U comme Urgence à La Chapelle-sur-Loire en 1856

Article proposé par Monique GROUSSIN
du Centre Généalogique de Touraine

Les ruptures causées par la Loire sur ses digues et levées offrent l’effrayant développement de presque 6 000 mètres sur une profondeur moyenne de 5,16 mètres.
Sont mentionnées sur la carte ci-dessous les principales brèches qui se sont ouvertes sur les rives de la Loire et de son affluent, le Cher :

Mesures d’urgence à La Chapelle-sur-Loire

L’an mille-huit-cent-cinquante-six, le 20 juillet, le Conseil municipal s’est réuni au lieu ordinaire de ses séances sous la présidence de M. GERBIER, maire.
Étaient présents, MM. MENIER-BRANGER, CALOT-SAMSON, SALMON-MOREAU, BRUN-PERROCHON, CHEBANCE-SAMSON, ECARIE-LEFAY, HERSAND-RENARD, DELANOUE-PEAN, LÉCUREUIL-DESCHAMPS, BISZOULLIER-TASCHER, ROCHEREAU-SAMSON, THIBAULT-MABILLEAU, JARRY-GALLÉ, JAHAN Victor, LEGUAY François, DELANOUE Brémon.
Monsieur François LEGUAY a été choisi pour remplir les fonctions de secrétaire.

La teinte la plus foncée indique les maisons détruites

Monsieur le Maire, avant d’aborder les questions relatives aux intérêts de la commune, croit devoir rappeler au Conseil tout ce qui s’est passé à l’occasion de la rupture de la levée, pour conserver aux archives le souvenir des malheurs que nous avons subis :

EXPOSÉ

Une première inondation de la Loire s’était produite le 14 mai dernier et nous avait donné les plus graves inquiétudes, elle avait amené la rupture de la petite levée du Bois Chétif, en face des Trois Volets et inondé le hameau de l’île Saint-Martin.

Pendant la quinzaine suivante, la Loire sans avoir conservé la hauteur qu’elle avait au 14 mai, s’était néanmoins maintenue à un niveau extraordinaire mais, le 3 juin, elle prit de tous côtés des proportions très inquiétantes ; on se tint sur ses gardes ; les travailleurs affluèrent sur les levées et notamment à La Bonde, commune de Saint-Michel où se produisirent des actes d’énergie et de persévérance incroyables.
On vit des hommes, après avoir établi des banquettes, former des remparts avec leur propre corps et soutenir, par la seule force de leur bras, les terres superposées au-dessus des anciennes banquettes, au fur et à mesure de l’accroissement de l’étage, au risque d’être engloutis, ce qui aurait eu lieu si ces ouvrages débiles avaient cédé à la force des eaux.
Cette énergique persévérance amena un résultat fatal à l’autre rive, résultat qui devait causer notre perte.

La levée méridionale de la Loire se rompit en amont du bourg de Bréhémont et donna champ libre aux eaux qui se rependirent dans toute la vallée. Cette rupture occasionna naturellement une baisse et cette baisse, qui préservait momentanément la Bonde et la vallée de notre côté des ravages dont elle était menacée quelques minutes auparavant, donna un peu de répit aux travailleurs exténués de faim et de fatigue et les détermina à aller prendre du repos à leur domicile ; ils pensaient que nos malheurs étaient finis. Cette illusion a motivé leur départ et occasionné les désastres dont nous avons été victimes.

En effet, la Loire avait employé un certain temps à loger son trop-plein dans la vallée, mais comme il fallait qu’elle le rendit à son lit naturel, en face du bourg de notre commune puisqu’elle n’avait pas d’autre issue, vers 8 heures du soir son niveau s’accrut si rapidement qu’il fallut rappeler à notre secours ceux qui nous avaient abandonnés ; le tocsin, la générale firent entendre leurs lugubres sons, mais comme la nuit ne permettait pas de discerner où était le plus grand danger, les travailleurs se rendirent sur les ponts de la levée, le long du territoire de notre commune ; malheureusement les alarmes avaient été si nombreuses depuis une quinzaine de jours qu’on était arrivé au point de ne plus croire à la réalité des dangers ; aussi malgré tous les efforts de l’autorité ne put-on réunir au bourg de La Chapelle qu’une infime quantité d’habitants ; presque tous ceux qui, des communes voisines, s’étaient portés pendant le jour à La Bonde, étaient restés chez eux, tant ils étaient exténués.

La levée donnait des inquiétudes de toutes parts ; en aval du bourg, au lieu de la Croix-Rouge surtout, il reproduisait des affouillements, des filtrations abondantes qui faisaient redouter une rupture en cet endroit.
Aux Trois Volets, les eaux étaient sur le point de dépasser les banquettes, la levée avait à supporter une charge si considérable qu’on devait craindre pour sa conservation.
Dans le bourg de La Chapelle, la première maison en amont du côté de la Loire avait eu, huit jours auparavant, ses planchers soulevés, ses fondations ébranlées, le courant, par la violence de ses eaux, semblait vouloir l’emporter
 ; s’il en eut été ainsi, c’en était fait de la partie orientale de notre bourg.

Dans cette position et avec le minime personnel dont il était permis de disposer, personnel accru seulement de 10 bretons amenés de La Bonde par un chef de section du chemin de fer de la ligne de Nantes, un service de défense fut organisé dans le bourg, sous la direction de ce chef de section ; on y fit des banquettes le long des maisons bordant la Loire, pour limiter les eaux et les empêcher d’envahir la chaussée. Les habitants des communes voisines accoururent en petit nombre au bourg avec des charrettes ; on les employa à apporter des terres et du gazon pour renforcer les banquettes. L’énergie et le courage ne firent pas défaut. Pour favoriser le travail, toutes les fenêtres du bourg furent éclairées, malheureusement ces lueurs n’étaient que le prélude de notre agonie.

En effet malgré des efforts inouïs pour cerner les courants, boucher toutes les ouvertures, arrêter en un mot le passage des eaux, leur niveau en peu d’instants atteignit une telle hauteur qu’on désespéra du succès ; elles envahirent la chaussée, se rependirent dans la campagne en passant sur le talus septentrional de notre levée et y causèrent des dégradations considérables. On chercha à diriger leur courant dans la Rue Brûlée et le long de la caserne de gendarmerie appartenant à la famille CHENANTAIS. Pour éviter les décochements, on plaça des voiles sur les emplacements par où les eaux commençaient à se précipiter dans la vallée, mais bientôt l’impétuosité du courant devint effrayante ; on reconnut avec désespoir qu’il n’y avait plus moyen de le maîtriser, il ravina la route, se fit un nouveau passage au-devant de la mairie, dérocha la place, y creusa un trou dans lequel on jeta une charrette toute entière et des matériaux en abondance pour éviter la destruction de l’édifice communal et se précipita dans la campagne en pratiquant un trou (une ouverture) dans le mur de la maison appartenant à Mme PLUMEREAU-BOURGES, mur limitant au levant un petit passage qui conduit dans la cour de la maison d’école et dessert des jardins existant au nord du presbytère ; enfin les eaux continuèrent à monter et se frayèrent passage par toutes les ouvertures des maisons bordant la Loire qui en étaient inondées dès la veille, se rejetèrent dans celles en face qui servaient d’asile aux habitants des maisons inondées et forcèrent bientôt ces malheureux à les abandonner, à cause des dangers auxquels ils étaient exposés car, en s’engouffrant dans ces dernières maisons, le courant avait décuplé sa force par la résistance qu’il rencontrait et par la pente naturelle qui lui facilitait l’écoulement avec cascades dans la vallée.

Ainsi, toutes les maisons du bourg furent abandonnées, lorsqu’il fut reconnu qu’en y restant on était exposé à perdre la vie. La chaussée était un véritable lac dont le parcours donnait de l’eau jusqu’à la ceinture, il fallut se retirer en amont et en aval de ce bourg et encore, en raison décrites plus haut, il n’y avait de sécurité nulle part.

C’est état d’anxiété dura jusqu’au 4 juin, à 5 heures du matin. Alors qu’il n’y avait plus besoin de lumière et que notre agonie était arrivée à son terme, la maison occupée au centre du bourg par le Sr Frédéric RENAULT, cafetier, fut culbutée et là se fit une brèche qui plus tard prit des proportions considérables car elle enleva successivement toutes les maisons faisant les deux côtés, n’en laissant au couchant qu’une seule au coin de la Rue Brûlée, celle de M. LECOUFRE et une portion de celle occupée par M. Pierre ECARIE-DESCHAMPS qui lui fait face du côté de la Loire et au levant, la gendarmerie, la mairie, la maison d’école, l’église et toute la partie orientale du bourg.

Cette brèche de La Chapelle, qui avait 180 mètres de largeur, livra passage au courant à travers la vallée jusqu’à Angers, de là des ravages dont l’énormité ne peut être suffisamment appréciée que par ceux qui en ont été les témoins oculaires.

Dans notre commune, quarante-huit maisons du bourg et de la Rue Brûlée détruites de fond en comble, soixante-dix-huit autres écornées et ébranlées à tel point qu’il faudra en démolir quelques-unes, trois cents hectares de nos meilleurs terres, ensablées, ravinées et empierrées à un mètre cinquante en moyenne, depuis la rue des Bruns jusqu’au Champéroux, tous les meubles, le linge, les vêtements entraînés dans la brèche et mis hors de service, les morts arrachés de leur demeure entraînés à l’aventure du courant où ils ont été trouvés accrochés dans les arbres, arrêtés par les haies, ou enfouis dans le sable à l’intérieur des maisons, les minutes du notaire emportées et réduites en lambeaux.

Partout les habitants expulsés de leurs demeures, les uns se réfugiant sur les hauteurs, d’autres courant sur la levée, d’autres plus effrayés sautant dans les barques amarrées au rivage avec espérance de se sauver, si une seconde ou une troisième brèche se faisait car la levée menaçait en plusieurs endroits.
Partout des figures d’agonisants, des yeux hagards, des soupirs, des pleurs, des sanglots, des scènes de désespoir.
Ajoutez à ce concert de douleurs, les hurlements des bestiaux comprenant par instinct le danger dont ils étaient menacés, pendant plusieurs jours une pluie battante imbibant jusqu’à la peau tant de malheureux couchés à la belle étoile et ne voulant pas abandonner leurs vaches…
Vous aurez un aperçu de notre affreuse situation.

Pendant les 24 heures qui ont suivi la rupture, le Maire fut obligé d’abandonner son poste pour aller conduire à Bourgueil son épouse mourante et cinq de ses enfants arrachés presque nus de sa maison emportée par le torrent.
Au retour, le lendemain 5, il organisa le travail, employa tous les inondés à consolider les portions de la levée qui paraissaient menacées et à arrêter l’élargissement de la brèche.

Cette brèche avait divisé la commune en deux parties qui ne pouvaient presque plus communiquer l’une avec l’autre. Le Maire se tint d’abord du côté occidental, c’était là qu’il y avait plus de précautions à prendre, le courant pouvant emporter le reste des maisons en aval, aussi devint-il impossible de réunir le conseil municipal et fut-il obligé de s’adjoindre provisoirement une commission administrative qui devait rester en permanence. Elle eut pour membres M. RENAUD, juge de paix à Bourgueil qui en fut le président ; M. LAJOUSE, receveur d’enregistrement à Bourgueil, et M. BILLÉ, arpenteur, habitant la commune de la Chapelle-sur-Loire.

Cette commission fonctionna dès le 7 juin au matin, elle adopta immédiatement les mesures susceptibles de parer aux besoins les plus pressants :

  • Elle créa un service chargé de sillonner en tous sens avec des barques le lac immense qui baignait le val de la Loire et s’étendait de la Chapelle à Restigné et Bourgueil, de recueillir religieusement les corps et les débris humains traînés par le courant et les transporter dans le cimetière de Bourgueil.
  • Elle composa des escouades, leur donna pour chaque barque leurs poinçons et des draps destinés à contenir et recouvrir les cadavres : elle décida qu’il serait alloué 10 F à chaque homme par jour, pourvu qu’il justifiât de transport de cadavres à Bourgueil, par un certificat du maire de la ville.

Pour le sauvetage des habitants restés aux logis, elle organisa aussi un service et arrêta :

  • Qu’aucune barque ne pourrait s’occuper de sauvetage sans une autorisation écrite du maire, que cette autorisation devait indiquer le lieu où l’abordage se ferait et porter un numéro d’ordre semblable à celui appliqué sur la barque.
  • Que chaque barque devait avoir un patron choisi parmi les mariniers les plus habiles et un surveillant pris parmi les agents de l’autorité militaire (ou parmi les notabilités du pays) et de deux auxiliaires.

Il est interdit aux sauveteurs d’aborder et de séjourner ailleurs qu’au lieu fixé dans leur autorisation, de ne prendre aucun objet et de n’ouvrir aucun meuble sans une permission spéciale du maire, de voyager la nuit sur l’eau sans fanal allumé.
Une commission ayant des pouvoirs spéciaux était chargée de surveiller et de visiter la nuit toutes les barques et de capturer toutes celles non autorisées ou en contravention.

Un autre service a été organisé par les femmes pour laver et faire sécher tous les linges et effets provenant du sauvetage, avec pour recommandation de réunir et autant que possible de placer au même endroit tout ce qui avait été trouvé dans un même lieu ou empaqueté dans la même enveloppe.

Un troisième service a également été établi pour l’emmagasinage et la distribution de tous vivres qui arrivaient :

  • Pour le pain, il a été convenu que tous ceux qui en voudraient prendre seraient inscrits par ordre alphabétique sur des feuilles spéciales, qu’en regard de leur nom mention serait faite de la date, de l’heure de la distribution et de la quantité de pain délivrée, qu’il serai donné au réclamant un duplicata de ces détails, moyen d’empêcher le gaspillage, car pour obtenir une nouvelle ration, il fallait représenter son bon et y faire inscrire.
  • Pour le vin, il a été arrêté qu’il n’en serait distribué aux travailleurs que lorsqu’ils seront aux chaînes formées pour le transport et la jetée des pierres destinées à arrêter les dégradations faites à la levée, qu’ils seront placés sur deux rangs, que le distributeur suivrait ces deux rangs de front, en versant à droite et à gauche pour éviter les doubles emplois qui se seraient produits sans cette précaution.

Les religieuses alors attachées à l’école des filles et plusieurs de leurs consœurs des communes voisines, ainsi que plusieurs dames dévouées du pays eurent la bonté de se charger de la préparation et de la distribution des comestibles aux travailleurs.

A peine toutes ces mesures furent adoptées que nous reçûmes des secours de divers points.

M. le Préfet d’Indre-et-Loire, M. le Sous-Préfet de Chinon et des villes et communes de Tours, Chinon, Bourgueil, Chouzé-sur-Loire, Benais, Restigné, Saint-Nicolas, Ingrandes, Gizeux, Rillé rivalisèrent de générosité à notre égard.
Nous devons un tribut spécial de reconnaissance à l’arrondissement de Saumur. Les autorité civiles et militaires sont accourues les premières à notre secours, alors que celles de notre département se trouvaient séparées de nous par les obstacles insurmontables ou retenues ailleurs par nécessité impérieuse. Nous n’avons pas oublié avec quel empressement l’autorité municipale de Saumur et M. le Sous-Préfet de l’arrondissement nous ont envoyé dès le début des vivres dont nous commencions à manquer.
C’est encore à la bienveillance de M. le Sous-Préfet, que nous avons été redevables des approvisionnements de pain envoyés pendant plusieurs semaines par la Maison centrale de Fontevrault et des fourrages dont la taxe modérée a modifié heureusement la détermination prise par un grand nombre de nos concitoyens de vendre à vil prix les bestiaux qui nous sont aujourd’hui si nécessaires pour nos travaux de culture.

Rappelons-nous aussi les difficultés de l’Administration municipale de cette commune au moment de la catastrophe, et le travail effrayant dont elle était écrasée. Reportons-nous à ces jours de néfaste mémoire où le maire faiblissait sous le poids des visites, des réclamations, des demandes de secours et de consolations, des correspondances, de la comptabilité, des rapports avec les autorités et avec les personnes qui ont pris part à notre infortune, à ces jours où il fallait pourvoir à l’alimentation de la population, à l’organisation et à la direction du travail. C’est encore dans ces moments difficiles que M. le Général de l’école de Saumur a eu la bonté de nous envoyer des sous-officiers qui se sont généreusement prêtés aux exigences de notre situation et nous ont servi tour à tour à empêcher le gaspillage et le désordre auxquels nous étions exposés et à expédier les écritures volumineuses nécessitées par les besoins du service.
La jeunesse de Saumur elle-même a voulu s’associer à ces élans de bienfaisance. En effet, n’avons-nous pas vu accourir à notre secours des élèves du Collège de Saumur avec des provisions de comestibles et de vêtements. Ces jeunes gens ont prouvé qu’ils savaient profiter des nobles enseignements de leurs professeurs. Leur générosité précoce est un sûr garant des services qu’ils rendront un jour à la société.

Est-il possible de passer sous silence la conduite admirable de nos bons voisins de Bourgueil, Benais, Restigné, Saint-Nicolas, Chouzé et Ingrandes. Pourrons-nous jamais oublier avec quelle affection ils nous ont recueillis chez eux, ont pourvu à tous nos besoins et se sont pour ainsi dire, disputés entre eux le privilège de nous donner l’hospitalité.

Véritablement les inondés de La Chapelle-sur-Loire ont un devoir à remplir, celui de perpétuer sur ce registre le souvenir de tous ces bienfaits qu’ils ont reçus de ces excellents compatriotes et tous spécialement de tous ces propriétaires faisant partie de l’élite du canton, qui ont mis à notre disposition et leurs appartements et leurs châteaux et même livré leurs bois à l’alimentation des bestiaux. On peut dire en toute sincérité qu’ils ont cherché par leurs bons procédés, à faire oublier à leur hôtes l’excès de leur misère.

Nous devons aussi une mention de reconnaissance à l’administration du Chemin de fer de Nantes. N’a-t-elle pas contribué à l’adoucissement de nos maux, par sa souscription généreuse à notre profit, par la préférence qu’elle a accordée aux habitants du pays dans les ateliers organisés pour la confection du barrage qui a facilité le rétablissement de la brèche et par la qualité du salaire qu’elle a eu la générosité de leur allouer.

Oublierons-nous ces âmes généreuses, ces cœurs compatissants qui ont répondu par une offrande abondante à l’appel fait en notre faveur pour l’ouverture d’une souscription.
Il est regrettable d’être arrêté par la crainte d’une omission de nom
 ; sans cette crainte, il était de notre devoir de dénommer ici tous ceux qui nous ont été utiles.

Nous réservons la dernière mention de reconnaissance à sa majesté notre Empereur. Nous avons tous été émus en apprenant qu’il ne nous avait pas visités, parce qu’il ignorait l’excès de notre misère. La visite de son délégué, cependant si affectueuse, n’a pu faire cesser le regret de n’avoir pas vu au milieu de nous cet Auguste Souverain. Nous sommes toujours convaincus que, s’il eut été témoin oculaire de nos désastres, son bon cœur l’eut porté spontanément à prescrire des mesures susceptibles de diminuer nos pertes et d’adoucir nos souffrances. Toutefois nous devons rappeler avec quel plaisir nous avons reçu les premiers secours dus à la munificence impériale et distribués avec bonté par le Grand DE BÉVILLE, avec le camp de l’Empereur.

M. le Maire propose au conseil de voter ces remerciements à tous nos bienfaiteurs dénommés ou non dans le résumé ci-dessus et de l’autoriser à leur délivrer un extrait de la présente délibération, comme témoignage de notre reconnaissance.
Le conseil adopte ces conclusions à l’unanimité et avec émotion.

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Après cet exposé, M. le Maire entretient le Conseil de la situation exceptionnelle de notre commune, des votes qui avaient eu lieu antérieurement et qui devaient amener des impositions extraordinaires, notamment de celui relatif au prolongement du quai, du procès de la commune avec les entrepreneurs de construction de la mairie et de la maison école, de la nécessité :

1° : d’acquiescer à l’arrêté rendu contre nous par le conseil de la Préfecture d’Indre-et-Loire et nous condamnant à leur payer une somme considérable que celle à laquelle ils s’étaient eux-mêmes réduits ou de nous pourvoir contre cet arrêté.
2° : de faire réparer les chemins les plus endommagés et pour le moment interceptés par des mares d’eau, notamment le chemin de la Rue Brulée.
3° : de faire établir les fossés et cours d’eau qui, à la saison des pluies, sans ce travail, inonderont les terres et les maisons de notre commune.
4° : d’obtenir du gouvernement la consolidation de la portion de levée refaite et le remblai du trou qui la sépare de la gare du chemin de fer, ce qui nous donnerait la facilité de rebâtir autour la portion de notre bourg détruite.

M. le Maire fait remarquer que le Conseil municipal s’est réuni plusieurs fois, qu’il a pris des résolutions dont le nombre, d’importance, ne lui ont pas permis de les reproduire par écrit, à cause du peu de temps dont il lui est permis de disposer, en dehors de conférences incessantes qu’il a avec les habitants du pays. Il va donc se retrouver dans l’obligation de reproduire ici les délibérations du Conseil après avoir établi et fait voter le budget.

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Jean Auguste GERBIER,
maire à La Chapelle-sur-Loire / La Chapelle-Blanche 1852-1859

Jean Auguste GERBIER est né à Nantes, quai de la Fosse, le dimanche 7 mai 1815 ; il est le fils de Jean GERBIER, né vers 1779 et qui exerce la profession de cordonnier, et de Catherine MÉHAT.
En 1841 à 26 ans il est principal clerc de notaire à Tours où il demeure avec ses parents au n° 20 rue de la Paix.

Il épouse à Tours le 25 mai 1841 Marie DELAGE, née le 10 septembre 1821 à Nersac (département de la Charente) ; elle est la fille de Pierre DELAGE et de Marguerite ANDOUARD.

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Naissance de leurs 12 enfants :

  • Albert Marie, né le 19 janvier 1842 à Tours – 12 rue Saint Etienne
  • Marie, née le 27 mars 1843 à Tours
  • Édouard, né le 24 mars 1844 à Tours (il deviendra notaire)
  • Marie Aline, née le 16 mai 1845 à Tours

puis naîtront à la Chapelle-sur-Loire ou La Chapelle-Blanche

  • Alfred Léon le 21 avril 1846 (il deviendra curé)
  • Marie Rosalie Caroline le 19 février 1848
  • Paul Jules le 19 octobre 1849
  • Octave Marie Eugène le 1er juin 1851 (il deviendra voyageur de commerce)
  • Fernand Marie Augustin le 13 mai 1853
  • Euphémie le 16 septembre 1854
  • Yves le 19 mai 1856 (il décède le même jour).

Leur 12ème enfant, Joseph Marie, naît le 16 juillet 1863 à Mirebeau (département de la Vienne).

Jean Auguste GERBIER est principal clerc de notaire à Tours. En 1846, à 31 ans, il devient notaire à La Chapelle-sur-Loire. A 37 ans, en 1852, il est maire de La Chapelle-sur-Loire (ou La Chapelle-Blanche).
Lors des premières inondations du 14 mai 1856 il prend la direction de la lutte contre les eaux ; son 11ème enfant, Yves, naît le 19 mai et décède ce même jour : son épouse Marie DELAGE est très affaiblie.
Dans la nuit du 3 juin survient la rupture de la levée de la Loire. Emportée par le torrent, sa famille sera sauvée par le Commissaire de police de Bourgueil et M. BEAUPRÉ. Pendant les 24 heures qui suivirent, le maire sera obligé d’abandonner son poste pour aller conduire à Bourgueil son épouse mourante et cinq de ses enfants arrachés presque nus de sa maison.

La retraite du maire, quelques heures après la destruction du bourg, avait laissé sur ce théâtre d’horreur, les pleins pouvoirs à M. le Commissaire de police de Bourgueil. A son retour, le lendemain 5, il organisa le travail, employa tous les inondés à consolider les portions de levée qui paraissaient menacées et à arrêter l’élargissement de la brèche.

Cette brèche avait divisé la commune en deux parties qui ne pouvaient presque plus communiquer l’une avec l’autre. M. le Maire se tint d’abord du côté occidental.
Le 20 juillet 1856 le Conseil municipal fut réuni au lieu ordinaire de ses séances sous la présidence du maire pour faire l’exposé de la situation.

Le 12 août 1856, Jean Auguste GERBIER  sera nommé Chevalier de l’Ordre impérial de la Légion d’honneur.

Jean Auguste GERBIER sera maire de La Chapelle-Blanche jusqu’en 1859 et son successeur sera M. BIZOULLIER.
Après 1859 il occupera la charge de notaire à Mirebeau (département de la Vienne).  

Il décède à Angers (Maine-et-Loire) à l’âge de 70 ans le 18 mars 1886 et son épouse, Marie DELAGE, le 8 janvier 1887 à Angers.

La Chapelle-sur-Loire – Aquarelle de Jean Groussin

Sources :
La grande crue de La Chapelle-sur-Loire, bulletin édité par la commune de La Chapelle-sur-Loire – AD37
AD17-AD37-AD49-AD86.

Base données CGDT – Base Léonore.

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Hélène - PellePioche
Hélène - PellePioche
4 mois plus tôt

Bonjour,
Descendante de la famille Chenantais, je suis ravie de tomber sur cet article si complet !
Et quel plaisir de voir un joli plan de la ville pour illustrer cet article…
Merci pour ce partage !