La peste en Touraine aux XVIe et XVIIe siècles

A intervalles plus ou moins réguliers, divers fléaux traversent l’existence des individus. Les plus meurtrières sont probablement les épidémies (souvent favorisées par la malnutrition chronique ou une vraie disette ainsi que des conditions climatiques parfois épouvantables). Ces épidémies touchent tous les âges, toutes les couches de la population, anéantissant parfois des villages entiers.
Jusqu’au XVIIIe siècle, la peste est le fléau le plus redouté, le plus meurtrier. Ainsi à Loches, l’épidémie de 1484 fit-elle mourir 800 personnes entre la St-Jean et Noël. Cette épidémie toucha durement la ville qui comptait environ 5000 habitants.

La peste noire ou peste bubonique

Peste est le nom donné autrefois à toutes les grandes épidémies. Les signes de la maladie sont ceux de toute infection grave (fièvre, tachycardie, oppression…) et suivant les cas on constate l’apparition de bubons aux aines et aux aisselles, des signes d’inflammation pulmonaire ou des hématomes et hémorragies cutanées (peste noire). On ne connaissait alors aucun traitement. La seule mesure prise (efficace pour ceux qui n’étaient pas atteints) en période d’épidémies était la mise en quarantaine pure et simple.

Une peste à Loches en 1518-1519

Elle semble d’abord cantonnée aux portes de la ville (printemps 1518) puis fait son apparition à l’intérieur des murs de la cité (pendant l’été probablement). L’épidémie est active plusieurs mois encore car une quittance du 24 mars 1524 atteste de l’achat de médicaments en 1522.
On ne connaît pas le nombre de victimes mais la lecture des pièces comptables donne une idée des mesures mises en place pour tenter d’enrayer la progression de la maladie.

-Mesures prophylactiques : on empêche les habitants de Beaulieu où sévit la peste de se rendre à Loches. Les malades sont rassemblés dans le moulin à papier en dehors de la ville. On paie quelqu’un pour transporter et enterrer les morts afin sans doute d’éviter la propagation du mal par les cadavres.

-Mesures curatives : un chirurgien est payé pour avoir pansé les malades et avoir veillé sur eux. Une quittance de 1524 montre que « des drogues et médecines » ont été achetées a un apothicaire en 1522. Les comptes attestent également de l’achat de nourriture pour les malades.

-Mesures religieuses : une procession est organisée par la ville. L’approche religieuse est un héritage selon laquelle toute épidémie est un fléau de Dieu.

Une peste à Tours en 1583

Cette épidémie est mentionnée dans le journal historique de l’ abbaye de Beaumont tenu de 1576 à 1610 par une religieuse. Elle y raconte qu’un concile réunissant des évêques de la métropole a dû être interrompu en mai « pour la contagion et péril ». Elle évoque aussi la progression du mal en octobre.
La délibération des corps de la ville de Tours prise lors de l’épidémie témoigne de la volonté de limiter sa progression :
-On allume des feux dans la ville « pour la purgation de l’air et empêcher le cours de lad. contagion ».
-Une taxe pour la nourriture des pauvres est levée sur l’ensemble de la population.
-On prévoit aussi d’exclure les forains ; la ville voit en effet affluer les populations des campagnes désireuses de trouver de quoi manger. Cette masse d’errants est mal perçue, accusée de propager le mal et d’augmenter les dépenses des municipalités.

Barrou octobre 1632

Les symptômes de la peste se déclarèrent dans la famille DELÉTANG composée du mari, de la femme et de leurs 6 enfants. Des mesures sont prises immédiatement pour s’isoler de ces malheureux. On les relègue dans une hutte que l’on élève à la hâte sur un morceau de terre appelé Champ-Buisson.
Entassés dans cet endroit réduit, livrés à eux-mêmes et privés de soins, le 19 octobre le chef de famille nommé Jean DELÉTANG, son fils et 2 filles succombent. La femme DELÉTANG transporte elle-même ces cadavres hors de la hutte, creuse une fosse devant la porte et y dépose son mari et ses 3 enfants. L’horreur ne devait pas s’arrêter là : le lendemain, 20 octobre, la femme DELÉTANG et 2 de ses enfants meurent. L’immobilité et le silence règnent alors dans la hutte ; on suppose qu’elle ne contient plus que des cadavres et l’on s’empresse d’y mettre le feu. Cependant Martin DELÉTANG, jeune enfant âgé d’environ 2 ans respirait encore. On le retira vivant de l’incendie et fut confié à Mathurin PINAULT, habitant de BARROU, qui consentit à le recevoir mais il ne survécut que peu de temps à ses parents : 12 jours après, le 2 novembre, atteint également de la peste, il succombait à son tour.

Juillet-décembre 1634 : la peste au Grand-Pressigny

Le fléau tua 78 personnes du 1er juillet au 26 novembre 1634 avec 20 victimes en juillet et 18 en octobre. Des familles entières disparurent totalement comme celle de Lazare CHAMPEREAULT. Il perdit une fille le 1er juillet, une autre le 19, deux filles et un garçon le 24. Lazare mourut le 26 suivi le 7 août par ses deux derniers enfants.
On ne trouvait plus de bras pour transporter les morts au cimetière ; c’est devant leurs habitations, dans les jardins ou dans les champs qu’ils étaient ensevelis le plus souvent par des mercenaires qui pour se payer prenaient le mobilier des victimes, ou par la famille elle-même.

La maladie contagieuse a commencé le samedi premier jour de juillet 1634 par le décès de Renée BALTARAL auparavant veuve de défunt Honorat MAU…. qui mourut le samedi au matin

Le 16 juillet 1634, un certain RAGUIN mettait en terre dans une fosse creusée devant la porte de leur maison, MICHEAU et sa femme. Pour sa peine il prit tous leurs meubles et leur argent évalués à 60 livres. Ces biens ne lui profitèrent pas longtemps puisqu’il mourut une dizaine de jours plus tard.

Jacques MICHEAU, trois des enfants du dit MICHEAU et sa soeur, enterrés à la Sablonnière, près de la demeure du dit MICHEAU au carroir de Robins.

A la fin de juillet 1634, une organisation charitable fit son apparition : « les Frères de la Mort ». C’est elle qui se chargea du pauvre RAGUIN porté en terre le samedi 29 juillet 1634 mort le mercredi précédent. Ce délai montre la difficulté qu’il y avait à trouver des porteurs !

Au fil des siècles, nous sommes ainsi les descendants des plus résistants, de ceux qui passaient à travers les mailles des épidémies, disettes et famines successives…

Sources : Archives départementales d’Indre-et-Loire (relevés paroissiaux des sépultures du Grand-Pressigny 1632)
Archives départementales d’Indre-et-Loire (les samedis des archives : de la peste à la tuberculose, les hommes face aux épidémies)
CGDT (bulletin trimestriel n° 81)

BRIAIS B. (Fléaux et catastrophes, les drames du passé en Touraine)

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VAGNINI Hélène
2 mois plus tôt

très bel article qui pourrait nous faire relativiser notre épidémie actuelle. La peste était plus expéditive je pense. HV

slemaire
slemaire
2 mois plus tôt

Voilà qui est fort à propos…avec les maigres remèdes de l’époque, ils ont vaincu .

Cela pourrait nous remonter le moral.

Excellent article. Cordialement

Groussin
Groussin
2 mois plus tôt

Très bel article. Merci pour ce morceau d histoire qui nous rapproche de nos ancêtres dans un même humanité.