JAMAIN, (1816-1862), fils de François Alexis et de Catherine TAVERNIER, médecin généraliste puis chirurgien des hôpitaux. Il est l’auteur d’ouvrages sur la chirurgie et l’ophtalmologie, ainsi que d’articles publiés par la Société royale d’horticulture dont il est membre.
Sources :
– Archives départementales d’Indre-et-Loire (37), Paris (75), registres paroissiaux et d’état civil,
– Notices d’Aliénor SAMUEL-HERVÉ, « DUPUY François Narcisse », « JAMAIN François Alexis », « JAMAIN Hippolyte Eugène », Dictionnaire biographique des médaillés des expositions horticoles de Paris, publié sur https://graines.hypotheses.org/ et consulté en aout 2021
– Gallica, bibliothèque numérique de la BnF, Dictionnaire de pomologie, Dictionnaire des roses, consulté en janvier 2023
– Wikimonde, ascendance « Souvenir du Docteur JAMAIN » d’après « The Graham Stuart Thomas Rose Book », consulté en janvier 2023

Article intéressant qui nous fait découvrir des horticulteurs souvent inconnus pour la plupart des lecteurs.
Bonjour Claude, je vous remercie pour votre message, Bien à vous Patricia