François 1er et la ville de Tours

Article de Jacqueline JOUANNET – Paru dans le Touraine Généalogie n° 103 – 3ème trimestre 2015 page 145 Rubrique « Histoire et Généalogie »

François 1er, vaincu en Italie, voit ses finances épuisées. Il y a de nouvelles guerres à entreprendre. Par lettre patente du 13 juin 1522, il demande aux abbayes, couvents et églises de prêter tout l’argent qu’ils possèdent et leurs trésors.

Le chapitre de Saint-Martin fait la sourde oreille mais, après de nouvelles insistances du roi, ils envoient une réponse assez embarrassée dans laquelle ils refusent de se séparer de la pièce la plus importante de son trésor, un riche treillis d’argent donné par Louis XI. Malgré de nouvelles relances, le chapitre ne cède pas. Le roi, fort en colère, décide d’employer la force et de s’emparer de la fameuse grille.

Une troupe d’archers, menée par les évêques de Touraine, de Bazas, rentre de force dans l’antique église Saint-Martin. Ils brisent le treillis et le donnent au maître de la monnaie à Tours, Jean MELDON, qui doit le faire convertir en pièces de monnaie appelées « Testons à la grille » (Le teston est une monnaie d’argent fabriquée pour la première fois en 1513 sous le règne de Louis XII et ce, jusqu’en 1576 sous Henri III. C’est la première monnaie royale française représentant le portrait du roi. Les premiers testons sous Louis XII sont assez rares mais, sous le règne de François 1er, ils sont extrêmement nombreux).

Mais toutes ces ressources sont vite épuisées et François 1er décrète un nouvel impôt et taxe la ville de Tours à 10.000 écus. Les habitants, déjà accablés sous une foule d’impôts, délibèrent et décident de n’offrir que 1.000 ou 1.200 écus. Cela est sûrement refusé.

Au mois d’août, François 1er guerroie dans le Milanais, le pays est assailli sur toutes ses frontières. A Tours, on lève des troupes en toute hâte et on doit fournir des subsides. La ville s’adresse au surintendant de BEAUNE-SEMBLANÇAY qui, par son intercession, obtient de ne payer que l’entretien et la solde de 100 hommes à pied.
Ces troupes, levées dans le centre de la France, sont composées d’aventuriers, de coureurs, de pillards. Sous le prétexte de manque de solde, ils ne se rendent pas en Picardie comme prévu et se répandent dans notre pays où ils renouvellent leurs brigandages.

Alerté, le corps de ville délibère en séances les 26 et 27 août 1522 et décide d’adopter des mesures pour mettre la ville à l’abri. Toutes les portes sont fermées à l’exception de Feu Hugon, Saint-Étienne, de La Riche et des Ponts, qui restent sous la garde de 30 hommes de la milice bourgeoise. Le 25 du même mois, il est demandé à tous les maîtres jurés de chaque corps de métier d’apporter immédiatement toutes leurs pièces de canon, marques de sceaux de chaque corporation, sinon ils auront 100 livres d’amende.
En exigeant que chaque corporation à Tours possède un certain nombre de pièces de canon fabriquées et entretenues à ses frais, Louis XI a donné à Tours une importante ressource !
Les boulangers, bouchers, couteliers, cordonniers, serruriers, coustumiers, tanneurs, corroyeurs, menuisiers, fondeurs etc., tous apportent leurs pièces sauf les esperonniers, ne sachant ce qu’ils en avaient fait ; et les orfèvres, n’ayant pas non plus pu les produire : ils sont poursuivis par le procureur du roi.

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Cela n’empêche pas des bandes d’entrer dans la ville. Des renforts sont demandés pour les chasser. La présence des archers suffit à les mettre en fuite. Mais, en janvier suivant, ces bandes armées reviennent ravager les environs de la ville et mettre les habitants à contribution. Chaque corporation donne des hommes en quantité suffisante pour chasser les pillards et mettre la ville à l’abri.

A cette époque, l’état des mendiants et la gueuserie étaient devenus un métier si répandu qu’il était à peu près impossible de voyager sans courir le risque d’être volé ou assassiné. L’autorité dut, à plusieurs reprises, user de moyens violents pour purger ville et faubourgs de ces gueux et bélîtres. Le roi veut arrêter ces graves désordres et rend un arrêt qui augmente la rigueur des supplices réservés à ce genre de criminels.
Les ivrognes étaient aussi punis : trouvé ivre sur la voie publique une première fois, c’est la prison au pain sec et à l’eau ; la deuxième fois, il est battu de verges dans la prison et, à la troisième récidive, c’est la fustigation publique.
Mais il y avait des incorrigibles ; alors on leur coupait les oreilles et on les chassait hors de la ville.

François 1er prépare la guerre d’Italie et se plaint des Anglais et de leurs alliés. Le 2 janvier 1524, il assiste à Tours à la procession de l’octave de la Fête-Dieu en compagnie de la reine-mère. Il se promène des châteaux d’Amboise à Tours, ou de Tours à Blois où il séjourne jusqu’à la mort de sa femme le 20 juillet 1524.

L’année suivante, c’est la consternation lorsque les échevins apprennent les résultats de la bataille de Pavie et la captivité du roi.

Sources :
(E. GIRAUDET) Histoire de la ville de Tours, Culture et Civilisations. Bruxelles

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