Le premier Meeting d’Aviation de Touraine

1910 : La ville de Tours est retenue pour accueillir le premier meeting d’aviation ; celui-ci sera organisé par le Comité d’aviation de Touraine.

Il aura lieu dans une prairie de 100 ha louée spécialement à cet effet entre la levée de Rochepinard et le Cher : « Cet aérodrome sera entouré de 5.000 m de clôture en planches […] La piste aura la forme d’un quadrilatère allongé, délimité par quatre pylônes. On trouvera successivement, d’est en ouest : six vastes hangars, les postes d’incendie et de police, la conciergerie, le secrétariat, la trésorerie, une tribune de 100 mètres, puis une tribune de 200 m, enfin l’enceinte de la pelouse qui s’étendra sur 2.000 m. » Une autre tribune a été installée de l’autre côté du Cher, sur la butte de l’Ecorcheveau.


Les festivités s’organisent

Pendant le Meeting d’aviation, des signaux seront placés à la hampe du Syndicat d’initiative, en face la Poste :

  • le pavillon rouge indiquera qu’on volera,
  • le pavillon noir indiquera qu’on ne volera pas,
  • le pavillon vert qu’on volera probablement.
Journal d’Indre-et-Loire du 30 avril 1910

Le Maire de Tours fait connaître qu’à l’occasion des fêtes d’Aviation, les illuminations suivantes auront lieu :

  • Le samedi 30 avril à partir de 9 heures du soir : place du Palais-de-Justice, partie des boulevards Béranger et Heurteloup et la rue Nationale.
  • Le dimanche 1er mai, à partir de 9 heures du soir : Hôtel-de-Ville, Palais de Justice, Musée, Bibliothèque, avenue de Grammont.

Ces mêmes édifices et les voies sus-désignées seront pavoisées. Les habitants seront d’ailleurs invités très instamment à pavoiser et illuminer.
Deux grandes retraites aux flambeaux auront lieu le samedi 30 avril et le mercredi 4 mai. La première sera donnée par la Musique Municipale des sapeurs-pompiers. La seconde par les Sociétés : la Fraternelle, l’Union Musicale et la Fanfare Colbert.

Par autorisation spéciale de M. le Préfet en date du 30 avril 1910 et à l’occasion des fêtes d’aviation, les limonadiers restaurateurs, hôteliers et débitants de boissons sont autorisés à laisser leurs établissements ouverts pendant les nuits des 30 avril, 1er et 5 mai 1910.

Avis : pendant la semaine d’aviation, les loueurs de voitures, conformément à leur règlement, et ce pour éviter toute discussion et accident à l’arrivée, feront payer à l’avance le prix de leur service, qui sera débattu de gré à gré entre les voyageurs et les cochers.
Le Président du syndicat, L. Mareuil


Samedi 30 avril

Première journée : à midi le pavillon vert est hissé au siège du syndicat d’initiative rue Clocheville, indiquant qu’on volera probablement. Le baromètre remonte.

4 heures du soir : le temps est beau, mais le vent souffle assez fort. Aucun vol n’a été tenté jusqu’à cette heure, mais plusieurs aviateurs ont sorti leurs appareils ; de ce nombre sont MM. Küller, Métrot, Duray, Molon.
Tous les engagés qui se sont inscrits sont présents, à l’exception de M. Tranchant qui a été récemment victime d’un accident.

Journal d’Indre-et-Loire des 2 et 3 mai 1910

Dimanche 1er mai

Deuxième journée : dès le matin, les trains n’ont cessé de déverser à Tours un flot innombrable de voyageurs (12.640 voyageurs ont été amenés par les chemins de fer dans la journée du dimanche). Les restaurants, cafés sont bondés. On circule avec peine dans les principales artères. Et cependant le temps est gris, le vent souffle.
Vers une heure, les tramways, voitures, omnibus emportent vers l’aérodrome des milliers de curieux, pendant que les piétons se hâtent lentement vers la rue de Paris.

A l’Aérodrome : la pelouse est bientôt noire de monde et les tribunes se garnissent peu à peu. Malheureusement, un fort vent du Nord-Ouest souffle en rafales, et les hangars des aviateurs sont obstinément clos. Jusqu’à 4 heures cette situation se prolonge. Le public commence à s’impatienter ne comprenant pas qu’avec un pareil vent, il est dangereux de se risquer sur la piste. Ainsi en résulte-t-il une vive effervescence. Quelques palissades sont démolies, mais rien de bien grave, au total.

Journal d’Indre-et-Loire des 2 et 3 mai 1910

Lundi 2 mai

Troisième journée : Prix de distance (minimum 10 kil. 1.000 fr.) – Prix de vitesse (deux tours de piste 1.000 fr.) – Continuation du prix de la Totalisation des distances.
Maheureusement, la pluie qui tombe avec persistance depuis ce matin ne permet pas d’espérer qu’aujourd’hui on puisse voler, du moins de bonne heure.
Le drapeau noir hissé au Syndicat d’initiative indique qu’on ne vole pas. C’est un fâcheux contre temps, d’autant que la fin de la journée d’hier faisait bien augurer de la suite.

A 4 heures on hisse le drapeau vert, indiquant qu’on volera peut-être dans la soirée.
A 4 h. 45 le drapeau rouge est arboré. Donc on volera.

Journal d’Indre-et-Loire des 2 et 3 mai 1910

Mardi 3 mai

Quatrième journée : Voici le programme = Prix de distance (minimum 10 kil. 1.000 fr.) – Prix de vitesse (deux tours de piste 1.000 fr.) – Continuation du prix de la Totalisation des distances.

Le temps semble plus favorable, on peut espérer enfin une belle journée.
Dès 2 h. 36 Chavez sort et vole sans discontinuer. A 4 heures il a déjà accompli 40 tours.
Dickson parti quelques minutes après boucle 17 tours. Malheureusement gêné par Métrot, qui a pris également son vol, il doit atterrir. Métrot atterrit aussi brusquement et endommage son appareil : heureusement rien de grave.
Dickson repart bientôt et à 4 heures il boucle le 7ème tour de son second vol.
Aucun autre appareil n’est encore sorti, quand à quatre heures Chavez monte à 50 mètres et quitte la piste en décrivant une boucle immense.

Journal d’Indre-et-Loire du 4 mai 1910

Mercredi 4 mai

Cinquième journée : Prix de distance (minimum 10 kil. 1.000 fr.) – Prix de vitesse (deux tours de piste 1.000 fr.) – Continuation du prix de la Totalisation des distances.
Premières épreuves du prix de l’altitude : 5.000 fr., offert par M. Duthoo, Grand Bazar et Nouvelles Galeries.

4 heures : L’annonce du prix de hauteur a attiré de très nombreux spectateurs. Malheureusement, le vent souffle assez violemment et interdit pour le moment toute tentative.
On espère que vers 5 heures, les aviateurs pourront sortir et voler. Les concurrents du prix de hauteur ont 45 minutes pour effectuer leurs vols.

Journal d’Indre-et-Loire du 6 mai 1910

Jeudi 5 mai

Journal d’Indre-et-Loire du 6 mai 1910

Biplan piloté par DICKSON lors du Meeting de Rouen en juin 1910

Une passion mise au service de la Patrie

Dès les premières batailles de 1914, les responsables de l’Armée réaliseront que la puissance de feu des armées modernes ne permet plus à la cavalerie d’effectuer correctement ses missions historiques de reconnaissance du terrain et que, seuls, les avions pourraient permettre de localiser l’adversaire de façon satisfaisante pour la conduite des opérations militaires. Une attention particulière sera portée aux appareils volants, dont les débuts sont encore tout proches : il faut bien reconnaître qu’avec la faible puissance de leurs moteurs et leurs matériaux de bois et de toile, ces appareils encore rudimentaires ne pouvaient que susciter interrogations, voire même méfiance.
Mais les pilotes des premiers essais et les ingénieurs feront de rapides et importants progrès, tant pour les techniques que pour les matériaux et bientôt, dès la stabilisation du front, les avions pourront assurer des missions d’importance dont la cartographie grâce aux photos aériennes, la reconnaissance des positions et les communications avec l’Infanterie.

Certains « as tourangeaux » se laisseront emporter par la fièvre de l’air et l’ivresse du devoir accompli dans les nuages. Citons :

  • Jacques Alix Gabriel BOY
  • Maurice DELÉPINE
  • Henri LEMAÎTRE
  • Maxime et son frère Denis Marceau LENOIR
  • Henri Marie PETITBON de la BESNARDIÈRE
  • « Robert » Jean Marie POIRIER
  • Jacques Marie Émile QUILLERY
  • Marie Michel « Charles » RENARD-DUVERGER
  • Georges « Roger » Jean ROBIN
  • Gabriel Joseph THOMAS et
  • les 3 frères TULASNE : « André » Edmond Martin Marie, « François » Marie Alfred et « Joseph » Auguste Léon.
Avion CAUDRON type C.232 de 1932

Les frères TULASNE

« André » Edmond Martin Marie TULASNE

Né le 17 mai 1882 à Tours, fils de Léon Edmond TULASNE, architecte à Tours, et de Cécile Marie Alphonsine LECAT. Étudiant aux Beaux-Arts, il s’engage volontairement le 11 novembre 1902 pour 3 ans dans le 66ème Régiment d’Infanterie de Tours. Il reste ensuite dans l’armée et devient caporal le 25 juillet 1913 ; il épouse le 22 octobre 1913, à Reims, Jeanne Marie COLLEVILLE dont il aura trois enfants.
La guerre survient et on le retrouve pilote à l’escadrille 94 CRP (Camp Retranché de Paris) en mai 1915, puis au groupe de chasse du CRP en avril 1916, nouvelle escadrille basée à La Baule puis au Croisic destinée à protéger la côte (et surtout Saint-Nazaire) des sous-marins allemands. Il fait partie de la RGA en juillet 1918. Démobilisé en avril 1919, il passe dans l’armée aéronautique. Affecté au magasin général d’aviation n° 3, puis au 34ème d’aviation en 1924, il sera libéré de ses obligations militaires le 25 mai 1931.
Il finira ses jours à Tours où il décède le 16 décembre 1967 à l’âge de 85 ans.

« François » Marie Alfred TULASNE

Né le 2 septembre 1886 à Tours, frère du précédent, il fera quant à lui une très brillante carrière militaire trop tôt interrompue. Admis à l’École Spéciale Militaire et engagé volontaire en 1907 pour le 6ème Hussards, il poursuit sa carrière et, le 5 décembre 1914, il est détaché à l’École de Saint-Cyr pour y faire son apprentissage d’observateur en avion ; il obtient également un brevet de mitrailleur le 5 avril 1916.
Affecté au service aéronautique, il rejoint la mission militaire en Serbie (1916-1917), puis la mission militaire française près des armées helléniques (1922), puis en Tchécoslovaquie (1926-1927).
Il était revenu à Tours en 1923 et avait obtenu son brevet de pilote le 21 février 1925.
Le 5 octobre 1929, lors de son vol de retour des Balkans, le temps est exécrable et le relief accidenté : son avion s’écrase à 2 km au sud-est de Sorbier (Allier).
Il laisse une veuve, Jeanne Armandine MORISOT, qu’il avait épousée à Tours le 8 janvier 1912 et qui lui avait donné quatre enfants, dont Jean TULASNE qui deviendra lui aussi aviateur.

« Joseph » Auguste Léon TULASNE

L’aîné des 3 frères, né à Tours le 3 mars 1879, va lui aussi connaître une brillante carrière militaire.
Engagé volontaire le 24 octobre 1898, il rejoint tout d’abord l’École Militaire de Saint-Cyr, puis le 63ème Régiment d’Infanterie de Limoges. Il est ensuite détaché à l’École Supérieure de Guerre puis au 27ème RI le 28 septembre 1910.
Il passe et obtient son brevet de pilote civil le 25 juillet 1912 et passe au 4ème Aéronautique le 13 octobre suivant. Dès la mobilisation, il rejoint les terrains d’aviation et prend le commandement de l’aéronautique de la région de Dunkerque au sein de l’État-Major du 36ème corps d’armée. Après différentes missions françaises aux États-Unis, il terminera sa carrière militaire par plusieurs longs séjours en Afrique Occidentale Française où il effectuera de très nombreux vols. Il reviendra ensuite à Tours où il prendra le commandement du 31ème d’Aviation. Général de corps d’armée, Inspecteur technique de l’Aéronautique Militaire et Inspecteur Général des Forces Aériennes, il sera libéré de ses obligations militaires le 17 août 1931. Il décèdera à Taverny le 6 septembre 1948 à l’âge de 69 ans.
Il avait épousé Marguerite Marie Madeleine Pauline DESPRES à Tours avant la Grande Guerre.

La famille TULASNE

Le caveau familial à l’Ancien cimetière de Tours-Nord (37)


Sources :
– Le Journal d’Indre-&-Loire de mai 1910
– Article de Catherine BAS-DUSSEAULX, vice-présidente du CGDT, paru dans le TG107 du 3ème trimestre 2016 : Les aviateurs tourangeaux dans la Grande Guerre

– Geneanet.org
– Site Aéroplane de Touraine (l’histoire de l’aviation en Touraine des origines à nos jours)
https://aeroplanedetouraine.fr/semaine-de-touraine-1910/
– Collection de cartes postales de Liliane Létard

– Photos Guy Rousseau

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Moreau Catherine
Moreau Catherine
6 mois plus tôt

Merci pour cet article.
Catherine

VAGNINI Hélène
6 mois plus tôt

Très intéressant, je ne savais pas que cette initiative remontait si loin.
Je me souviens avoir fait un « baptême de l’air » avec ma mère, mais c’était alors dans la plaine de la Gloriette. J’avais 12 ans. HV

daniel FOULLON
daniel FOULLON
6 mois plus tôt

Merçi Evelyne de nous rappeler le passé d’une illustre famille tourangelle. Le commandant Jean Tulasne commandait l’escadrille « Normandie-Niemen » des forces françaises libres en Russie

DELAHAYE Charles Henri
DELAHAYE Charles Henri
6 mois plus tôt

Passionnant, et vraiment étonnant, quand on pense que ça se déroulait il y a plus d’un siècle ! Notamment, 5 km de clôture à poser sans tracto-pelle ou autre !
Une question intéressée (pour ma généalogie familiale) : peut-on identifier Mme de Laroche ?