E comme… Éducation globale et Caravanes scolaires à La Ploquinière, lieu d’accueil d’enfants défavorisés et préventorium

Article rédigé par Évelyne LÉTARD du Centre Généalogique de Touraine


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La Ploquinière (ou Peloquinière) est un ancien fief sur la commune de Cheillé ; c’est un ancien manoir avec des terres et un moulin. Ce domaine s’est appelé La Peloquinière (1572), La Pellocquinière (1639), La Ploquinière (1740 et 1765), La Ploquinière (1814, 1959).

Carte de l’État-major (1820-1866)

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Le domaine de la Ploquinière a appartenu à la famille d’ESPINAY : à Louis d’ESPINAY en 1572 ; à Antoine d’ESPINAY en 1583 et à Nicolas d’ESPINAY en 1619. Vers 1740, il était la propriété de Toussaint CHARPENTIER, écuyer, valet de chambre ordinaire du roi. En 1765, celle de Charles de ROCHEFORT.

Les caravanes-scolaires :
un programme d’éducation globale à la périphérie de l’école républicaine
(1874-1934)

L’oeuvre des « caravanes scolaires » se développe en France au lendemain de la défaite face à la Prusse et du drame de la Commune de Paris : elle consiste à organiser des sorties scolaires sous la conduite de professeurs volontaires, afin de faire découvrir aux enfants, grâce à des voyages pédestres, des sites et lieux chargés d’histoire pendant les congés et vacances scolaires : des colonies de vacances se développent en France pour améliorer le développement physique et moral des enfants des villes. L’initiative de ces activités revient au Club alpin français (CAF) et son président, Ernest CÉZANNE, qui réalise dès 1874 des « Caravanes scolaires », petits groupes d’écoliers partant en excursions sous la conduite d’un chef.

1875 = 9 caravanes – 1876 = 10 – 1877 = 12
1878 = 12 – 1879 = 24 – 1880 = 24 – 1886 = 26

Dans la circulaire du 22 juin 1876, William WADDINGTON, ministre de l’Instruction publique, recommande la mise en place des Caravanes scolaires : son successeur au ministère, BARDOUX, y est également favorable et de 1879 à 1896 Ferdinand BUISSON, alors directeur de l’Enseignement primaire, les encourage.

Au mois de juin 1888, le baron Pierre de COUBERTIN, républicain conservateur, crée un Comité pour la propagation des exercices physiques. En octobre de cette même année, Paschal GROUSSET fonde la Ligue nationale d’éducation physique.

Des professeurs organisent des Caravanes scolaires patronnées par le Club alpin français : les compagnies de chemins de fer accordent une réduction de 50 % aux Caravanes composées de 9 écoliers et d’un maître. On prône la nature instructive qui aide non seulement à la découverte des choses, au côté de l’étude des idées, mais qui permet aussi d’expier les fatigues et les tensions nerveuses de la société industrielle.

Cette mobilisation en faveur des exercices « au grand air » insuffle un regain de dynamisme au programme des « Caravanes scolaires ». En dehors de rares expériences locales, l’organisation de caravanes de jeunes filles ne se développera véritablement qu’à partir de 1906, au fur et à mesure de l’évolution de la place des femmes dans la société.

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Adrien DESLONDAINS

Début XXème : Adrien DESLONDAINS met tout en oeuvre pour aider les enfants défavorisés de la ville de Tours et leur organiser des séjours au grand air à la campagne. En 1904-1905, il crée l’oeuvre et la société des Caravanes et colonies scolaires d’Indre-et-Loire pour les enfants des quartiers défavorisés particulièrement exposés au fléau de la tuberculose.

Il est aidé dans sa démarche par René BESNARD (député, sénateur et ministre) fondateur des Jeunesses laïques d’Indre-et-Loire ; Ferdinand MORIN (conseiller municipal et maire de Tours 1925-1942) et par de nombreux conseillers municipaux.

La Caravane scolaire s’installe définitivement à la Ploquinière, commune de Cheillé, dans une propriété de 38 ha acquise par l’oeuvre grâce à des généreux donateurs ; celle-ci sera ensuite léguée au département d’Indre-et-Loire.

Extrait du Relevé des Fondations constituées au moyen de dons et legs
faits aux départements avec affectation spéciale :

Situation financière des départements présentée par M… Directeur de l’administration départementale et communale à M… Ministre de l’intérieur – 1er janvier 1917 (Auteur Léon BOURGEOIS) – Gallica BnF

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Adrien DESLONDAINS décède le 14 novembre 1912 à l’hôpital de Tours, âgé de 45 ans. Il est inhumé au cimetière La Salle, où une concession perpétuelle lui sera accordée par la ville de Tours en 1927.

Avis paru dans L’Union libérale du 15 novembre 1912

L’oeuvre des Caravanes scolaires continuera son activité longtemps après sa mort, jusque dans les années 1930. Des hommages annuels seront rendus à Adrien DESLONDAINS, en présence des plus hautes personnalités tourangelles.

Article journal 10/08/1927 : Fête des Caravanes scolaires à la Ploquinière à Cheillé :

« tous les tourangeaux connaissent cette belle oeuvre fondée il y a quelques vingt ans par un homme de grand coeur, Deslondains qui s’y consacra jusqu’à sa mort. Grâce à son initiative tous les ans, 120 à 150 enfants de dix à treize ans s’en vont vivifier leurs poumons et faire des réserves d’oxygène pour affronter avec plus de résistance la rentrée des classes ».

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Généalogie de notre « cousin DELACHAISE », directeur du Préventorium anti-tuberculeux d’Indre-et-Loire en 1931

La Ploquinière au coeur des délibérations le 1er janvier 1937
1ère session ordinaire du Conseil Général

Représentent le Conseil d’administration du domaine de la Ploquinière 4 membres : MM Émile GOUNIN, le docteur MATTRAIS, PARDOU et PROUST.
Représentent la Commission d’études en vue de la construction d’un préventorium départemental : MM Émile GOUNIN – Dr MATTRAIS – PATRY.

PV des délibérations

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Colonie de vacances de la Ploquinière.
Demande de subvention pour l’entretien du chemin d’accès

M. DIEN a signalé d’intérêt qui s’attacherait à l’octroi d’une subvention sur les fonds du département en vue de l’entretien du chemin d’accès à la colonie de vacances de la Ploquinière, commune de Cheillé.
Le conseil municipal de Cheillé a bien voulu accorder gracieusement le concours du cantonnier communal pour l’exécution des travaux d’entretien.
La charge que le département aurait à assumer se bornerait à la fourniture des matériaux nécessaires qui représente une dépense annuelle de 400 fr. environ.
Votre première commission vous propose de ratifier l’inscription de ce crédit.

Les conclusions du rapport sont adoptées.

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La Ploquinière, préventorium scolaire d’Indre-et-Loire

M. MORIN donne lecture du rapport suivant :

Le conseil d’administration de la Ploquinière sollicite du conseil général une subvention de 31.960 fr. pour des travaux et aménagements dont le détail figure au dossier et dont notre commission apprécie l’opportunité. Nous prions, en conséquence, le conseil de vouloir bien noter ce crédit.
M. GOUÏN, après avoir déclaré qu’il votera bien volontiers ce crédit, signale les difficultés pouvant résulter de l’application de la circulaire du 17 avril dernier, aux termes de laquelle l’oeuvre de la Ploquinière ne devrait pas porter le nom de préventorium.
M. MORIN reprend que, si les termes de cette circulaire l’y obligent, l’oeuvre de la Ploquinière changera de nom. Cette oeuvre s’appelait autrefois « caravanes scolaires ». Quant au qualificatif de préventorium, il a été pris à la demande du ministère.
M. Émile GOUÏN fait observer que, pour l’application de la circulaire du 17 avril, il convient d’établir une distinction entre les établissements qui fonctionnent d’une manière permanente et ceux qui, comme l’oeuvre de la Ploquinière, ne sont ouverts que pendant quatre mois par an.

Les conclusions du rapport sont adoptées. Le crédit de 31.960 fr. est voté.

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NB – Bulletin de la Société de secours aux blessés militaires des armées pour Tours : en 1935, 98 enfants ont été placés en préventorium : celui des Colonies de Ploquinière, du Dispensaire n° 3 de Lavault Ste-Anne et du Bureau de Bienfaisance.

Les Éclaireuses au camp-école de la Ploquinière

La Fédération française des éclaireuses (FFE) est un mouvement équivalent féminin du scoutisme, créé en 1921 et dissout en 1964. Alors qu’en France les différentes associations de scoutisme sont nées selon une logique religieuse, la FFE constitue la seule tentative à grande échelle de regrouper différentes convictions religieuses, philosophiques et spirituelles au sein d’une même association.

La FFE regroupe environ 3 000 éclaireuses en 1925 et 5 000 en 1940. Elles seront plus de 25 000 en 1960, au moment de son apogée. La Fédération des éclaireuses se dissout en 1964 et ses différentes sections rejoignent progressivement leurs équivalents masculins. Le mouvement de scoutisme laïque Éclaireuses Éclaireurs de France (EEDF) sera créé la même année grâce à la fusion des Éclaireurs de France et la section neutre de la FFE.

Depuis le début du scoutisme, le mouvement permet à des jeunes et adultes en situation de handicap de partir en vacances.

10 au 19 avril 1936 : Les degrés de Méthode Éclaireuse et de Méthode P.A. ont lieu à la Ploquinière

Arrivée à la gare d’Azay-le-Rideau (à 4 km)

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Un Arrondissement de Paris pendant la Guerre

Extrait du procès-verbal de l’Assemblée générale annuelle de la Caisse des Écoles – 26 juin 1919

[…] En 1918 […] Dès le mois de mai, les enfants furent éloignés de Paris, envoyés en placement familial, à la colonie des Sables-d’Olonne, à la colonie de la Ploquinière, en Touraine, et à Sainte-Croix en Normandie.
Les pouvoirs publics furent amenés à introduire une innovation dont l’idée a lieu peut-être d’être retenue. Ils nous imposèrent en effet l’obligation de placer une partie de nos enfants dans des familles rurales […] L’enfance actuelle est le seul espoir de notre avenir, le seul espoir de notre race […]
Environ 80 enfants furent placés dans des familles en Mayenne et en Maine-et-Loire, 180 environ en colonies scolaires.
La Caisse des Écoles eut à couvrir des frais énormes et pour ses propres dépenses et pour les secours représentatifs accordés aux familles qui choisissaient elles-mêmes le séjour de leurs enfants.

[…]

En Touraine, à la Ploquinière, à 3 kilomètres d’Azay-le-Rideau, nous envoyâmes 50 garçons. Le préfet d’Indre-et-Loire, à qui j’adresse nos remerciements les plus chaleureux, avait mis ce beau domaine à notre disposition. Comme toujours, excursions, enseignements oraux devant les merveilles de la nature ou devant les prodiges de l’industrie, visite du château historique, la vraie manière de voyager et de s’instruire en voyageant.
Le 7 août, j’allai voir nos petits colons ; je trouvai tout le monde heureux et je pris ma part de l’allégresse générale.
Dr Philippe MARÉCHAL, maire du VIIIe arrondissement,
président de l’Union amicale des maires et maires-adjoints de Paris


Sources :

  • J-X. Carré de Busserole
  • Étude sur les « Bâtis et demeures de Touraine » de Catherine BAS-DUSSEAULX, CGDT37
  • Le Trèfle mars 1936 n° 3 : bulletin des chefs de la Fédération française des éclaireuses (Bnf Gallica)
  • AD37 – Les Caravanes scolaires d’Indre-et-Loire (article de G-F. Pottier – juillet 2013)
  • « Un Arrondissement de Paris pendant la Guerre » du Dr Philippe MARÉCHAL (Bnf Gallica)
  • Bulletin de la Société de secours aux blessés militaires (Bnf Gallica)
  • Cartes postales collection Liliane Létard
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Lemaire
Lemaire
1 mois plus tôt

Bonjour, excellent article, détaillé, complet et très illustré. Merci. SLC

DOMINIQUE DUPUY
DOMINIQUE DUPUY
1 mois plus tôt

GRAND MERCI A VOUS DE CETTE PRECIEUSE INFORMATION….. QUE DE BONS SOUVENIRS LES COLOS ET LE SCOUTISME AUSSI CAR CETAIT FORMIDABLE….. A PRESENT ??????????