
Article de Jean SIMON,
co-fondateur et adhérent
du Centre Généalogique de Touraine
Je viens d’avoir tout récemment un problème de transmission qui est venu bousculer mes certitudes. Ayant parlé devant mes petits-enfants de la Guerre de Vendée, j’ai dû constater que cette partie importante de notre histoire était devenue pour eux une zone assez floue.
1789 leur rappelait bien la Révolution, avec un zeste de guillotine largement utilisée en commençant par Louis XVI. J’ai donc tenté de leur raconter une portion de la vie de nos aïeux sous forme d’anecdotes historiques réelles, d’où le texte ci-dessous.
La réaction familiale fut particulièrement positive bien au-delà de mes espoirs. C’etait vraiment une expérience à tenter.
La « Virée de Galerne »
Je vais vous raconter l’histoire de notre ancêtre commun : François SOURICE, originaire d’Andrezè (49). Il a été l’un des participants de cette terrible « Virée de Galerne » malgré son jeune âge, où il risquait à tout moment d’être malade, tué ou fusillé en cette fin d’année 1793. Le mauvais temps s’est déchaîné, avec tornades de pluies glaciales accompagnées de gel intense. Sans François nous ne serions pas de ce monde2. Afin de mieux comprendre cet événement, il est nécessaire de rappeler quelques notions historiques.
En 1789 lorsque débute la Révolution, les campagnes étaient très attachées à leur roi Louis XVI et à la religion représentée par leurs prêtres. La Convention, qui venait de remplacer la royauté après son abolition, bouleversa profondément cet équilibre en édictant des lois répressives grâce à des votes de circonstance.
Cela commence avec la Constitution Civile du Clergé du 12 juillet 1790 qui obligea, à compter de cette date, tous les évêques et les prêtres à être élus par le peuple, afin de couper le lien avec Rome et Pie VI. Les prêtres, dans leur majorité refusèrent ce dictat et devinrent réfractaires ; ils furent alors pourchassés, emprisonnés, déportés ou massacrés. Le deuxième choc eu lieu le 21 janvier 1793 lorsque Louis XVI fut guillotiné. Dans la foulée le troisième choc arriva le 23 février 1793, lorsque la Convention décréta la levée en masse de 300.000 hommes pour renforcer l’armée et défendre les frontières.
La notion de nation était, à cette époque, fort éloignée des esprits dans les campagnes. Avec cette levée, les travaux des champs seraient perturbés et leurs habitudes traditionnelles bousculées. Le mécontentement général s’amplifia et le peuple des bocages du sud de la Loire se révolta contre une Révolution qui trahissait ses propres idéaux de justice et de liberté.
La Guerre de Vendée débuta le 11 mars 1793 avec l’attaque de la garnison de Machecoul (44). Lors de cet affrontement, les Vendéens constatèrent qu’ils avaient des failles dans la science du combat.

Ils firent alors appel à des anciens officiers nobles locaux pour les mettre à leur tête. C’est ainsi que se constitua l’Armée Catholique et Royale.
Elle enregistra ensuite des victoires ; mais après vint l’échec devant Nantes où leur généralissime Jacques CATHELINEAU, dit le « Saint d’Anjou », fut blessé à mort.

Le 15 octobre 1793 les forces républicaines prennent Cholet. D’ELBÉE et son état-major décident de reprendre la ville, avec ses 40.000 combattants, dont 15.000 venaient de toutes les paroisses ; certains étaient peu expérimentés pour ne pas dire « peu fiables ». Malgré tous leurs efforts, ce fut un échec, laissant sur le terrain de nombreux morts et blessés tout en étant poursuivis par les Mayençais1. Leur généralissime d’ELBÉE, grièvement blessé dans cette action, ralentissait cette fuite éperdue.


Son successeur de 21 ans, Henri de la ROCHEJACQUELEIN, ne peut s’opposer à la décision tragique du Prince de TALMONT, sans doute par un vieux réflexe acquis sous l’Ancien régime. Le Prince engageait tout ce flot errant à passer la Loire à Saint-Florent-le-Vieil (49) pour rejoindre les Chouans de Bretagne et une hypothétique aide anglaise qui ne vint jamais.

Cette errance « outre Loire » par un temps dantesque, mélangeant le froid et la pluie sans relâche, fut un cheminement de 900 km à pied et en sabots du 18 octobre au 20 décembre 1793, au milieu des combats incessants, dont la meurtrière bataille du Mans (72). Elle fut un véritable abattoir pour les Vendéens dans des conditions particulièrement horribles et barbares sans une once de miséricorde. Cette Virée de Galerne se termina à Savenay (44) où le reste de l’armée vendéenne fut sabrée sans pitié. Sur les 80.000 qui traversèrent la Loire, 2.000 la retraversèrent au retour.
1 Les Prussiens ont assiégé la ville de Mayence qui se rendit. Les 18.000 soldats français sont repartis libres, sous réserve de ne plus attaquer les armées étrangères. C’est ainsi que ces soldats furent envoyés en Vendée pour le malheur des Vendéens.
2 Voir à la fin un extrait de la généalogie SOURICE pour mieux comprendre d’où nous sommes issus.
Le sort des SOURICE
Revenons maintenant à notre famille SOURICE. Il semblerait que seule la gent masculine, au nombre de cinq, ait fait partie de cette funeste expédition. Puis, dans la débandade affolante après Le Mans, ils intégrèrent le reste de l’armée passant par Laval (53) le 13 décembre, Craon (53), Pouancé (49), Ancenis (44), Nort-sur-Erdre (44) et Blain (44) le 19 décembre.
Ce dernier accrochage leur coupa la route vers la Loire, ce qui les fit arriver au petit village de Guéméné-Penfao (44) espérant souffler un peu, refaire leurs forces et sécher leurs vêtements.
Malheureusement un habitant d’Andrezé (49) ou de ses environs, qui faisait partie de leur groupe, les dénonça aux autorités locales pour sauver sa peau. Arrivés le 19 décembre dans la nuit, les quatre aînés des SOURICE furent fusillés sur place le 20 décembre 1793. Il s’agissait de :
- René SUPIOT, 26 ans, mari de Marie-Madeleine SOURICE, leur sœur.
- Jacques SOURICE, 25 ans.
- Remi SOURICE, 21 ans.
- Jean Dominique SOURICE, 15 ans.
Il restait François SOURICE, 13 ans. Comme il tremblait, de peur et de froid, et hésitait à donner son âge devant ces hommes en armes menaçants qui n’avaient qu’une envie, celle de lui faire subir le même sort que ses frères, 15 ans étant l’âge limite pour se faire fusiller !
Heureusement pour lui, Jean-Dominique leur dit : « mon petit frère n’a que 13 ans, regardez il n’a pas un poil au menton ». Il fut sauvé ! C’est de lui que nous descendons tous ; il suffit de si peu de choses pour changer une destinée !…
Un dernier détail très touchant : René SUPIOT vendit son manteau, malgré le froid, et donna cet argent à François, son filleul, pour aider un peu son retour à Andrezé.
Généalogie descendante de Jacques SOURICE et Jeanne GAUDIN
Note de l’auteur :
Beaucoup d’entre nous confondent les Chouans et les Vendéens, qui ne pratiquaient pas la même guerre ni n’agissaient au même endroit : les Vendéens se situaient au sud de la Loire dans le Bas-Anjou et les Deux-Sèvres, dans ce qui s’est appelé la « Vendée militaire » ; ils pratiquaient plutôt une guerre d’affrontement dans des batailles concernant plusieurs milliers de combattants.
Les Chouans étaient plus au nord, principalement en Bretagne, et ils pratiquaient différentes formes de guérillas, tendant des embuscades avec un petit nombre et disparaissant aussitôt.
Cela ne les empêchait pas de se donner de temps à autres un coup de main lors d’un projet commun !
Sources :
– Wikipédia
– BnF Gallica et Séléné


Article passionnant… merci Jean
Marie -Odile Dufour