O comme… Odet de la NOUE, 10ème propriétaire connu du Châtellier

Article d’Evelyne LÉTARD du Centre Généalogique de Touraine

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Châtellier-le-Fort en 1698-1752, Châtellier sur la carte d’état-major, Châtelier sur la carte de Cassini, il faisait partie, avant 1757, de la paroisse de Neuilly-le-Noble. Il fut compris dans le territoire de la paroisse de Paulmy érigée par lettres patentes du 2 septembre 1757, registrées à la Chambre des comptes le 8 mars 1759. C’est une châtellenie relevant de la baronnie de la Haye, à foi et hommage-plain et un demi-roussin de service du prix de trente sols et, pour une partie, de la baronnie du Grand-Pressigny.

Le château, entouré de douves alimentées par des eaux vives, était un des mieux fortifiés de la contrée.

Il a été construit aux XIIème et XIIIème siècles (il était dans une zone frontière entre les domaines aquitains des rois d’Angleterre et le royaume de France dont les guerres opposèrent Henri PLANTAGENET puis Richard Coeur de Lion à Philippe Auguste).

DUFOUR [1], dans son Dictionnaire de l’arrondissement de Loches (t.II, p352-53-54) en a donné la description suivante :

« Le château, situé sur un roc à base de chaux carbonatée grossière et autrefois entouré de bois en majeure partie futaie, était devenu, en Touraine, une place d’armes des Religionnaires. Ses fortifications consistaient dans une double enceinte à machicoulis, flanquée de tours, et défendue par un fossé profond où l’on faisait couler l’eau à volonté au moyen de canaux amenés d’assez loin et dont deux subsistent encore. La première enceinte est tout à fait détruite ; la seconde, ou celle antérieure, est en ruines. On remarque une tour à moitié renversée, ayant environ cent pieds d’élévation depuis sa base : elle comportait quatre étages auxquels on communiquait au moyen d’un escalier en pierre, pratiqué dans l’épaisseur des murs qui est de huit à neuf pieds. Cette tour protégeait la première entrée du château, défendue par un pont-levis appuyé de deux petites tourelles.
Après avoir franchi le pont, qui était au midi, on trouvait une espèce de retrait qui conduisait à une seconde porte fermée par une herse
 : elle ouvrait dans la place, casematée dans toute son étendue et qui paraît même avoir eu quelque fausse porte, ou conduit souterrain, pour en sortir avec facilité en cas de siège.

Le pont incliné de deux arches précédait l’ancien pont-levis disparu et remblayé vers 1770.

Il y avait encore une autre porte au nord : elle était également garnie d’un pont-levis. Le rempart, de ce côté, présente des embrasures qui annoncent que cette partie du château était défendue par du canon.

Le donjon à bec (sur la gauche de cette photo), énorme tour cylindrique de 25 m de haut et 9 m de diamètre, avec des murs de plus de 2 m à la base, possédait 5 étages avec un escalier dans l’épaisseur du mur qui part du 2ème étage. Une fenêtre à meneaux fut ajoutée au XVème et une porte percée au rez-de-chaussée à une date indéterminée. Ce donjon a perdu sa partie intérieure avant 1750 et a donc été probablement démantelé pendant les guerres de religion puisque le château était alors protestant…

On reconnaît que toutes les murailles ont été construites avec la pierre provenant des excavations faites pour creuser les fossés. Cette pierre est extrêmement tendre et chargée de coquillages. Le mortier est composé de falun pur, ainsi que celui de la grande tour. Il a acquis un si grand degré de dureté que, lorsque dans la crainte de l’approche de l’armée vendéenne, en 1793, on fit abattre les fortifications qui étaient encore intactes, les ouvriers renoncèrent à la démolition de la tour, parce que leurs outils s’émoussaient sur la maçonnerie, sans pouvoir mordre autrement qu’à la superficie…

Le château proprement dit, où est la maison d’habitation, occupe presque toute la largeur de l’intérieur de la place ; il s’étend cependant un peu moins dans la partie ouest. Les bâtiments se composent d’un corps de logis, au milieu duquel est une tour à angles coupés droits, formant une saillie à l’extérieur, et dans laquelle est pratiqué l’escalier. Cette construction paraît dater du XVIIème siècle. Il est aisé de s’apercevoir que le bâtiment a été par la suite baissé d’un étage. Il n’offre, au surplus, rien d’intéressant sous le rapport des arts. »

On voit, par des lettres patentes de Louis XI du 22 mars 1473, que les habitants du village et ceux de la paroisse de Neuilly-le-Brignon étaient tenus de monter la garde dans le château lorsqu’ils en étaient requis, et qu’en temps de guerre ils avaient le droit de s’y réfugier.

Jusqu’en 1590, les Réformés de Preuilly et de sa région (Descartes et Ligueil essentiellement) se réuniront au Châtelier : la Grange des Protestants (bâtiment faisant partie du château) fut donc probablement un des premiers lieux du Sud-Touraine où les Protestants purent pratiquer leur culte en toute sérénité à l’abri des murs de la forteresse. À cette date le culte fut transféré à Preuilly.

Les domaines de Grange-Neuve, des Gardières, de la Jacquetière
et de la Forêt dépendaient du Châtellier

Le parc du château, d’une contenance de soixante hectares environ, était autrefois complètement entouré de murs. Il y existait de vastes réservoirs ou étangs dont le fond était garni de blocs de pierres.

La justice de la châtellenie du Châtellier fut réunie à celle de Paulmy au milieu du XVIIIème siècle.

Les seigneurs du Châtellier

I – Imbert de PRECIGNÉ, chevalier, est le premier seigneur connu. En 1377, il rendit aveu au baron de La Haye.

II – Philippe de MELUN, chevalier, seigneur de la Borde, de la Motte-Saint-Heraye et de la Haye, possédait le Châtellier en 1450, suivant un aveu qui lui fut rendu, le 11 juin de cette année, par Isabeau THIBERDE, pour un fief relevant du Châtellier.

III – Jacques VERNON, chevalier, seigneur de Montreuil-Bonnin, de Crassay et du Châtellier, conseiller et chambellan du roi, était fils de Laurent VERNON, chevalier écossais, et de Christine GOUPILLE. Il rendit hommage au baron de La Haye pour la terre du Châtellier le 6 mars 1457.

IV – Raoul VERNON, chevalier, seigneur du Châtellier et de Montreuil-Bonnin, grand fauconnier de France, reçut l’aveu le 17 juin 1495 d’Artus de Betz pour le fief de Chantepie relevant du Châtellier.

V – Adrien VERNON, chevalier, seigneur du Châtellier et de Montreuil-Bonnin, trésorier de Saint-Hilaire-le-Grand puis lieutenant de la compagnie de cinquante lances de M. de BOISSAY. Il rendit hommage à Gilles de Laval, baron de la Haye, le 4 octobre 1537 pour sa terre du Châtellier.

VI – Charles de TÉLIGNY, chevalier, sénéchal de Rouergue, seigneur du Châtellier par suite de son mariage avec Arthuse VERNON, rendit hommage aux barons de la Haye et de Pressigny en 1539.

VII – Charles de TÉLIGNY, chevalier, seigneur du Châtellier, de Montreuil-Bonnin, Lierville, etc., gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.

VIII – Anne VERNON, femme de Claude de VILLEBLANCHE, possédait dès 1548 une partie de la terre du Châtellier. En 1559 le domaine tout entier lui appartenait. Elle rendit aveu le 6 avril 1556 au comte de Villars, baron du Grand-Pressigny, et le 14 juin 1570 à Louis de ROHAN, baron de la Haye.

IX – François de la NOUE (dit Bras-de-Fer), écuyer, devint seigneur du Châtellier après la mort d’Anne VERNON vers 1580. Il rendit hommage pour cette terre le 10 avril 1581.

Après 1640, le Châtellier devint la propriété de Pierre BUFFIÈRE (1640-1688) puis fut vendu aux enchères en 1688, le dernier seigneur s’étant ruiné (en agrandissant le bâtiment principal ?).

X – Odet de la NOUE

XI – Louis de PIERRE-BUFFÈRE, chevalier, seigneur du Châtellier par suite de son mariage avec Marie de la NOUE.

XII – Benjamin de PIERRE-BUFFÈRE, chevalier, seigneur du Châtellier et de la Tourballière, obtint l’érection de ces deux terres en marquisat vers 1640. Il eut plusieurs fils qui périrent dans les guerres de Hollande et de Hongrie.

XIII – Anne-Radégonde de MAUROY, dame de Paulmy, acheta la terre du Châtellier en 1688.

XIV – Charles-Yves-Jacques du PLESSIS, chevalier, comte de la Rivière et de Ploeuc, gouverneur de Saint-Brieuc, seigneur du Châtellier du chef de sa femme Marie-Françoise-Céleste de VOYER.

XV – Charles-Yves-Thibaud du PLESSIS de la RIVIÈRE, comte de la Rivière, de Mur et de Ploeuc, seigneur du Châtellier, mestre de camp de cavalerie, gouverneur de Saint-Brieuc et de la tour de Cesson, puis lieutenant-général des armées du roi et commandeur de l’ordre de Saint-Louis. Par acte passé à Paris le 14 septembre 1750, il vendit le Châtellier à Marc-Pierre de VOYER.

XVI – Marc-Pierre de VOYER, comte de Vueil-Argenson, baron des Ormes et de Marmande, seigneur du Châtellier, Paulmy, la Roche-de-Gennes etc., ministre de la guerre (1753).

XVII – Marc-René de VOYER de PAULMY, son fils, marquis de Voyer, comte d’Argenson, baron des Ormes et de Marmande, seigneur du Châtellier, lieutenant-général des armées du roi, grand bailli de Touraine et gouverneur du château de Vincennes.

XVIII – Marc-René-Marie de VOYER d’ARGENSON, son fils, comte d’Argenson, vicomte de la Guerche, seigneur du Châtellier, grand-bailli de Touraine, baron de l’Empire, préfet des Deux-Nèthes (1809), député de divers départements sous la Restauration et le gouvernement de Juillet.

XIX – Le Châtellier appartient ensuite à M. Allayre-Charles-Augustin, comte de Sarrasin.

Il devint alors une demeure quasiment plus habitée, puis une ferme de 1792 à 1966, et sombra dans l’abandon et la ruine.

En 1966, M. et Mme LEMAISTRE, puis leur fils à partir de 1981, entamèrent sa restauration pour en arriver à l’état actuel.


[1] J-P. MARCOU DUFOUR naquit en Touraine et a été élevé dans les cloîtres où il acquit une érudition exacte et vraie. Il fit paraître un Dictionnaire historique des communes du département d’Indre-et-Loire, ouvrage plein de détails curieux et inédits sur cette division de territoire qui connut un grand succès. Après une carrière dans les contributions directes comme contrôleur et même inspecteur sous l’Empire, il devint libraire puis marchand forain, avant d’être replacé dans le poste qu’il occupait précédemment lors de la Révolution de 1830. Une grave maladie le priva de cette fonction quelques mois plus tard ; cette injustice aggrava la position de cet homme de lettres qui ne tarda pas à succomber sous le coup de tant d’infortunes.

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Sources :
– J-X. CARRÉ de BUSSEROLLE : Dictionnaire 1878-1884

– Affichage à l’entrée du Châtellier
– Photographies personnelles E. Létard

– Notice biographique sur l’Historien Dufour dans « Histoire des rois et ducs d’Aquitaine et des comtes de Poitou » vol.1 par MM A-D. de la Fontenelle de Vaudoré et J-P. M. Dufour
– Étude sur les « Bâtis et demeures de Touraine » de Catherine BAS-DUSSEAULX, CGDT37

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HDNFamilles
HDNFamilles
20 jours plus tôt

C’est étonnant, je ne savais pas qu’Odet était un prénom, je le découvre à l’occasion de mon propre article et en ai une illustration ici 🙂👍

Claude christ
Claude christ
20 jours plus tôt

Un château certainement méconnu de beaucoup de personnes sort de l’oubli grâce à cet article accompagné d’une liste étonnante des propriétaires.
Le château se visite-t-il ?