U comme Uniforme

U comme Uniforme

La tenue du soldat est le résultat d’un compromis : il lui faut satisfaire aux contraintes du combat (protection, mobilité), tout en restant pratique et d’un coût raisonnable, permettre l’identification (arme, ami/ennemi) et… être porteur de prestige ! La fierté est l’un des moteurs du courage.

Au début du XIXe, Napoléon, profitant de l’inefficacité relative des armes en service, fait effort sur le côté prestige : y-a-t-il de plus beaux uniformes que ceux de la Grande Armée à l’apogée de l’Empire ?

L’uniforme du soldat français est fort d’une diversité qui est le reflet de son organisation (Infanterie, Cavalerie, Artillerie, Génie, Intendance, Santé) et de son histoire (fantassin, chasseur, chasseur alpin, marsouin, légionnaire, zouave, tirailleur…, dragon, cuirassier, hussard…).
Pour simplifier nous ne parlerons que de l’Infanterie. L’uniforme des autres armes évoluera de façon analogue à un rythme équivalent.
Au tournant du siècle (du XIXe au XXe), comme l’ont montré la (seconde) « guerre des Boers » (1899-1902) et la guerre des Balkans (1912-1913), la guerre change de nature. L’Infanterie augmente considérablement sa puissance de feu grâce à des fusils plus performants (Lebel et Berthier, Lee-Enfield, Mauser) et à la multiplication des mitrailleuses. L’artillerie augmente ses capacités et ses cadences de tir. La logistique devient un vecteur majeur du combat. Le camouflage et la protection sont remis à l’ordre du jour.
Le fantassin reste maître du champ de bataille, mais il lui faut s’adapter à ce nouvel environnement pour limiter les pertes.

Le camouflage

La tenue de l’Infanterie de 1914, héritée du XIXe siècle, fait fi de cette problématique. Le pantalon garance et le képi rouge (heureusement recouvert en campagne d’un couvre-képi bleu) désignent de loin la cible qu’est devenu le fantassin pour les nouveaux fusils (portée accrue, cadence de tir plus élevée) et les mitrailleuses. Comme la Russie, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, la France étudiait le remplacement de ces couleurs trop voyantes par des tons plus neutres ; l’entrée en guerre et un conservatisme archaïque n’ont pas permis cette évolution.

Le conflit va l’accélérer : dès fin 1914, un sur-pantalon bleu vient recouvrir le garance. La couleur « bleu horizon » est choisie en août 1915 ; ce choix est discutable, ce n’est pas le ton le plus « efficace », mais il permet de bien se distinguer du « feldgrau » des Allemands. Les unités de l’armée d’Afrique hériteront de la couleur kaki à dominante moutarde. Les premiers nouveaux uniformes sont livrés fin 1915, mais il faut attendre l’automne 1916 pour leur généralisation.

La protection

L’artillerie, grâce aux progrès techniques, voit son rôle prendre de l’importance au XXe siècle ; les nouveaux obus, en particulier les shrapnells, sont redoutablement efficaces. Les bombardements sont responsables de la majorité des pertes au combat. Rapidement, les rapports médicaux font état de nombreuses blessures à la tête et de leur gravité (à 80 % mortelles).
Fin 1914-début 1915 des centaines de milliers de cervelières (simples feuilles pesant 250 grammes de tôle d’acier de 0,5 mm emboutie en forme de soucoupe qui se portent sous le képi) sont distribuées ; elles sont inconfortables et peu efficaces.
Le casque métallique Adrian apparaît en septembre 1915. Composé de 4 pièces (calotte, cimier, visière et garde-nuque) embouties dans une tôle d’acier de 7/10e et assemblées par agrafage, il pèse 700 grammes. Il est assez efficace contre les éclats d’obus et sauve des milliers de vies, mais n’arrête pas les balles de fusil. Son port est généralisé en 1916. Conformément à la tradition française, la coiffure doit permettre la reconnaissance de l’arme d’appartenance ; sur le front du casque est donc agrafée une grenade pour l’Infanterie, un cor pour les Chasseurs, une ancre pour les troupes de Marine, un croissant pour les troupes d’Afrique du Nord, une grenade sur ancre pour les troupes coloniales, une grenade sur canons croisés pour l’Artillerie, un heaume sur canons croisés pour les chars, une cuirasse pour le Génie, une croix rouge pour les infirmiers…
Force est de constater que l’uniforme du soldat français de 1914 n’est pas adapté au combat moderne. Il faudra deux années pour évoluer vers la tenue bleu horizon et le casque Adrian caractéristiques du Poilu de la Grande Guerre.
Il faut se garder d’en tirer des conclusions hâtives : l’inadéquation de la tenue n’est pas à l’origine des pertes monstrueuses du premier conflit mondial. Il faut plutôt s’intéresser à l’aberration des options tactiques comme l’offensive à outrance… mais c’est un autre sujet.

Général Éric BREUILLE, UNC section de Chambray-lès-Tours

0 0 votes
Évaluation de l'article
Partager via :
S'abonner aux commentaires
Me notifier des
guest

0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments