
Article de Catherine ROUQUET
Vice-présidente du
Centre Généalogique de Touraine
Dans les industries anciennes, comme la fabrication de la chaux et des briques, le transport des matériaux était une étape essentielle.
Avant l’apparition des engins motorisés modernes, ce transport se faisait souvent à l’aide de wagonnets circulant sur de petites voies ferrées à l’intérieur des usines. Ils permettaient ainsi de déplacer efficacement les matières premières, les produits en cours de fabrication et les produits finis, tout en réduisant les efforts humains et en accélérant la production.
Leur rôle était particulièrement important dans deux types d’industries : les fours à chaux et les briqueteries.
Les wagonnets dans les fours à chaux
Un four à chaux est une installation qui permet de transformer le calcaire en chaux vive grâce à une cuisson à très haute température, autour de 900 à 1000°C. Ce procédé, appelé calcination, produit une matière très utile dans la construction, l’agriculture ou la métallurgie.
Pour alimenter le four, on devait acheminer sans interruption le calcaire depuis la carrière ou le lieu de stockage.
Les wagonnets servaient donc à transporter les blocs de calcaire jusqu’à la partie supérieure du four, où ils étaient versés dans une trémie d’alimentation.
Une fois la cuisson terminée, la chaux vive, encore très chaude et réactive, était récupérée à la base du four dans d’autres wagonnets. Ceux-ci l’amenaient ensuite vers des zones de refroidissement, de stockage ou d’ensachage.
Dans de nombreux sites anciens, les fours étaient construits à flanc de colline, ce qui permettait aux wagonnets de grimper facilement au sommet pour le chargement, puis de redescendre par gravité pour la livraison de la chaux.
Ce système ingénieux assurait un flux continu et limitait les manipulations manuelles dangereuses.
Les wagonnets offraient plusieurs avantages :
– une meilleure productivité, grâce à un transport régulier et rapide,
– une sécurité accrue, car les ouvriers évitaient de manipuler directement la chaux vive,
– une organisation efficace du travail, avec des circuits séparés pour le calcaire entrant et la chaux sortante.
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Les wagonnets dans la briqueterie
La briqueterie est l’usine où l’on fabrique des briques à partir d’argile.
Le processus comprend plusieurs étapes : l’extraction de la terre, son malaxage, le moulage des briques, le séchage, puis la cuisson dans un four.
Les wagonnets jouaient un rôle important à chaque étape de ce cycle de fabrication :
– tout d’abord, ils servaient à transporter l’argile brute depuis la carrière ou la fosse d’extraction jusqu’à l’atelier de préparation ;
– une fois l’argile malaxée et moulée en briques crues, d’autres wagonnets les emmenaient vers les galeries de séchage, où elles perdaient leur humidité avant la cuisson ;
– ensuite, les briques séchées étaient conduites au four, souvent un four Hoffmann, qui fonctionnait en continu ;
– enfin, après la cuisson, les wagonnets transportaient les briques cuites vers les zones de refroidissement, de tri ou de stockage.
Ce système permettait de fluidifier la production, d’éviter la casse des briques encore fragiles, et de réduire la pénibilité du travail.
Dans certaines briqueteries, les wagonnets circulaient sur des voies ferrées étroites couvrant l’ensemble du site, parfois sur plusieurs centaines de mètres.
En conclusion, les wagonnets ont joué un rôle essentiel dans le développement des industries traditionnelles.
Dans les fours à chaux, ils facilitaient le transport du calcaire et de la chaux vive, tout en améliorant la sécurité.
Dans les briqueteries, ils assuraient la continuité de la production, depuis l’extraction de l’argile jusqu’à la cuisson des briques.
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Même si, aujourd’hui, ces petits chariots sur rails ont été remplacés par des engins motorisés modernes, ils restent un symbole du génie industriel du XIXème et du début du XXème siècles, quand l’efficacité reposait sur des solutions simples mais bien pensées.
Carte interactive réalisée à partir du livre de Jacques THOMAS
« Fours à chaux, Tuileries, Briqueteries, en Touraine«
(disponible dans la Bibliothèque du CGDT – cote 670 THO)
Sources :
– https://observatoire-competences-industries.fr/
– https://pop.culture.gouv.fr/
– https://archives.touraine.fr/



