Féminisation, humour ou gravité dans les écrits de nos curés…

Article de Patricia MACHET, adhérente du Centre Généalogique de Touraine
Twitter : @Pmachet

Un peu de féminité

Les noms de famille, nés du langage parlé il y a environ 800 ans en France (vers le XIIème siècle), ont subi de nombreuses évolutions dues à la prononciation, à la langue de l’époque, au patois et à l’interprétation parfois très personnelle du scribe, en particulier lorsque l’une des parties concernées n’était pas originaire de la paroisse par exemple. Le généalogiste est habitué à en décrypter les différentes formes. Le patronyme n’a pas eu d’orthographe figée jusqu’à une période récente : la création du livret de famille vers 1877 et le développement de l’alphabétisation fin XIXème – début XXèmesiècles.

Voici une pratique assez peu courante en Touraine mais fréquente dans d’autres régions, comme dans le Berry par exemple, qui peut dérouter le chercheur : la féminisation des patronymes.

Les curés avaient parfois pris l’habitude d’accorder les noms de famille au genre du porteur ; ce qui conduisait à avoir des variantes d’un même nom de famille en fonction du fait qu’il était porté par un homme ou par une femme. Ainsi, pendant les premières années de son ministère, Jehan BOURDAYS, curé de la paroisse de St-Jean de Langeais pendant près de 40 ans (1605 à 1643), féminise les noms de famille de ses paroissiennes.

  • Le 14 décembre 1605, la marraine de Jehanne GOUFFIER est Urbanne BOURRELLE fille de feu René BOURREAU. A noter par ailleurs, qu’il ne désigne la mère de l’enfant que par son seul prénom Loyse… pratique qu’il aura aussi pendant quelques années.
Baptême GOUFFIER Jehanne – marraine Urbanne BOURRELLE fille de feu René BOURREAU
le 14 décembre 1605 Langeais paroisse de Saint-Jean
Source : AD37 en ligne – BMS 1602-1639 6NUM7/123/004 IMG 19

Autre exemple le 12 juillet 1607 à Langeais, dans la même paroisse de Saint-Jean :

  • Le prêtre DAMARRON qui remplace le curé BOURDAYS ce jour-là, en fait autant et la mère de l’enfant, Philippe DOUYNEAU a été renommée Philippe DOUYNELLE. En l’occurrence cela permet aussi de savoir que Philippe est une femme…
Baptême FOURNEAU Jehan fils de René et de Philippe DOUYNELLE
le 12 juillet 1607 à Langeais Saint-Jean
Source : AD37 en ligne – BMS 1602-1639 6NUM7/123/004 IMG 28

Enfin, à une période beaucoup plus récente, à Chambray, lors du mariage de son fils René, mon ancêtre Louise LE BON / LEBON (1789 – 1853), s’était vue renommée Louise BONNE.

Extrait pour Louise BONNE – Mariage  de son fils VOUTEAU René et BASSEREAU Marguerite
le 30 juin 1846 à Chambray-lès-Tours
Source : AD37 en ligne – Mariages 1837-1887 6NUM8/050/007 IMG 63

Et vous, avez-vous trouvé des cas de féminisation des patronymes ?


Article de Catherine BAS-DUSSEAULX, rédigé avec le concours d’Idelette ARDOUIN, paru dans le Touraine Généalogie n° 1 – 1er trimestre 1990 page 20 Rubrique « La Gazette des Paroissiaux »

Humour ou gravité

Au cours de nos recherches, nous rencontrons tous des écrits de la main des curés qui, dépassant le strict cadre de l’enregistrement des actes, nous renseignent avec humour ou gravité sur la vie quotidienne et sociale de nos ancêtres. Ainsi à

Saint-Épain

L’officier de l’état civil a quelques démêlés avec le nouveau calendrier

Source : AD37 – 1793-an III Saint-Épain NMD 6NUM8_216_001 page 121

Aujourdhuy quatrième jour de la
seconde décade du second mois de la seconde année
de la république française une et indivisible sont
comparus devant nous officier public et notable
de cette commune soussigné Joseph Bourgueil laboureur
agé de quarente deux ans domicilié en la commune
de noyers et pierre Durand journallier agé de quarente sept
ans domicilié en cette commune, lesquels nous ont déclarés
qu’anne pachet femme de pierre mingault laboureur agée
de soixante trois ans était morte d’hier au village depeigné
lieu de son domicille en cette commune, D’aprés cette declaration
nous nous sommes transporté sur le champ au dit Lieu, et aprés
nous être assuré du décès de la ditte femme, nous avons dressé
le présent acte que tous ont déclarés ne savoir signer. fait a
la chambre commune de cette ville les jour mois et an que dessus.
Rature nulle./.
Frenant officier public

(Il s’agit sans doute du 4 novembre 1793)


Azay-sur-Indre

Le dernier registre se termine ainsi :

Source : AD37 – 1792 Azay-sur-Indre BMS 6NUM6_016_087 page 6

Aujourdhui dimanche mil sept cent quatre vingt douze
l’an premier de la republique française nous citoyen maire
soussigne assisté de notre secretaire greffier
ordinaire sur la requisition du procureur de la Commune
nous nous sommes transportés au presbitaire de cette
parroisse chez le Citoyen Cure ayant le depost des présent
registre que nous avons trouvé au nombre de cent neuf
Cahiers savoir depuis mil six cent quatre vingt-trois
jusqu’à mil sept quatre vingt douze dont nous
nous en sommes saisis en vertu de la Loy du 2 septembre
dernier lan 1er de la République française.
Boutet maire Lévesque stre greffier


Mais au XVIIIème siècle, la vie est dure pour ceux qui ne sont pas « bien nés » et les registres en témoignent à

Sepmes

Source : AD37 – 1745 Sepmes BMS 6NUM6_247_061 page 9

Le vingtième jour de decembre mil-sept-cent quarante cinq
est decedé en cette paroisse au lieu appellé la Cave prés
la melaudière chés le nommé Pierre Gaultier un homme
inconnu, mandiant, ayant éte demander la charité en plusieurs
maisons de cette paroisse le jour precedent, âgé d’environ
quarente cinq ans, haut d’environs cinq pieds, les cheveux
un peu roux et la barbe encore plus rousse, visage rond
et assés rempli, sans chapeau, sans culotte, sans bas, sans
souliers, ni sabots, aiant pour tout habillement de mauvaises
guestres de toile, une mauvaise veste de serge bleuâtre, et
un mauvais surtout de coutis ; il fut trouvé le d jour prés
la maison dud pierre Gaultier, et fut porté chés le d
gaultier par les nommés Charles jouteux fermier de la
Guilleraie et jean forget metaier de la melaudiere, qui
m’ont rapporté les choses cy dessus, et m’ont dit n’avoir pû lui
faire dire son nom, ni d’où il êtoit, et qu’il êtoit decedé
peu après, ils ont rapporté que cet homme paraissoit avoir
l’esprit un peu aliené ; il a êté inhumé le lendemain au
grand cimetiere par moi Curé soûsigné en presence de
messieurs charles devaulivert et jean Beguille notaires,
henry droüin, Charles Blanchard, tous de cette paroisse
et ont dit ne scavoir signer, fors les soûsignés.
Ondet, Curé

Carte interactive :
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Claude christ
Claude christ
3 mois plus tôt

Cette particularité de féminiser les noms de famille existe aussi en Alsace, ou le nom de Christ devient Christin pour les filles; en particulier sur les registres enregistrés en latin. Par la suite le nom de Christin est devenu un nom à part entière.