M comme… MARGUERON Jean Anthyme


Article de Catherine BAS-DUSSEAULX
du Centre Généalogique de Touraine

paru dans le Touraine Généalogie n° 116 du 4ème trimestre 2018

Il existe à Tours une petite rue tranquille, appelée rue Margueron, par arrêté municipal du 17 juillet 1883. Bien cachée dans le quartier de la place RABELAIS, à l’ouest de la ville, elle fait communiquer le boulevard Jean Royer et la rue de Boisdenier, pas très loin du jardin des Prébendes.

Auparavant nommée rue du Chantier, elle rend désormais hommage à Jean Anthyme MARGUERON, né à Tours le 11 juin 1771, illustre pharmacien, botaniste et créateur du Jardin Botanique de la métropole tourangelle.

Fils de Charles MARGUERON et de Françoise ROULLET, c’est le quatrième garçon et le benjamin d’une fratrie de 9 enfants, nés dans une famille de marchands ciriers.

Lorsqu’éclate la Révolution, Jean Anthyme a 18 ans. En 1793, la Convention ayant décrété la levée en masse de 300.000 hommes, il part au mois d’avril avec un bataillon de « volontaires » combattre l’insurrection de Vendée. Il participe à la défense de Bressuire, aux batailles de Vihiers, Coron, Doué et à celle de Chemillé, où un coup de lance ennemie l’envoie à l’hôpital militaire installé en hâte à Marmoutier. De retour sur sa terre natale, le jeune révolutionnaire est soigné par le pharmacien en chef Jean Louis METGES (1760-1834), ancien premier aide à la Pharmacie royale, demeuré royaliste au fond du cœur. Les différences d’opinion n’empêchent pas l’amitié entre les deux hommes et Jean-Louis METGES le fait attacher à l’hôpital de Marmoutier comme pharmacien de troisième classe.

C’est à partir de ce moment là qu’il débute une carrière dans le service de santé des armées. En 1794, il part pour l’Armée de l’Ouest. tout en envoyant un mémoire pour être admis à l’hôpital militaire installé au Val-de-Grâce. Le Collège de pharmacie de Paris organisait alors des « leçons [gratuites] publiques de chimie, pharmacie, histoire naturelle et botanique » et distribuait des prix d’émulation « à ceux des élèves en pharmacie qui avaient le mieux profité des cours ». Dissous le 20 mars 1796, ce collège est remplacé par la Société libre des pharmaciens de Paris, laquelle continue de former des élèves dans une « école gratuite de pharmacie », dont Jean Anthyme va suivre les cours.

C’est durant ce répit de courte durée qu’il épouse à Paris, le 10 frimaire an VII (30 novembre 1798), Jeanne Claude LENORMANT, jeune fille d’une famille orléanaise.

Sous le Consulat, Jean Anthyme MARGUERON est promu pharmacien de seconde classe et le 22 messidor an VII (10 juillet 1799), il est affecté à l’Armée du Danube puis, le 20 germinal an VIII (10 avril 1800), à celle du Rhin. Devenu répétiteur à l’hôpital militaire d’instruction de Strasbourg, il y enseigne la botanique et l’histoire naturelle médicale à partir du 19 frimaire an IX (10 décembre 1800), le jour même où naît à Besançon (Doubs) son fils et unique enfant : Charles Joseph Anthyme.

Le 15 pluviôse an IX (4 février 1801), il est au dépôt des médicaments de Strasbourg où il est reçu maître en pharmacie. Mais les guerres reprennent et commence alors pour lui la dure vie dans le service de santé sur les champs de bataille napoléoniens. Il est à Austerlitz en 1805 et, devenu pharmacien de première classe (pharmacien-major) le 1er mai 1806, il suit la Grande Armée avec le 6ème corps commandé par le maréchal Ney. Le 14 octobre 1806 il est à Iéna,  tandis que son épouse et son fils ont regagné la Touraine, où le 2 septembre 1806, le jeune garçon décède au domicile de sa mère (5 rue Colbert à Tours). Cette dernière est heureusement soutenue dans l’épreuve par les deux oncles de l’enfant : Jules Marie et Charles MARGUERON.

Au loin, Jean Anthyme est à Eylau et Friedland en 1807, Postdam en 1808 et enfin Wagram en 1809 d’où il sort anéanti de cette bataille si coûteuse en hommes.

Une maladie urinaire l’incite à demander son licenciement au Ministre de la Guerre, Jean-Gérard LACUÉE DE CESSAC, qui le lui refuse au motif qu’« on ne licencie pas un serviteur comme M. Margueron ».

Il donne alors sa démission, mais sa carrière militaire se termine sous les éloges : il a alors 41 ans.

Au titre de pharmacien-major à l’ambulance de la Grande Armée pendant la période 1792-1810,
il recevra en 1857  
la Médaille de Sainte-Hélène

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Retour en Touraine

Reçu pharmacien civil le 7 décembre 1810 à l’École spéciale de Pharmacie de Paris, il revient à Tours et retrouve METGÈS qui tient une pharmacie à l’angle du numéro 19 de la rue Royale (l’actuelle rue Nationale) et du numéro 46 de la rue de l’Ancienne intendance (l’actuelle rue des Halles) : tous deux s’associent pour diriger l’une des plus importantes officines de la ville, qui fournit même l’hôpital de Château-la-Vallière.
Deux ans plus tard, il demeure seul titulaire de la pharmacie.

Plan de Tours en 1893 – source Gallica

Les réclames qu’il fait insérer dans le Journal d’Indre-et-Loire permettent de connaître plusieurs des médicaments dispensés dans son officine : il a l’exclusivité de la commercialisation à Tours du sirop pectoral aromatique de Gardet, du vin de Séguin à base de quinquina contre les fièvres, du très populaire rob antisyphilitique de Saint-Gervais. On trouve aussi dans son officine le sirop d’Orléans contre la coqueluche, le sirop pectoral de Lamouroux, la pâte de Lichen, l’élixir tonique antiglaireux du Dr Guillié, le sirop antidarteux de Barré, les dragées antisyphilitiques du Dr Vaume, et bien d’autres spécialités.
En 1831, maintenant âgé de 61 ans, il cède son officine et prend sa retraite, sans pour autant abandonner ses nombreuses activités.

Pendant les 10 années suivantes, il va se consacrer à son grand projet d’aménager un jardin botanique et de naturalisation à Tours. Lui-même entretenait déjà un espace où il acclimatait plusieurs plantes exotiques.

Le 26 mai 1832, il expose aux membres de la Société d’agriculture du département tous les avantages qu’offrirait un tel établissement et il donne « des détails approfondis sur les moyens d’exécution, sur les personnes nécessaires à cet établissement et sur toutes les dépenses qu’il occasionnerait » : il souhaite un directeur, un professeur pour enseigner la botanique et un jardinier.

Malgré l’acharnement de Jean Anthyme MARGUERON, le dossier pourtant très élaboré sera retoqué à de nombreuses reprises, car il était question d’implanter cette création sur l’emplacement du « légumier » [de la Préfecture] et « la bande de terre qui longe le mail » (l’actuel boulevard  Heurteloup) et cette idée se heurte à l’opposition farouche de l’un des riches riverains.

La création du jardin ayant échoué, MARGUERON se consacre à partir de 1837 à la réalisation d’une autre idée : introduire des espèces végétales utiles à la Touraine.
Mais en 1841 la ville de Tours achève les travaux commencés en 1835 pour assainir une zone insalubre et pestilentielle dénommée le Ruau Sainte-Anne, en face de l’Hospice général. Une importante surface est ainsi dégagée dont Jean Anthyme MARGUERON veut tout de suite tirer parti. Il fait proposer par la commission administrative de l’hospice (il vient d’y être nommé) d’affecter trois hectares pour implanter ce jardin botanique dont il rêve depuis longtemps. La Société d’agriculture d’Indre-et-Loire envoie en 1842 les plans et un devis pour frais de clôture, établissement de serres et premières cultures au préfet qui les communique au Conseil général, lequel accepte enfin la création du jardin. Nommé officiellement directeur en 1843, MARGUERON, dont l’épouse est décédée à Tours le 6 août 1841, va se dévouer entièrement à cette œuvre.

De nombreux organismes et personnalités vont offrir, à titre gracieux ou à prix réduits, des plantes pour cet établissement que MARGUERON conçoit comme un instrument scientifique : une part avec serres tempérées et chaudes, orangerie, grainier et fruitier est réservée aux études botaniques ; une autre à des essais d’acclimatation d’arbres fruitiers et d’ornement, de plantes céréales, fourragères, légumières, tinctoriales et oléagineuses. Des cours de botanique, de taille et de direction des arbres sont d’ailleurs prévus. Mais il a fallu et il faudra encore beaucoup d’argent !

Comme tous les apports qu’il peut obtenir ne suffisent pas, que sa femme est décédée et qu’il n’a plus d’héritier, il a recours à sa fortune personnelle. Son frère Jules Marie, décédé en 1836, lui a aussi légué une part notable de ses biens.
Nul ne sait combien Jean Anthyme MARGUERON a englouti d’argent dans la création du jardin car il va brûler tous les mémoires le concernant.
À partir de 1845, très affaibli, il se fait remplacer par WALVEIN, maire de Tours, pour la fin des travaux. Il continue pourtant de vouloir « contribuer au bonheur de [son] pays pendant les années qui [lui] restent encore ».

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Le 15 août 1857, le Préfet lui apporte la Légion d’honneur. Il n’était que temps puisque Jean Anthyme MARGUERON meurt six mois plus tard, le 1er février 1858, âgé de 87 ans, en son domicile du 18 rue Rabelais à Tours.

Il sera inhumé au cimetière La Salle à Tours.


Généalogie de Jean Anthyme MARGUERON


Sources :
– GASCUEL Geneviève : « Les Noms des Rues de Tours », édit. CMD, Montreuil-Bellay (49)
– Médaille de Sainte-Hélène https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16899102

– Gallica
– Cartes postales Collections de Touraine AD37

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DUPUY
DUPUY
2 années plus tôt

ARTICLE PASSIONNANT …. MERCI A VOUS