
Article de Patricia PILLORGER
présidente du
Centre Généalogique de Touraine
En 1922, le Comité olympique français organise un concours d’idées en prévision des Jeux olympiques d’été de Paris de 1924. Il s’agit de présenter un projet d’implantation des équipements sportifs nécessaires aux compétitions olympiques de l’athlétisme, de tennis ou de pelote basque sur un terrain situé entre la Porte Molitor et la Porte de Saint-Cloud, à l’ouest de Paris.
12 projets ont été déposés, dont celui élaboré par trois architectes : René LOYSEL, Édouard REDONT et Louis SÜE.
Un imposant stade nautique semi-enterré centré sur un unique bassin de nage, lui-même encerclé par des gradins aux extrémités arrondies qui se déploient en deux volées.
En élévation, une rigoureuse alternance entre lignes verticales et portes d’accès en plein-cintre témoigne de la volonté de prendre en compte le dilemme des points d’entrée et de sortie en dissociant les circulations des nageurs et des spectateurs.

L’édifice resta à l’état de papier. Il signale toutefois le prestige grandissant des Jeux olympiques durant l’entre-deux-guerres et le désir de prendre au sérieux l’organisation de cet événement international.
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René LOYSEL était connu du grand public, en tant que membre actif de l’Automobile Club de France et architecte des expositions d’automobiles de Paris.
René LOYSEL est né le 14 juillet 1861 au domicile de ses parents, le château de Viviers des Landes à Courcelles-de-Touraine. Ses parents Léon Félix, négociant en textile, et Anne DUFOUR se sont unis l’année précédente à Paris. En 1867, c’est la naissance d’un second fils, Jacques. Au fil des saisons, la famille réside à Paris ou en Touraine.
Bachelier en lettres et sciences, René est admis en avril 1885 à l’École des Beaux-Arts à Paris dans l’atelier d’Honoré DAUMET. Sorti en juin 1891, il s’installe ensuite comme architecte à Paris et se consacre à la construction de maisons particulières, d’ateliers d’artistes ou la restauration d’hôtels privés.
Son portrait est présenté dans le Petit Moniteur du 4 octobre 1905 : modeste autant que dévoué aux intérêts qui lui sont confiés […] le voici qu’il vient de rentrer rue des Capucines. Le visage aux traits énergiques et réguliers est souligné par des yeux très parieurs, la voix est nette, bien posée, le geste sobre, mais affable. Intelligence vive et méthodique alliée à un gout très sûr, n’abandonnant rien au hasard qu’il ne puisse lui enlever par érudition ou par prévoyance, il a conquis à Paris une enviable situation et a su se concilier l’estime de tous ses collègues.

René est également un sportif passionné d’automobile. Il débute dans l’équipe de course des voitures A. Bollée. En 1898, il arrive en cinquième position dans le Paris-Amsterdam-Paris et il s’offre une belle victoire au Bordeaux-Biarritz.
La course Bordeaux-Biarritz, un parcours de 290 km où sont inscrits des coureurs de vitesse et des touristes, est une grande fête sportive et mondaine. De nombreuses maisons de constructions de voitures participent à la course en raison de l’exposition installée à Biarritz qui est visitée par les vacanciers riches et nombreux en cette période estivale. En 1898, la course se déroule le 20 et le 21 août, il y a 45 inscrits mais seuls 34 participants sont au départ : 18 touristes et 16 coureurs de vitesse. Les touristes partent le 20 à 9 h et s’arrêtent à Mont-de-Marsan, d’où ils repartent le 21 à midi et demi. Les coureurs de vitesse partent le 21 août à 9 h. En cette fin d’été, la chaleur est grande, le thermomètre marque 38 degrés à l’ombre. René, inscrit comme coureur de vitesse, conduit le véhicule n° 13, une voiture à 2 places d’A. Bollée de 850 kilos et un moteur de 8 chevaux. Il arrive le premier à Biarritz devant une foule qui l’ovationne, un bouquet de fleurs est offert à la gracieuse dame qui l’accompagnait dans ce parcours. Classé à la première place avec un temps de 3 h 54 mn, il reçoit un chèque de 1.000 francs et la médaille d’or de la ville. Le premier touriste est classé en troisième position. Sur les 34 participants, 8 touristes et 6 coureurs de vitesse terminent la course, les autres se sont arrêtés à cause d’accidents ou de crevaisons.
Après ces deux années en tant que coureur, René préfère allier sa passion et son métier en s’impliquant comme architecte dans toutes les grandes épreuves d’automobiles organisées par l’Automobile Club de France et les expositions d’automobiles et d’avions de Paris.
Créé en 1908, René et son collègue et ami, André GRANET sont les architectes du Salon de l’Automobile organisé à Paris, l’exposition annuelle de l’industrie française. Devant le Petit Palais, il y a l’innombrable file de toutes les voitures élégantes de Paris rangées contre le trottoir. Le salon s’ouvre avec l’inauguration par le Président de la République et la visite des stands sous un air de la Marseillaise. Après avoir été retenu par le service d’ordre pendant la visite des officiels, le Tout Paris, curieux et impatient, envahit le Grand Palais et se lance dans les allées pour admirer les énormes joujoux mécaniques. Au fil des années, s’adaptant aux tons colorés et modernes du moment tou
En 1913, René est nommé Chevalier de la Légion d’honneur. Dans la presse nationale qui ne manque pas de rappeler qu’il est membre de l’A.C.F., il est qualifié de sportsman de la veille qui tint avec succès le volant d’une automobile au temps des premières courses de la locomotion mécanique. Il emploie son grand talent à organiser des salons et on lui doit l’aménagement de la place de la Concorde (piscines, salles d’armes et de culture physique).
Bien qu’habitant à l’année rue des Capucines à Paris, il aime profiter de la douceur de vivre en Touraine et se retire souvent au château du Vivier des Landes à Courcelles-de-Touraine. René y décède le 17 septembre 1932, dans sa soixante et onzième année. Il est inhumé au Père Lachaise à Paris, dans la concession familiale.

Sources
Archives départementales de l’Indre-et-Loire (37), de Paris (75), registres d’état civil
Gallica, bibliothèque numérique de la BnF, presse en ligne
Site de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Le Paris rêvé des Jeux olympiques de 1924, consulté en mars 2024
Très intéressant