F comme… Fin tragique d’une belle demeure, le château de Montgoger

Article de Patricia PILLORGER du Centre Généalogique de Touraine

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Au XVIIème, Montgoger, paroisse réunie à celle de Saint-Épain à la Révolution, abrite sur son territoire l’une des plus belles demeures de Touraine : un palais avec une bonne centaine de pièces.

Montgoger est érigé en marquisat en 1623 : le château est alors qualifié par Louis XIII de « beau château bien bâti, de si belle et magnifique structure qu’il serait digne de notre séjour, étant l’une des plus belles maisons de notre Royaume ».

Ses propriétaires sont issus depuis plusieurs générations des seigneurs de SAINTE-MAURE puis transmis successivement par mariage aux BARATON, aux BEAUVAU du RIVAU et aux CHOISEUL PRASLIN.

En 1762, le marquisat devient un duché-pairie avec le Duc de Praslin, César Gabriel de CHOISEUL, ministre de Louis XV, dont le siège est Montgoger. Le siège est transféré à Vaux-le-Vicomte (77) en 1764, Montgoger est donc rétabli en marquisat.

La petite fille du ministre, Aurélie Sophie de GROLLIER, qui réside au château de Montgoger avec sa mère, Bonne de CHOISEUL PRASLIN veuve du marquis Eugène de GROLLIER, épouse le 19 juillet 1820 à Saint-Épain le comte Martial (I) ARTUR de la VILLARMOIS, lieutenant des gardes du comte d’Artois, conservateur des Eaux et Forêts.

Généalogie de Martial de la VILLARMOIS et Aurélie de GROLLIER

Par cette union, la branche cadette des comtes d’ARTUR de la VILLARMOIS, originaire d’Avranches en Normandie depuis le XIVème, va s’établir en Touraine. Le château de Montgoger sera leur résidence d’été et l’hôtel particulier de la place de l’archevêché à Tours celle en hiver. Leurs armoiries sont « de gueules, à une coquille d’or, au chef d’argent » surmontées de la couronne de comte.

Leur fils aîné Martial (II), vicomte ARTUR de la VILLARMOIS, officier de réserve, ami d’enfance de Henri d’ARTOIS, membre du comité monarchique de Touraine, épouse le 30 janvier 1853 à Paris-IIe (75) Henriette de GALLET de MONDRAGON, fille du marquis Antoine de GALLET de MONDRAGON.

En 1856, au décès de son père, Martial hérite du domaine de Montgoger où il fera réaliser de nombreux travaux de réparation, d’embellissement et d’agrandissement.

Le 28 novembre 1883, leur fils Martial (III), vicomte ARTUR de la VILLARMOIS, âgé de 28 ans, officier de réserve, épouse à Montpellier (34) Claire DESPOUS, fille du comte Auguste DESPOUS, famille anoblie du Languedoc.

Au début de la même année, la future vicomtesse est reçue pour la première fois à Montgoger. Son beau-père organise une réception en son honneur le dimanche 4 mars 1883 avec une vingtaine d’invités, tous hébergés au château. Une partie de chasse est prévue pour le lendemain.

Un incendie se déclare dans la nuit du 4 au 5 mars, vers les 3 h ½ du matin, le vicomte est attiré par une lueur en provenance de la salle de billard à l’étage du château. Il constate rapidement les dégâts déjà causés par le feu. Il donne immédiatement l’alarme et tous les invités sont évacués en un temps record, ayant à peine eu le temps de revêtir les vêtements nécessaires en cette nuit froide. L’hiver 1883 est rigoureux, la neige tombera abondamment dans les jours qui suivent. Les flammes poussées par un violent vent d’est ont envahi très rapidement le château. Au lever du jour, malgré l’intervention des secours, le château n’est plus qu’un amas de pierres calcinées ; seule l’aile est de la belle demeure et l’orangerie semblent avoir été épargnées.

Journal d’Indre-et-Loire
édition du 7 mars 1883


Dans l’édition du 9 mars 1883 du Journal d’Indre-et-Loire, le vicomte de La VILLARMOIS remercie la population pour son zèle et son dévouement sans borne, les sapeurs-pompiers de Saint-Épain, de Sainte-Maure, de Sainte-Catherine, de Tours, et les soldats du 32e Régiment de ligne pour leur ardeur et leur courage.


Ils ont tous « essayé d’éteindre un incendie que la violence du vent a rendu impossible à maîtriser ».


Il mentionne également que sa peine est adoucie par tous les témoignages d’affection et d’intérêt ainsi que l’aide qui lui ont été portés à lui, à sa famille et à ses invités.

Les pertes sont considérables, l’incendie a tout détruit : le mobilier et les objets d’art, les livres de la bibliothèque, les tableaux et portraits, le chartrier de la famille datant du XIIIème et autres papiers précieux. Seuls les papiers de famille conservés dans les deux coffres-forts, restés intacts, ont été épargnés.

Après cet incendie, le château ne sera pas entièrement restauré. 1883 marquera la fin du prestige de cette belle demeure. Le vicomte Martial (II) ARTUR de La VILLARMOIS et sa famille s’installeront dans l’orangerie qu’il fera agrandir.

En décembre 1943, lors de l’occupation du château par une troupe allemande, il y aura un nouvel incendie. Le feu a pris dans une cheminée non entretenue, endommageant la partie du domaine qui avait été réhabilitée.



Sources
– Archives départementales d’Indre-et-Loire : registres d’état civil, recensements de population de 1856
 
– Journal d’Indre-et-Loire (éditions des 5, 7 et 9 mars 1883)
– Collections de Touraine
– Site Généalogie adaptée au RGPD – Roglo données généalogiques des familles Artur de la Villarmois et alliées, consulté en mai 2022

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DELAHAYE Charles-Henri
DELAHAYE Charles-Henri
29 jours plus tôt

Passionnant, et tellement triste !

Catherine Livet
21 jours plus tôt

Bien triste fin pour une si belle demeure