Gambetta et le Gouvernement de Tours en 1870

Au cours de la journée révolutionnaire du 4 septembre 1870 qui fait suite à l’annonce, à Paris, de la défaite de Sedan et de la capture de l’Empereur, Léon Michel GAMBETTA et Jules FAVRE jouent un rôle essentiel dans la déchéance de l’Empire et la proclamation de la République.
Ces membres de l’opposition s’emparent du pouvoir et se distribuent les ministères d’un Gouvernement de la Défense Nationale autoproclamé. Ce gouvernement provisoire, non représentatif car composé exclusivement d’une dizaine de députés républicains de Paris, est formé moins de quatre mois seulement après un plébiscite favorable à l’Empire ; il est présidé par le Général TROCHU, gouverneur militaire de la capitale, et le vice-président en est Jules FAVRE.
Dans ce Gouvernement de la Défense Nationale, GAMBETTA reçoit le portefeuille du Ministère de l’Intérieur. Alors que le pays est envahi, il n’hésite pourtant pas à révoquer les préfets du Second Empire et à nommer à leur place des militants républicains, avocats ou journalistes, sans expérience pour de tels postes.

Léon Michel GAMBETTA (photo de E. CARJAT)

Prévoyant l’encerclement de Paris par les troupes allemandes, le Gouvernement de la Défense Nationale décide de transférer les services des grands ministères à Tours, capitale de repli, permettant ainsi de garder le contact avec les régions non envahies (Paris et la plupart des membres du gouvernement provisoire sont encerclés le 19 septembre 1870). Il mandate donc l’un de ses ministres, Isaac Moïse (dit Adolphe) CRÉMIEUX, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice, pour coordonner l’action des divers services ministériels : celui-ci arrive à Tours le 12 septembre par chemin de fer. La plupart des grands journaux parisiens transfèrent également à Tours le siège de leurs publications.
La Délégation, chargée de relayer l’action du gouvernement en province, manque d’autorité et se heurte à de graves difficultés de coordination des services, alors qu’il faut organiser la guerre en province.
Le 16 septembre sont donc envoyés en renfort à Tours deux autres de ses membres : le vice-amiral Léon Martin FOURICHON, ministre de la Marine et Alexandre GLAIS-BIZOIN, ministre sans portefeuille. Les 3 délégués, sous la direction d’Adolphe CRÉMIEUX, siègent à l’Archevêché dont la bibliothèque devient la salle du conseil.

Cette délégation décide de convoquer les électeurs pour le 16 octobre : le Gouvernement, condamnant cette initiative qui met en cause son autorité, délibère et porte son choix sur GAMBETTA pour, muni de pouvoirs suffisants, mettre tout le monde au pas et réaliser ce que la Délégation ne parvient pas à faire : mettre sur pied une véritable armée combattante pour libérer Paris, et réaliser un climat d’union face à une situation qui s’aggrave de jour en jour.


Une seule route de libre, celle des airs

Le 7 octobre 1870, Léon Michel GAMBETTA (1838-1882), revêtu d’un manteau de fourrure, monte dans « L’Armand-Barbès » de la Compagnie des aérostiers militaires, accompagné de son ami intime Eugène SPULLER. Le ballon dirigé par Alexandre TRICHET, aéronaute forain professionnel, emporte également des pigeons voyageurs destinés à rapporter ensuite les dépêches de la province et 4 kg de courrier ; il décolle à 11 heures 10 de la place Saint-Pierre au pied de la butte Montmartre accompagné d’un autre « ballon perdu » (ballon libre, non retenu au sol par des câbles), le « George Sand ».

Source : Le Monde illustré – gallica.bnf.fr

Le vent porte « L’Armand-Barbès » au-dessus de Chantilly vers 14 heures, puis sur Saint-Leu d’Esserent, Creil et Clermont, avant de se poser avec fracas dans le petit bois de Favières près d’Épineuse (Oise), après 98 km de vol. A la demande du maire, l’instituteur M. CABOCHE conduit GAMBETTA en voiture attelée jusqu’à Montdidier (Somme) ; GAMBETTA prend ensuite le train pour Amiens, puis Rouen et Le Mans. Il arrive enfin, après un périple de 2 jours et 3 heures, le 9 octobre à midi à la gare de Tours où il est accueilli non par la Délégation mais par le préfet M. DUREL et son secrétaire général, quelques fonctionnaires, son ami Clément LAURIER et quelques badauds.

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Journal d’Indre-et-Loire – 12 octobre 1870

France Inter – 7 octobre 2020


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Le Gouvernement de Tours

Journal d’Indre-et-Loire – 10 et 11 octobre 1870
Giuseppe GARIBALDI

Dans l’après-midi du 9 octobre, GAMBETTA s’adresse à la foule depuis un balcon de l’Hôtel de la Préfecture. Il y partage son succès avec l’illustre Giuseppe GARIBALDI, glorieux guerillero républicain qui, après avoir combattu pour des causes libérales au Brésil et en Uruguay et dans son pays pour la liberté et l’unité italienne, est venu avec une troupe de « chemises rouges » pour lutter aux côtés des républicains français.

GAMBETTA s’approprie dès le lendemain la fonction de Ministre de la Guerre, qu’il cumule avec celle de Ministre de l’Intérieur. Il réorganise l’administration, s’entoure d’hommes de confiance comme Clément LAURIER, Arthur RANC, Jules CAZOT, Eugène SPULLER (chef de Secrétariat) et surtout Charles de SAULAS de FREYCINET qu’il nomme « Ministre près du département de la Guerre » le 11 octobre.
GAMBETTA veut tenter de redonner un nouvel élan patriotique et se mêle de la conduite des opérations militaires : il tente d’organiser des armées de secours et intervient dans la nomination des commandants en chef, Charles de SAULAS de FREYCINET restant en charge de la coordination des armées.

Devant l’avancée de l’armée prussienne et la perte d’Orléans, la Délégation quittera Tours le 9 décembre 1870 pour s’installer à Bordeaux. Un train emportera en priorité dans la matinée tous les diplomates, Adolphe CRÉMIEUX et l’Amiral FOURICHON.
GAMBETTA sera en revanche monté dans un train spécial dans la nuit du 9 avec Eugène SPULLER et sa suite administrative et s’arrêtera à Bourges pour rencontrer le Général BOURBAKI. Après quoi il s’occupera des mouvements des armées du nord et de l’est également en position dramatique.

S’ensuivront l’entrée à Tours des colonnes ennemies, l’installation le 19 janvier 1871 du Colonel SCHOELER et de ses services à l’Hôtel de la Préfecture, et l’occupation de l’Indre-et-Loire avec le lourd tribut dont le maire de Tours, Eugène GOÜIN, s’efforcera de réduire l’étendue en défendant les Tourangeaux face aux autorités allemandes.
L’armistice sera signé le 28 janvier à Versailles. Les troupes prussiennes se retireront peu à peu à partir du 4 mars 1871.

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L’Armée de la Loire

L’Armée de la Loire est formée en octobre 1870 par GAMBETTA pour poursuivre, après la défaite de Sedan du 2 septembre, la guerre contre les Allemands. Cette armée est créée à partir de troupes rappelées d’Algérie, de soldats des dépôts et des réserves (régiments de marche), qui forment le 15ème corps d’armée sous la direction du Général de La MOTTE-ROUGE.
Suite à la perte d’Orléans le 11 octobre, GAMBETTA destitue le Général de La MOTTE-ROUGE et confie le commandement au Général d’AURELLE de PALADINES qui s’installe à Salbris (Loir-et-Cher).

L’armée se renforce du 16ème corps du Général CHANZY et du 17ème corps du Général de SONIS : elle regroupe alors 70 000 hommes et 150 canons. Elle triomphe des Bavarois à Coulmiers (Loiret) le 9 novembre et reprend Orléans.

Gal BILLOT

GAMBETTA renforce l’Armée de la Loire par le 18ème corps d’armée du Général BILLOT et le 20ème corps du Général CROUZAT. Ceux-ci sont battus le 28 novembre à Beaune-la-Rolande (Loiret) par les Prussiens et se replient sur Orléans.

Les 1er et 2 décembre, les 16ème et 17ème corps sont battus à Loigny (Eure-et-Loir). Orléans évacuée est reprise par les Allemands le 5 décembre.
La première Armée de la Loire, orgueil de GAMBETTA, a été mise en pièces.

Après ces défaites, GAMBETTA décide de réorganiser ses troupes en deux armées de force égale : les 16ème et 17ème corps, commandés par le Général CHANZY installé à Beaugency, deviennent la deuxième Armée de la Loire.

Gal BOURBAKI

Les 15ème, 18ème et 20ème corps sont regroupés pour constituer l’Armée de l’Est, dont le commandement est confié au Général BOURBAKI, installé à Gien et Salbris, avec pour mission de se porter au secours de Belfort qui résiste aux Allemands.
Malgré les échecs, GAMBETTA restera partisan d’une guerre à outrance. Les efforts de l’Armée du Nord et de l’Armée de l’Est ne permettront malheureusement pas de rompre le blocus de la capitale.

Le 14 mars 1871, l’Armée de la Loire sera dissoute.


Armand Jacques dit POURREAU, membre du cabinet du ministre de la Guerre

M. POURREAU est appelé au cabinet du ministre de la Guerre. Avec ardeur, il exécute les ordres multiples de son chef direct, M. de FREYCINET, qu’il seconde parfaitement tant pour la réorganisation des services que pour les importantes réformes qui marquèrent si heureusement le passage de GAMBETTA et de ses auxiliaires dans la capitale tourangelle. Lorsque le Gouvernement se retire à Bordeaux, M. POURREAU suit ses chefs et, là encore, sa collaboration est hautement appréciée.

Mais très attaché à Tours et à Saint-Symphorien de par ses liens familiaux et amicaux, M. POURREAU ne suit pas le Gouvernement, lorsque celui-ci quitte Bordeaux, et revient en Touraine.

Il y reprend ses fonctions de conducteur des ponts-et-chaussées et reprend l’accomplissement des travaux de défense contre les inondations de la ville de Tours et des communes riveraines de la Loire qu’il avait lancés avant la guerre.

Officier de l’Instruction publique, il se voit décerner une médaille d’or pour son dévouement pendant les inondations de 1866.
Directeur de la Compagnie du gaz, Armand POURREAU a également été maire de Saint-Symphorien de 1892 à 1899 et conseiller général.


Sources :
« Gambetta, sa vie, ses idées politiques » par Emile NEUCASTEL (Gallica « Livre II – La défense avant tout« )
– Wikipedia : Léon Gambetta
– Wikipedia : Armée de la Loire
« Tours 2000 ans d’histoire » par J. CHEVTCHENKO, F. DUFRÈCHE, J-L. GIRAULT, J-L. PORHEL et R. RECH – Ed° La Simarre
– « 1800-1940 La Touraine dans l’Histoire » par A. de GIRY
– Le Journal d’Indre-et-Loire
– Photographies Wikipedia

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VAGNINI Hélène
10 jours plus tôt

article très intéressant, très documenté et grâce auquel on apprend beaucoup de détails, merci. Le voyage en ballon est épique, chacun devait en connaître les risques et pourtant ils l’ont fait… HV

GIROD
9 jours plus tôt

Magnifiques cet article, très enrichissant.
cordialement
René GIROD

Monique GRoussin
Monique GRoussin
5 jours plus tôt

Merci pour cet article très intéressant, Bien amicalement