P comme… Le Pouët et la famille PÉRION (PERRYON) à Preuilly-sur-Claise

Article de M. Bernard de la MOTTE, Président honoraire
de la Société Archéologique de Preuilly-sur-Claise (SAP)

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Nous sommes dans le sud de l’Indre-et-Loire, à Preuilly. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, cette petite ville était le siège de la « première baronnie de Touraine » ; son château dit « du Lion », tenu en ligne directe par la famille de Preuilly jusqu’au XVIème siècle, était l’une des forteresses défendant le sud du domaine royal et les troupes ou vassaux du baron étaient priés par le roi de lui donner main forte : il le fit à de nombreuses reprises.

Puissante de cinq châtellenies, elle était aussi riche de plus modestes seigneurs au rôle principalement militaire.  Le Pouët, dépendant de la baronnie de Preuilly sous l’Ancien Régime, est plutôt appelé Grange. Pour une raison qui nous est inconnue, ce changement de dénomination intervient à l’occasion de sa cession en 1743 par Mayaud de BOISLAMBERT, alors propriétaire, au Marquis de GALLIFET, baron de Preuilly.

Le Pouët s’élève au-dessus du bourg de Preuilly, en retrait d’un plateau s’étendant sur le nord-ouest entre la vallée de la Claise et la « reuille » de Milonneau . De là on aperçoit la forteresse baronniale.

Ce petit manoir semble avoir été planté là pour prolonger, vers l’ouest et une partie du nord, le champ de vision des guetteurs du château. Alors qu’il a pour l’essentiel les caractéristiques architecturales des XVème-XVIème siècles, sa tour en est la partie la plus ancienne et peut-être à l’origine en était-elle, ou à peu près, sa seule construction, une tour de guet.  Son seigneur ne devait-il pas rendre foi et hommage d’une hache de guerre à son suzerain baron ? Une légende, rapportée par J.M. ROUGÉ, raconte que certains soirs d’automne, au coucher rougeoyant du soleil, allant à la rencontre de « la Dame blanche voilée de la brume […] apparaît un homme casqué, botté, armé de guerre. Il est monté sur un cheval de feu dont les naseaux flamboient, jettent des flammèches.  La vision est brève mais elle laisse parmi les champs qu’elle traverse un sillon lumineux qui s’éteint sous la tour rasée du Pouët. Le chevalier du Pouët renaît », dit-on à voix basse… S’il fallait quelques preuves de la destination militaire du Pouët, cette belle histoire nous les apporterait.

Petite terre noble, elle n’a pas une grande histoire encore que…
Selon Carré de Busserolle, les ANCELON alliés aux familles notables de Touraine et Poitou, seigneurs de Fontbaudry, établis un peu plus bas mais voisins, en furent parmi les premiers titulaires identifiés.

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Les PÉRION

Ils portaient

D’azur au lion d’or couronné de même

Après la longue période troublée de la fin du Moyen Âge, la « tour du Pouët » va passer entre les mains d’une autre famille de notre sud tourangeau, plutôt tournée vers le droit : les PÉRION ou PÉRYON.
Comme le Pouët, les PÉRION sont d’ascendance modeste, mais on les voit assez rapidement vouloir prendre de l’importance dans la région en acquérant de nombreuses terres, souvent de petits fiefs dépendant de la baronnie de Preuilly ; dès le XVème siècle le Pouët, grange, sera connu sous le nom de Grange-Périon.

L’abbé Bourderioux, chercheur invétéré dans les archives tourangelles, s’est beaucoup intéressé à eux et c’est, de son travail, que j’ai retiré l’essentiel de ce qui concerne cette famille dans cet article.  

Jehan PÉRYON semble être le premier, à partir duquel cette famille peut être suivie. Celui-ci, né à la toute fin du XVème siècle, mourut en 1565. Il est licencié es droit et bailli de Preuilly.
Voulant visiblement s’élever dans la société de son temps, il achète un certain nombre de terres : Grange près de Preuilly, les Grande et Petite Caillères près Chaumussay, mais aussi les justices Ligueil, Noizay et des Clairais, ou un quart des dixmes de la Guénandière près Martizay…

Son frère Joachin PÉRYON, né en 1498 à Preuilly sans doute au Pouët, entre chez les bénédictins de Cormery, où, remarqué pour la finesse de son esprit, on l’aidera financièrement à poursuivre ses études. Il deviendra aumônier et prieur claustral puis, linguiste distingué, sera nommé interprète royal et traduira les œuvres d’Aristote du grec en latin. Il meurt le 18 juillet 1558.

C’est sans doute de cette même époque, la seconde partie de XVème siècle, que date la transformation de la Grange qui, d’une architecture militaire, va évoluer vers celle d’un manoir, logement d’un notable.

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La famille se poursuit par la descendance de Jehan PÉRYON :

  • Antoine né en 1513 qui suit,
  • François, sieur de la Caillère (vivait en 1584),
  • et, sans doute, Jean II de PÉRION, seigneur de Borde (près de Mosnes)

Antoine de PÉRION, sieur de la Grange, avocat en parlement, succéda à son père en tant que baiIli de Preuilly. Il vécut vers 1513-1600.
Intellectuel comme son oncle et juriste comme son père, sans aucun doute aussi présomptueux, il fit une critique acerbe d’un ouvrage de jurisprudence écrit par l’un des maîtres de son époque, Jean IMBERT. Il ne retirera de cette piètre polémique que le surnom de « Guêpe de Preuilly », réputation peu honorable pour un magistrat.
De sa femme Marie de La ROQUE, dame de Launay :

  • Philippe de PÉRION qui suit.
  • Lucrèce de PÉRION, qui épousa en 1582 Antoine d’ALLOGNY, seigneur de Rochefort-sur-Creuse ; leur fils Henri-Louis sera Maréchal de France.
  • Antoinette de PÉRION, mariée à jean de GEBERT, seigneur de Noyan.

Philippe de PÉRION, écuyer, seigneur de Ports, du Roger, de La Grange, etc…
C’est avec lui que les PÉRION vont atteindre l’objectif recherché depuis trois générations, un rang incontesté dans la noblesse. Celui-ci est atteint par son mariage, en 1606, avec Claude GILLIER, issue d’une ancienne et grande famille de la noblesse aux alliances prestigieuses.
Le voilà seigneur de Ports, où s’élève le château des GILLIER, vicomte de Grouin, mestre de Camp de cavalerie, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi…
Il acquiert en 1599, la terre de Thais près d’Yzeures.
En 1627, il fait faire d’importants travaux dans l’église d’Yzeures-sur-Creuse. Par son testament de 1648, parmi d’autres dons, il gratifie le curé d’une rente de 125 livres et prévoit sa sépulture dans ce sanctuaire. C’est ainsi qu’à la suite de son décès dans son château de Ports, en 1655, et sa sépulture dans l’église de sa seigneurie, le 8 octobre 1660 son corps a été levé et, protégé par un cercueil de plomb, transporté à Yzeures et enseveli sous son banc seigneurial qui est dans le chœur de l’église.
En 1770, le prieur de l’église fit quelques travaux et, dans le but d’en tirer quelque argent, fit lever le cercueil et en vendit le plomb. Depuis bien longtemps la rente n’était plus versée et Philippe de PÉRION oublié.

De son mariage il eut deux enfants :

  • Louis de PÉRION qui suit,
  • Marie de PÉRION, décédée en 1647 à Ports.

Louis de PÉRION vécut de 1618 à 1678 ; il prend les titres de Marquis de Ports, Vicomte de Grouin, seigneur de Thais, de La Grange, etc…
Il épouse sa cousine Angélique GILLIER en 1641, dont la grand-mère était Marie de ROCHECHOUART propriétaire du château du Boucher en Brenne.
Par ses aïeux et sa belle-famille, Louis se trouve à la tête d’une très importante fortune en Touraine, Poitou voire en Angoumois, mais, comme son père, cette ascension sociale et son aisance financière du moment le mène à un train de vie au-delà du raisonnable.
Il lui fallut donc vendre pour faire patienter ses nombreux créanciers.

Ainsi, en quelques années les fleurons de ce patrimoine sont vendus. La Grange, l’une de leurs premières possessions, est cédée à un sieur JACQUEMIN ; ils y étaient suffisamment attachés pour que le fils de Louis, Philippe-Armand, exerce contre cet acquéreur l’action de retrait lignage qu’abandonna son père après sa mort prématurée.

Les PÉRION, ou plutôt leurs créanciers, se lancèrent dans d’innombrables procédures dont certaines se prolongèrent jusqu’à la fin du XVIIème siècle.
Louis, décédé en 1678, laissait à sa progéniture (il eut sept enfants) bien peu de ce qu’il avait reçu, et dans un méli-mélo judiciaire impossible.

Proposition de restitution du côté nord-ouest du Pouët par Bernard de La MOTTE

Bibliographie :
– Cahiers de la Poterne n°15 (publication de la Société Archéologique de Preuilly 37)
– Société Archéologique de Touraine, tome IX, 2e trimestre 1857
– Cahiers historiques de Martizay, 1974, réédition 1977
– Carré de Busserolle : Dictionnaire de l’Indre-et-Loire, et Armorial général de la Touraine
– Archives Départementales d’Indre-et-Loire et Nationales

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moreau
moreau
19 jours plus tôt

Bel article sur notre sud-touraine, il me semble que Philippe de Peyrion avait aussi des possessions sur Chambon.