
Article de
Arlette LE MARÉCHAL,
administrateur du Centre Généalogique de Touraine
Vous a-t-on quelquefois dit Adieu en agitant un mouchoir ?
Non bien sûr, cela n’a plus cours, mais c’était pourtant un geste plein de sentiment, et celui ou celle qui s’éloignait voyait longtemps ce tissu blanc…
Adieu sur le Mersey, Tissot 1881 :
grande quantité de mouchoirs sortis par les gens pour l’occasion


À la place de ce mouchoir bien repassé, nous avons tous dans nos poches des mouchoirs en papier, appelés le plus souvent « kleenex ».
Pourtant le mouchoir a traversé les siècles et la fabrication continue comme nous le prouve toujours la ville de Cholet.
Á l’origine, cette pièce de tissu servait à essuyer la sueur chez les Romains. Elle était remplacée au Japon par du papier de soie, puis ensuite par de l’éponge, mais n’était toujours pas destinée à se moucher.
Jusqu’au XIXème siècle il était courant de se moucher avec les doigts. Pour beaucoup, cette manière était plus hygiénique que de ramasser son mucus nasal dans un tissu et le conserver sur soi.
Alors, si on ne s’en servait pas pour se moucher, pourquoi est-il reparu au XVIIème siècle ?
Il est probable que sa fonction est alors sociale. Il essuie les larmes, surtout en public, couvre ce qui ne peut être vu (Molière : Tartuffe), complète la tenue et probablement aussi donne une contenance en occupant les mains ou en appuyant les gestes.
Il est alors visible et sa texture (coton, lin, soie), ses décorations (broderies, dentelles) marquent le rang social. C’est un objet de luxe.
Cette petite pièce de tissu se donne à voir et, pour que chacun s’y retrouve, Louis XVI réglemente par Lettres Patentes du 23 Septembre 1784 :
« La longueur des mouchoirs qui se fabriquent dans le royaume sera égale à la largeur »

C’est pourquoi les mouchoirs sont carrés depuis cette date. Ils peuvent avoir des tailles différentes mais pas plus grandes que celles des mouchoirs du Roi.
Usages divers, fabrications et ornementations diverses, le mouchoir est aussi aujourd’hui un marqueur culturel.
La façon de se moucher varie selon les cultures : polie ou discourtoise, possible ou non en public.



La cheminée (James TISSOT)
Objet de luxe puis article usuel, le mouchoir se transforme mais demeure et persiste…
… même si les raisons d’hygiène nous portent aujourd’hui à utiliser des mouchoirs en papier à usage unique.
Que d’usages variés pour ce petit bout de tissu qui se révèle bien solide quand il est pris dans sa diagonale ! En voici quelques-uns : cadeau, souvenir, brassard, doudou, bandeau pour les cheveux, bâillon, jeux, essuyer, signaler le danger (le plus souvent rouge), arrêter une hémorragie etc..
Cette pièce de tissu carrée peut rendre beaucoup de services et même, en cas de pénurie de mouchoirs en papier, vous permettre de vous moucher discrètement, élégamment et… confortablement.
Le mouchoir a évolué, on l’a dit, mais en même temps que l’usage se diversifiait, le nom se transformait. D’abord fichu ou mouchoir de cou, il est carré ou plié en triangle et couvre la tête. Il s’allège ensuite en voile ou en soie et s’agrandit pour couvrir les épaules. Les broderies se développent en Touraine pour les agrémenter.
Un savoir-faire particulier apparaît pour les bonnets brodés en broderies blanches appelées « broderies de Vouvray ». Le bonnet prend la place du fichu sur la tête.
En même temps notre carré initial se développe en taille et va s’appeler « foulard » à la fin du XIXème. Les soyeux s’en empare et, au XXème siècle, le foulard en soie devient un article de mode très coloré, raffiné et apprécié.
Et il est et reste… CARRÉ !

Sources :
– Gallica et Wikipedia
– anciens Touraine Généalogie du Centre Généalogique de Touraine
