
d’après une étude de Catherine BAS-DUSSEAULX,
vice-présidente d’honneur
du Centre Généalogique de Touraine
réalisée pour le 40ème anniversaire du CGDT
En 1543 Bertrand PELTEREAU, maître tanneur, reçoit les Lettres patentes royales
qui l’autorisent à implanter une manufacture sur le Gault
L’activité de tannerie est une tradition très ancienne dans la ville de Château-Renault, cité du nord de la Touraine qui bénéficiait de toutes les conditions favorables à son développement :
- abondance de l’eau apportée par deux rivières : la Brenne et le Gault,
- présence de main-d’oeuvre locale,
- vastes forêts avoisinantes pour l’approvisionnement en « tan » (écorce de chêne indispensable au travail des peaux),
- présence de la Cour de France en Val de Loire, garantissant l’approvisionnement en quantités importantes de viande, donc de peaux.


Depuis cette époque, et durant 4 siècles, cette activité va se développer à Château-Renault, améliorant les techniques, voyant se créer d’autres tanneries, subissant les aléas économiques, pour finalement s’éteindre à la fin du XXème siècle.



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L’art de la tannerie
concerne le travail de peaux issues des animaux domestiques qui va les transformer en cuirs destinés à la maison, au métier, à l’habillement et à la décoration. Ce terme générique recouvre plusieurs catégories de spécialités artisanales :
- le tanneur proprement dit, qui travaille les peaux de bovins et de chevaux,
- le mégissier, qui travaille les peaux d’ovins et de caprins,
- le corroyeur qui, ensuite, rend le cuir plus souple et plus résistant,
- le pelletier qui travaille la fourrure et dont l’activité n’a jamais été représentée à Château-Renault.
Toutes ces activités se déclinent en maîtres, compagnons, ouvriers, garçons.
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Le travail du cuir comporte essentiellement trois groupes d’opérations :
La préparation des peaux brutes
Aussitôt que le tanneur a reçu les peaux, il en retranche l’émouchet, c’est-à-dire les parties inutiles, telles que les oreilles et la queue, après quoi il les jette dans l’eau courante. Cette opération, appelée trempage, a pour but de ramollir et de nettoyer les peaux, de détremper le sang et les ordures qui peuvent être adhérentes. Quand elles sont fraiches, il suffit généralement d’une immersion de deux ou trois jours et de quelques rinçages ; mais, lorsqu’elles sont sèches ou salées, le trempage dure beaucoup plus longtemps. Il faut en outre les sortir chaque jour des bains pour les fouler aux pieds et les craminer, c’est-à-dire les étirer sur le chevalet, afin de bien les assouplir et de les priver parfaitement des matières étrangères. Quelquefois même il faut les plonger dans des laits de chaux faibles, les retirer pour les travailler à nouveau, etc. Ces diverses manipulations sont nécessaires pour les ramener à un état à peu près semblable à celui des peaux fraîches ou vertes, comme on les appelle habituellement.
Épilage et écharnage
Lorsque les peaux ont été convenablement lavées ou assouplies, on s’occupe de les débourrer, c’est-à-dire de les débarrasser de leurs poils. Pour cela, il faut d’abord les gonfler et dilater leurs pores, ce qui se fait au moyen de plusieurs procédés, dont les principaux sont connus sous le nom de travail à la chaux (appelé aussi plainage, plamage et pelanage), travail à l’orge ou au seigle, travail à la jusée, et travail à l’échauffe.
Quel que soit le mode de travail auquel on ait donné la préférence, quand on reconnaît que le poil peut s’enlever avec les doigts, tout en faisant éprouver une certaine résistance, on fait tremper les peaux dans l’eau pour les nettoyer ; puis on les place sur le chevalet, et l’on promène de haut en bas, sur chacune d’elles, un couteau émoussé, dit couteau rond, ce qui suffit pour les épiler entièrement.

travail de rivière – écharnage
Collections AD37

dans une tannerie
Collections AD37
On passe alors au travail de rivière, qui consiste à écharner les peaux, c’est-à-dire à détacher avec un couteau, semblable à une plane, la chair et les autres impuretés qui peuvent souiller chacune de leurs faces, à rogner les parties inutiles, particulièrement les bords qui sont plus épais que le reste, à les queurser, c’est-à-dire frotter avec une pierre à aiguiser appelée queurse, afin de faire disparaître les inégalités qui se trouvent du côté de la fleur ou du poil, et enfin à les recouler, c’est-à-dire les presser avec un couteau rond jusqu’à ce que les matières qu’elles peuvent retenir soient entièrement chassées, et que l’eau de lavage soit entièrement limpide. Il est bien entendu qu’on passe les peaux à l’eau après chaque opération ou façon.
Le tannage

moulin à tan – arrivée des écorces
Collections AD37

entrée des écorces de chêne
Collections AD37
Le tannage proprement dit s’exécute en plein air dans de grandes cuves en bois, enfoncées en terre, ou dans des fosses en maçonnerie. Ces cuves ou ces fosses ont ordinairement 3 mètres de diamètre, et autant de profondeur ; elles peuvent contenir de 50 à 60 peaux. Ces dernières y sont disposées en couches alternatives avec l’écorce de chêne réduite en fragments plus ou moins fins.
La cuve ou fosse ainsi disposée, on y fait arriver, à la partie supérieure, de l’eau chargée de tan ; cette eau humecte toutes les parties, dissout le tannin, le porte sur la peau et détermine ainsi la combinaison de la peau avec le tannin. Le cuir reste pendant 3 mois dans cette première écorce. On relève alors les peaux, et on les dispose en sens inverse entre de nouvelles couches de tan neuf, de sorte que les peaux qui étaient au fond, où le tannin est plus abondant, se trouvent dessus. Au bout de 3 ou 4 mois, l’opération est terminée ; on dit que le cuir est tanné à coeur, c’est-à-dire jusqu’à l’intérieur.
Le finissage
Au sortir des fosses, les cuirs sont portés au séchoir, où on les suspend à des perches ou à des crochets disposés pour cet usage. Leur dessiccation doit être lente ; aussi place-t-on d’habitude le séchoir à l’ombre et à l’abri des courants d’air. Quand les cuirs commencent à devenir roides, on les dresse en les étendant sur une surface unie où, après les avoir frottés avec du tan sec, on les frappe avec la plante du pied pour en détruire les inégalités. Enfin, on les met en presse pendant 24 heures sous des planches chargées de pierres.
Après avoir été pressés, les cuirs sont livrés en croûte aux corroyeurs, qui aplanissent et sèchent les peaux avant de les battre pour en resserrer les fibres. Ils ont pour mission de donner aux peaux souplesse et élégance.

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Descendance de Bertrand PELTEREAU maître tanneur
Sources :
– L. Huteau et R. Changeux : « Il était une fois Château-Renault », Le Vieux Logis, 1978
– L. Huteau : « La tannerie à Château-Renault », Musée du Cuir, 2011
– AD37 : « Tanneries Renaudines », Répertoire numérique, CLD, 2000
– Cartes postales : AD37 Collections de Touraine
– Cuirs et peaux, tannage, corroyage et mégisserie, production des différents pays / par M. Henri Villain – BnF Gallica
Article pédagogique très intéressant sur ce métier peu connu. Merci de rendre ainsi hommage à ces travailleurs de l’ombre.