Y comme Yzeures-sur-Creuse et La Baratière

Article rédigé par Emmanuelle FREDIN et Patricia PILLORGER,
membres du Centre Généalogique de Touraine

La crue de la Creuse de 1848 sur la commune d’Yzeures-sur-Creuse a inspiré quelques vers à un habitant de La Baratière. Ces vers, toujours visibles, sont inscrits sur une pierre du mur, au dos de la remise d’une ferme, du côté de la route, à un mètre du sol environ.

Port de Baratière, crue du 23 juin 1848

Ici où s’arêta le fléau redoutable
Que Dieu nous fit sentir en ce jour déplorable.
Les eaux croissaient sans fin, chacun quitte son asile
Qui vonts dans un ainstant ressembler à des illes.
La pleine si fertile des plus précieux trésors
N’offre plus à nos yeux que l’ombre de la mort.
Le peuple se rassamble sur ce triste rivage
En déplorant leurs sort, disant : quel esclavage !
La rivière ressemblait à la mer écumante
Qui dans son étendue paraits si menaçante.
O peuples qui de se siècle serez les successeurs
Dieu vous mette à l’abri d’un si grand malheur.

Au vu des archives conservées et des analyses menées par la Direction Départementale de l’Équipement, la crue de 1848 est considérée comme une information fiable dans l’étude des zones inondables de la vallée de la Creuse.

La marque de la crue de juin 1848 est à 65,66 mètres et celle d’octobre 1960 à 65,10 mètres. Le repère en platine du nivellement général de la France indique La Baratière à 65,15 mètres d’altitude.

L’historien Jacques Xavier CARRÉ de BUSSEROLE mentionne qu’avant la Révolution, Baratière ou Port de Baratière, hameau situé près de la Creuse sur la commune d’Yzeures-sur-Creuse, était un poste d’employés des gabelles du Roi, commandé par un officier portant le titre de Capitaine. Face au hameau, il y a les Îles de la Baratière.

Embarcadère de La Baratière sur la Creuse, au bout du mur qui borde la propriété

En 1846, il y est recensé 19 personnes, réparties sur 4 foyers : Louis ROY, Jean BAILLY, Charles MOURAULT, Pierre TAITÉ, avec leurs épouses et enfants. Au recensement suivant, en 1851, le hameau compte 25 personnes, la famille TAITÉ n’y réside plus, celles de Sylvain BAUDROU et de Louis FRAGINE se sont installées à La Baratière.

Après avoir échangé avec Monsieur et Madame GUÉRIN, habitant le hameau de La Baratière, dont la famille y résidait depuis des générations, quelques recherches en ligne nous ont permis d’identifier que l’un des recensés de 1846 était leur ancêtre, Louis ROY, passager et cultivateur, fils d’un employé de la gabelle.

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Louis ROY, fils de Sylvain, employé de la gabelle

Louis ROY est le fils de Sylvain ROY et Marie DESBRUERES, né en 1784 à Yzeures-sur-Creuse.

Sylvain ROY (ROY dans les registres d’Yzeures-sur-Creuse ou ROUET dans les registres de Vicq-sur-Gartempe) est cité comme employé des gabelles pour la première fois au baptême de son fils François en 1777. Sylvain et Marie se sont unis le 15 juin 1762 à Vicq-sur-Gartempe, tous deux originaires de cette paroisse située sur les bords de la Gartempe, à une dizaine de kilomètres d’Yzeures-sur-Creuse.
Sylvain et Marie ont 7 enfants :

Signature de Sylvain ROY
en 1786
  • Sylvain, °10/09/1765 à Vicq-sur-Gartempe (86)
  • Anne, °11/07/1769 à Tournon-Saint-Martin (36)
  • Jean, °05/09/1772 à Tournon-Saint-Martin
  • François, °02/11/1777 à Tournon-Saint-Martin
  • Marie, °09/09/1781 à Yzeures-sur-Creuse (37)
  • Louis, °19/03/1784 à Yzeures-sur-Creuse, le Moulin aux moines
  • Joseph, °28/04/1789 à Yzeures-sur-Creuse, le bourg

Après la Révolution, Sylvain est cité comme passager sur la Creuse et il décède le 18 avril 1801 à son domicile dans le bourg d’Yzeures-sur-Creuse.

Yzeures-sur-Creuse le Moulin aux moines – source AD 10Fi282-0036

En juillet 1806, Louis, alors âgé de 22 ans, est mentionné en qualité de passager à La Baratière à Yzeures-sur-Creuse lorsqu’il épouse Marie Magdeleine GUIONNET, fille de Mélaine, passager au port de Cirande à Yzeures-sur-Creuse, et de Louise SECHERESSE.
Louis et Magdeleine auront également 7 enfants, tous nés à La Baratière :

  • Rose Françoise, épicière, °10/03/1808, x 09/071833 avec Guillaume MARBRU, +08/05/1884
  • Louis, sabotier et cultivateur, °20/09/1810, x1 28/06/1835 à Néons-sur-Creuse (36) avec Françoise CAILLON, x2 16/07/1839 à Vicq-sur-Gartempe avec Jeanne ROBIN, +30/01/1885 à Vicq-sur-Gartempe
  • Julie, couturière, °14/02/1813, x 09/07/1833 avec Armand FALAVENTURE, +20/01/1897
  • Joseph Hilaire, cultivateur, °20/11/1815, x 09/05/1837 avec Magdeleine GLAIN, +01/02/1897
  • François, charpentier, °25/04/1818, x 05/12/1846 à Paris Ve (75) avec Catherine BOSSUAT, +>1876 où le couple est dit domicilié dans la commune de Saint-Maur département de la Seine (Saint-Maur-des-Fossés-94)
  • Mélaine, cultivateur, °19/03/1821, x 15 février 1846 avec Anne AUBEAU, +08/04/1898
  • Charles, cultivateur, °17/03/1824, x 20/09/1852 à Vicq-sur-Gartempe avec Jeanne Radegonde TRICOCHE, +14/08/1871

Au fils des actes, Louis, dit passager au port de Baratière ou batelier ou cultivateur, est toujours domicilié à La Baratière. La réforme de l’an VII de la République règlemente l’activité de passager et met en place le paiement d’une patente auprès du Trésor Public. Au-delà des impôts à régler, il faut prendre en compte les intempéries qui perturbent l’activité régulière du passeur : il est donc fréquent que celui-ci complète ses revenus avec une activité agricole pour assurer un niveau de vie correct à sa famille.

A partir de 1828 Louis acquiert, au fil des années, des parcelles de terre, de vigne, de pré, de pâture, situées sur la commune d’Yzeures-sur-Creuse. En 1855, il devient le propriétaire de la maison de La Baratière avec sa cour et son jardin. Depuis cette date, l’exploitation agricole est gérée, de génération en génération, par un des descendants de Louis.
Après avoir vécu plus de 60 ans sur les bords de la Creuse, Louis y décède à l’âge de 84 ans, le 2 novembre 1868.

de Louis ROY à Gilbert GUÉRIN

Le plus jeune fils de Louis, Charles, dit cultivateur demeurant à La Baratière lors de son mariage avec Jeanne Radegonde TRICOCHE, fille de Sylvain et Jeanne ROBIN, continue l’exploitation et y décède quelques années après son père.

Avec l’aide de son oncle Mélaine, la reprise est assurée par le seconde fille de Charles, Jeanne, née le 14 décembre 1860, unie le 12 juin 1882 avec Joseph DELETANG, fils de Joseph et de Françoise BOUCETON.

Leur fils Abel, né le 30 janvier 1885, continue l’exploitation auprès de ses parents, avec son épouse Renée Berthe GEORGET. Ils se sont mariés le 21 avril 1913. Comme beaucoup de jeunes hommes, Abel participe à la campagne contre l’Allemagne à compter du 3 août 1914, affecté au 113e Régiment d’Infanterie. En mars 1919, il reçoit la Croix de guerre en qualité de « grenadier qui a fait preuve d’endurance et de bravoure dans maints combats au cours des quarante-huit mois de front ».
Aux côtés d’Abel, devenu veuf, l’exploitation est reprise par leur fille Jeanne et leur gendre Henri GUERIN. Succédant à ses parents, Gilbert continue avec son épouse Yvonne.

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Le Centre généalogique de Touraine remercie chaleureusement Monsieur et Madame Gilbert GUÉRIN pour leur accueil, leur autorisation de photographier et les informations qu’ils nous ont gentiment mises à disposition pour notre article.


Sources
Archives départementales de l’Indre, d’Indre-et-Loire et de la Vienne, registres paroissiaux et d’état-civil, recensements de population, registre matricule, cadastre.
Gallica, Bibliothèque nationale de France numérique, Bulletin n°32 de la Société archéologique de Touraine, page 249.
Photos et images : collection privée d’Emmanuelle Fredin, « Collections de Touraine » ADIL

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