
Article d’Évelyne LÉTARD,
présidente du
Centre Généalogique de Touraine

Inventé par l’ingénieur Charles Poirée en 1834, le barrage mobile à aiguilles (placé près des écluses) permet de réguler la hauteur d’un cours d’eau et d’étendre sa navigabilité aux périodes de basses eaux, de la fin du printemps à l’automne.
Extrait du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse (BnF Gallica)
… »Pour l’établissement des barrages sur les cours d’eau, il y a lieu de distinguer s’il s’agit de cours d’eau classés au nombre des dépendances du domaine public, tels que les fleuves, rivières et canaux navigables et flottables, ou de simples cours non navigables ni flottables, que l’ensemble de notre législation et la jurisprudence considèrent comme susceptibles de propriété privée. […]
La faculté d’établir un barrage est essentiellement subordonnée aux règlements d’administration publique en vigueur, ou que l’autorité supérieure juge à propos d’édicter. Elle ne peut s’obtenir qu’au moyen d’une concession formelle ; c’est au préfet, comme chargé de la police des rivières navigables et flottables et autres cours d’eau accessoires, qu’il faut, à cet effet, s’adresser. » (Extrait du Tome 2 page 253)
« Le barrage à fermettes du système Poirée pour une chute moyenne de 2,30 m coûte 1.800 francs le mètre courant. » (Extrait du Tome 17 supp 2 page 480)
Extrait du Larousse universel en 2 volumes : nouveau dictionnaire encyclopédique – Tome 1 de Pierre Larousse (BnF Gallica)
… »Le préfet doit autoriser les travaux. La loi prohibe dans les rivières navigables ou flottables, canaux et ruisseaux, l’établissement de barrages ayant pour objet d’empêcher complètement le passage du poisson, sous peine d’amende et de destruction des ouvrages exécutés. »

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Le principe du barrage à aiguilles
Extrait du Larousse du XXe siècle en six volumes de Pierre Larousse – Tome 3 (BnF Gallica)
« …Archit. hydraul. Barrage à fermettes mobiles. On nomme ainsi un système d’écluse simple, formé d’un grand nombre de fermettes ; elles ont une forme trapézoïdale, sont en fer et reposent par leur plus grande base sur un grillage en bois ou en fer enchâssé dans une rainure aménagée transversalement au radier. Les fermettes ont une position verticale et sont parallèles au fil de l’eau ; on les manoeuvre au moyen de chaînes de traction et, pour ouvrir le barrage, on commence par enlever les aiguilles qui sont intercalées entre les fermettes, en les sortant progressivement. Puis on procède à l’abaissement successif des fermettes, qui se couchent dans le lit du cours d’eau. »

Le barrage de Nitray
Le barrage de Nitray a été construit en 1841 sur la commune d’Athée-sur-Cher
pour rendre le Cher navigable

Barrage, écluse et maison éclusière sont situés sur la commune d’Athée-sur-Cher (rive gauche), le moulin et le déversoir sur celle de Saint-Martin-le-Beau (rive droite).

La structure du barrage est constituée d’une série de fermettes métalliques s’articulant avec des éléments de passerelle appelés localement les tabliers.
Chaque fermette est insérée à sa base entre un pivot en pierre et une lourde poutre de chêne : la longrine.
L’ensemble est ménagé sur un radier maçonné de 40 à 50 m de longueur.
Entrepris autrefois au printemps mais aujourd’hui au début de l’été, le relevage du barrage est une opération longue et difficile :
– les barragistes doivent d’abord accrocher et relever la première fermette et bloquer son tablier en position horizontale. Sur cette assise ils installent ensuite le treuil.
– la seconde fermette est accrochée et relevée.
– la même opération se répète ensuite pour chacun des fermettes, en déplaçant à chaque fois le treuil.


Au fur et à mesure que les aiguilles sont positionnées, la hauteur d’eau en amont du barrage s’accroît et le courant dans les parties non encore équipées se fait plus puissant.
De ce fait, outre leur poids doublé dans l’eau, l’installation des aiguilles est aussi de plus en plus difficile au fur et à mesure de l’avancement des opérations.
Lorsque les aiguilles sont en place, le niveau d’eau en amont est suffisamment haut pour former un bief navigable de quelques kilomètres… jusqu’au prochain barrage.
Lorsque les aiguilles sont en place, le niveau d’eau en amont est suffisamment haut pour former un bief navigable de quelques kilomètres… jusqu’au prochain barrage.
Le Cher étant déclaré impropre à la navigation, barrage et écluse ne sont plus fréquentés que par quelques bateaux de plaisance.

Chaque année, à l’automne, les aiguilles sont déposées et les fermettes couchées.
Le Cher retrouve ainsi son écoulement naturel.
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Les éclusiers de Nitray
Figurent dans les recensements d’Athée-sur-Cher (site des Archives départementales d’Indre-et-Loire) en tant qu’éclusiers à Nitray :
- BÂCHELIER Eugène :1891
- BESCHON Adrien : 1901-1906-1911
- COLLIAUX Ange : 1936-1946
- DELABESSE Lucien : 1901
- DENIAU Eugène : 1861
- DENIAU Jean : 1856
- FORTIER Jules : 1881
- GANGNEUX Silvain : 1846
- MARTIN Désiré : 1872-1876
- MEUNIER André Blaise : 1866-1872-1881-1886-1891-1896
- NICOD Jules : 1931
- NICOLAS Michel : 1921
- PILLAUT (PILAULT) Philippe : 1851-1856-1861-1866
1946 – Listes nominatives – vue 12/27
1936 – 6NUM5/008/020 – vue 20/37
1931 – 6NUM5/008/019 – vue 7/39
1921 – 6NUM5/008/017 – vues 19-20/38
1911 – 6NUM5/008/016 – vue 21/40
1906 – 6NUM5/008/015 – vue 14/42
1901 – 6NUM5/008/014 – vue 15/42
1896 – 6NUM5/008/013 – vue 15/44
1891 – 6NUM5/008/012 – vue 15/44

MEUNIER André Blaise x PILLAULT Léontine et leur petite-fille MONMOUSSEAU Blanche
1886 – 6NUM5/008/011 – vue 42/49
1881 – 6NUM5/008/010 – vue 42/51
1876 – 6NUM5/008/009 – vue 40/48
1872 – 6NUM5/008/008 – vue 43/49

MARTIN Désiré x THIBAULT Madeleine, et FERRAND Angélique mère de Madeleine
1866 – 6NUM5/008/007 – vue 44/52
1861 – 6NUM5/008/006 – vue 28/52
1856 – 6NUM5/008/005 – vue 25/50
1851 – 6NUM5/008/004 – vue 26/49
1846 – 6NUM5/008/003 – vue 26/53
Sources :
– maquettes à disposition du public au barrage de Nitrais
– article de blog du CGDT
– BnF Gallica, Wikipedia
– AD37 archives en ligne
– photos personnelles



















Merci beaucoup pour cet article qui m’éclaire sur la vie des éclusiers à Nitray, mon grand-père était tireur de sable à Chandon, dur métier très peu payé.