LA VIE QUOTIDIENNE DES CURÉS

Article de Catherine BAS-DUSSEAULX rédigé avec la collaboration de Paul POISSON – Paru dans le Touraine Généalogie n° 7 – 3ème trimestre 1991 page 229 Rubrique « La Gazette des Paroissiaux »

Nos curés de campagne, investis pendant toute la durée de l’Ancien Régime et parfois même bien au-delà de l’essentiel du savoir et de la culture de leurs paroisses, ont souvent tenu leurs registres paroissiaux à la manière d’un véritable journal de bord, reflétant l’atmosphère du village et la vie quotidienne de ses habitants.

Parmi ces notes, il en est qui les concernent directement, et qu’ils ont néanmoins rédigées scrupuleusement. Colère et humour s’y côtoient, mais quand on porte atteinte à leur autorité, alors là !

Carte interactive de la vie quotidienne des curés dans des villages de Touraine :
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Le 30 octobre 1741, le curé de Saint-Maurice de Chinon rapporte qu’il s’apprêtait en grand appareil à célébrer les funérailles de « Dame Geneviève LE BRETON, épouse de Maître Jean BRIDONNEAU, ancien président de l’Election du dit Chinon » lorsque « estant arrivés presque vis-à-vis de la grande porte de l’église par laquelle les convois funèbres ont coutume d’entrer, avons rencontré Mrs les Chanoines de St-Mexme en corps, présidés par M. BRETON, chantre et chanoine, revestu d’étole et chapenoire, qui par une entreprise et voie de fait, dont on avait de la peine à trouver des exemples, avaient déjà fait ladite cérémonie de levée du corps qu’ils faisaient emporter par deux sacristains et deux portefaix dans leur église de St-Mexme ; nous étonnés d’un pareil attentat sur notre juridiction, droits et fonctions curiales, nous sommes mis en devoir de faire arrester le corps en l’endroit où il se rencontrait mettant la main sur le cercueil, afin de faire la cérémonie de la levée du corps, et ensuite l’introduire dans l’église pour en faire l’inhumation, ce que lesdits srs Chanoines de St-Mexme ont refusé, continuant leur marche jusqu’à leur Eglise où ils ont fait l’inhumation exportant avec eux une bonne partie du luminaire destiné pour cette cérémonie funèbre. Nous donc n’ayant pu empescher un enlèvement fait avec tant de violence et au grand scandale d’une foule de peuple qu’un tel procédé… avait assemblé sur la place et autour de l’église, sommes rentrés processionnellement avec nos prestres, et avons fait l’office accoutumé estre fait aux obsèques des fidèles ».

Et le 17 juin 1767, TESSIER, curé de Genillé, se plaint amèrement. En effet il a convoqué l’Assemblée de ses habitants « pour décider sur le fait des réparations nécessaires dans notre église » mais un malentendu « les a fait tourner à gauche ». Ils conviennent bien que surtout la chapelle latérale a un urgent besoin d’être réparée, mais « ils prétendent n’être point obligés de le faire sous prétexte que j’acquitte quelques fondations à l’autel qui y est érigé ». Le curé proteste que cette fondation a été faite après la construction de la chapelle « par un particulier qui demanda qu’on dit tous les ans plusieurs messes pour lui et légua pour cela 8 boisseaux de froment pour le prêtre qui les acquitterait » et « personne n’en conclut que pour cela ils -les prêtres- fussent obligés de réparer cette chapelle ». Le curé regrette ensuite l’absence pour « des raisons trop légitimes » de son principal habitant, fermier de Mme de MENOU qui, lui, aurait su faire comprendre à ces gens qu’ils avaient tort, en conclut en suppliant qu’on finisse promptement cette affaire car « on voit les lattes de notre église. Le premier vent qui souffle un peu violemment nous emporte des ardoises et l’eau tombe dans notre nef, comme dans une forêt ».

Cependant certains d’entre eux ne se pliaient pas facilement aux règles qu’on leur imposait et il fallait parfois les rappeler à l’ordre.

Ordonnance 1736 (source Gallica)

Ainsi le registre d’Azay-sur-Indre pour l’année 1754 commence par cette mention « Monsieur le Curé est prié de ne point mettre à l’avenir aucun acte de baptême, mariage ni de sépulture en marge de ses registres, ni en latin (mais les uns à la suite des autres et par ordre de date) attendu que ce n’est pas le tour de l’ordonnance de 1736 et qu’ils’exposerait à se faire condamner à l’amende ; comme aussy de ne point laisser de blanc, de prendre les témoins nécessaires pour les actes, faire mention de leurs noms, surnoms, qualités et demeures, les sommer et interpeller de déclarer s’ils savent signer ou non, et de leur faire signer (s’ils le savent) exactement, et enfin de se conformer en tout point à cette ordonnance s’il veut éviter cette condamnation ».

A la fin de l’année 1750, son prédécesseur –BERTRAND -, curé et prieur, note laconiquement : « Cette présente année 1750 je ne suis pas allé à la procession de Ferrières ».

Tandis que sur la couverture du registre de 1778, le curé de Villedômain écrit la phrase suivante, à travers laquelle on notera le ton un peu acerbe de l’homme près de ses sous, jetant sur le gaspillage du monde qui l’environne un regard plutôt méprisant : « On a augmenté les nouveaux registres mal à propos, trois feuilles sont plus que suffisantes sans en mettre quatre » !

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