
Article de Catherine ROUQUET,
du Centre Généalogique de Touraine
Initialement, le jardin de curé était clôturé par des murs ou une haie taillée de buis, d’ifs ou de houx. Il s’articulait suivant quatre carrés de plantation entourant une pièce d’eau. Dans un premier temps, un carré était réservé pour les légumes, un autre pour les fleurs, un autre pour les plantes aromatiques ou condimentaires et le dernier pour les plantes médicinales. Cette structure devint moins rigide au fil du temps…
Cette structure rigide très « carrée » est fortement influencée par le jardin romain, lui-même héritier des jardins grecs et persans.
Il est difficile de dater réellement et précisément les premiers « jardins de curé » qui sont apparus dans les abbayes et les couvents du Moyen Âge.
Ce type de jardin révélait un regard d’autosuffisance, mais aussi la volonté de créer un lieu paisible à l’intérieur des murs de l’abbaye.
Par la suite, le véritable jardin de curé est né d’une nécessité : le prêtre d’une paroisse avait besoin de se nourrir, de se soigner et de faire pousser quelques fleurs pour l’agrément de l’église.
Il a donc planté dans son petit jardin presbytérien des légumes, des plantes médicinales et des fleurs, le tout dans un joyeux fouillis : en effet l’organisation d’un jardin de curé respecte plus ou moins rigoureusement un plan carré foisonnant.

Mais que trouve-t-on dans un jardin de curé ?
Un jardin de curé associe des fleurs anciennes, généralement embaumantes, telles que les nigelles, les soucis, les capucines et autres cosmos, à diverses fleurs vivaces comme des pivoines, des lys de la Madone, des phlox… À ces fleurs s’ajoutent des roses anciennes parfumées et des arbustes fleuris type forsythia et viorne boule de neige.

Dans la catégorie des légumes et des plantes potagères, le jardin de curé réunit aussi bien des tomates que des choux, des salades que des aubergines, de la rhubarbe, des oignons, ainsi que des rames de haricots et quelques pieds de cucurbitacées.
Quelques plantes aromatiques l’agrémenteront telles que : estragon, persil, ciboulette, fenouil, coriandre, romarin, thym, menthe, basilic, origan, sauge, laurier…
Mais monsieur le curé gardait toujours une petite place pour quelques plantes médicinales bien connues, et ce n’est donc pas surprenant d’y retrouver : millepertuis, digitales (poison et médecine à la fois), camomille, échinacée, hysope, sauge et même houblon et aubépine.
Concernant les fruits, le jardin de curé possède au minimum des fraisiers et des framboisiers auxquels s’additionnent de la vigne, des pruniers, des pommiers en passant par des cerisiers et autres poiriers.
En conclusion, un jardin de curé est un jardin dans lequel il fait bon vivre, mais qui doit aussi être un lieu de recueillement et de méditation.
Remarquons au passage qu’un jardin de curé fait la part belle aux plantes ayant une connotation chrétienne dans leur nom : Lys de la Madone, Monnaie du Pape, Gants de Notre-Dame (Digitales), Cœur-de-Marie, Oeil de Dieu (Lychnis coronaria), Manteau de Notre-Dame (Alchémille), Étoile de Bethléem (Ornithogalum ombellatum), Herbe des Capucins (Nigelle de Damas), Laurier de Saint-Antoine, Oeil du Christ (Aster amellus) … Et on en passe, la liste est assez longue !

Jardin du presbytère de Chédigny