François 1er, le roi lochois

Article de Catherine BAS-DUSSEAULX – Paru dans le Touraine Généalogie n° 104 – 4ème trimestre 2015 pages 203 à 205 Rubrique « Histoire et Généalogie »

Le 25 janvier 1515 François de VALOIS, fils de Charles, comte d’Angoulême et de Louise de SAVOIE, est sacré roi de France à Reims. Il a 19 ans, c’est un bel homme et une force de la nature avec sa haute taille de presque 2 m.

Il succède ainsi à Louis XII mort sans héritier mâle et dont il est l’héritier présomptif. Par conséquent, il avait été élevé à la cour de France et, le 18 mai 1514, il avait épousé la princesse Claude, fille du roi. Il a reçu une éducation de qualité, apprenant le latin, le droit et l’histoire et a été entouré de compagnons de jeux et de maîtres es-sport, parmi lesquels on remarque Louis PRÉVOST de SANSAC, né à Cognac comme lui mais en 1488 et donc de 8 ans son aîné. Ces jeunes gens exercent et développent leurs qualités physiques par de nombreuses activités parmi lesquelles la chasse, qui tient alors un rôle considérable, et les forêts tourangelles font partie de leurs terrains de prédilection.

Une fois investi de la fonction royale, François ne déroge pas à ce plaisir et, vivant dans le Val de Loire dont il occupe les châteaux à tour de rôle, il vient souvent à Loches. Cependant ses déplacements revêtent alors un tout autre caractère. Dès 1517 il prévoit de faire à Loches son entrée solennelle comme roi de France. Malheureusement la ville subit à ce moment une épidémie de peste et la fête en est gâchée, puisqu’il doit rentrer en ville par l’une des poternes arrières.

Deux ans plus tard, en 1519, alors que les édiles commencent à assainir les marécages qui entourent la muraille et qui la dégradent, François autorise les Lochois à construire un Hôtel de Ville et leur fait des dons importants.
Car Loches fait partie de la liste des « bonnes villes » que le roi a élaborée. En effet, cette cité répond à toutes les exigences de cette liste :

  • Elle est capable de se défendre puisqu’entourée de murs,
  • Elle est équipée des principales fonctions administratives, judiciaires et économiques, puisqu’elle dispose déjà d’une maison commune où siègent les édiles, d’un grenier à sel et d’un tribunal.

C’est donc sous l’impulsion de François 1er que Loches va devenir, pour quelques années, un chantier permanent. Verront alors le jour :

  • La maison du Centaure de style Première Renaissance,
  • A ses côtés ce que nous appelons la Chancellerie et sa « façade révolutionnaire »,
  • L’Hôtel Nau, dont toute une partie en loggia s’inspire du style Renaissance,
  • La tour Saint-Antoine, clocher puis beffroi commencée en 1529,
  • L’Hôtel de Ville enfin, dont la construction ne sera entreprise qu’en 1534 et qui comprend l’un des premiers escaliers droits de la Renaissance nécessité par l’exiguïté de l’emplacement.

En 1526, François lance la reformation de la forêt de Loches, l’une des plus grandes du royaume car il considérait qu’elle était, comme les autres, mal entretenue et souvent victime de vol de bois. Au début du XXe siècle, on voyait encore, dans le parc du Château Royal de Loches, un marronnier dont la légende disait qu’il avait été planté par François 1er .

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Éléonore, soeur de Charles-Quint

Mais pendant ce temps ce roi complet, qui s’intéresse aussi bien aux arts, à l’administration du royaume, aux relations internationales qu’à la guerre, va connaître une histoire à rebondissement avec son « meilleur ennemi », CHARLES-QUINT, empereur depuis 1519 et de deux ans son cadet.
Cependant, en 1530, on décide de rompre les liens et en gage, le 7 juillet 1530, François 1er, qui est désormais veuf, épouse Éléonore sœur de Charles-Quint.
Le 14 juillet 1538, François et Charles se rencontrent à Aigues-Mortes et l’on se jure fidélité et éternelle amitié.

Et voilà qu’au printemps de 1539, on apprend avec étonnement que Charles-Quint, avec l’autorisation de François 1er , va traverser la France pour se rendre à Gand pour y mater une révolte des bourgeois de cette ville.
Dans ce contexte, François 1er décide de le recevoir en grande pompe lors de son étape à Loches.

Il arrive donc à Loches le 6 décembre 1539, accompagné de la reine Éléonore et de toute la cour, pour préparer la réception de son hôte prévue dans la soirée du 12 décembre.

Chacun essaie de trouver son logis mais, à l’Empereur, on réserve la demeure la plus moderne et la plus belle : ce sera le manoir que Louis de SANSAC, toujours présent au plus près du roi dont il est même un des gouverneurs de ses enfants, a fait édifier en 1529 à mi-chemin entre l’une des résidences royales et l’une des plus grandes forêts de la région.
C’est une belle construction dont l’architecture est caractéristique d’une période de transition et dont la façade est ornée d’une porte d’entrée très ouvragée au-dessus de laquelle figure un buste de François 1er , copie d’un original de GIROLAMO della ROBIA, que l’on dit être l’un des portraits les plus ressemblants du roi.

Le soir du 12 décembre, une importante délégation va au-devant du cortège de Charles-Quint et les officiers municipaux lui présentent le dais de drap d’or spécialement confectionné par les menuisiers et brodeurs lochois.
Les cloches sonnent, les torches éclairent le chemin et, par l’actuelle Porte Poitevine, on longe la muraille et on débouche sur le Grand Carroy, de part et d’autre de l’actuelle Porte Picoys, orné d’un arc de triomple et de pavillons qui abritent les invités.
Le roi François 1er l’attend là et se présente devant Charles-Quint, tout vêtu de noir, dans un habit de satin pourpre et couvert d’un bonnet étincelant de pierreries. Les deux souverains se découvrent, puis c’est la remise solennelle et symbolique des clés de la ville.

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Le spectacle peut commencer :
Encadrant la Porte Picoys, une salamandre et un phénix richement décorés vont s’embraser. Le cortège peut entrer dans la ville dont les maisons sont tendues de tapisseries et de riches tissus. Les dames attendent l’Empereur au Logis royal et Charles-Quint embrasse longuement sa sœur, la reine Éléonore.
Enfin François 1er , les hauts personnages du royaume et quelques grands d’Espagne accompagnent Charles-Quint jusqu’à Sansac dont il va lui faire les honneurs : quelle consécration pour l’illustre propriétaire des lieux, résultat de toute une vie de fidélité et de dévouement à François !
D’ailleurs le roi disait volontiers : « Nous sommes quatre gentilshommes de Guyenne qui combattons contre tous « allants et venants » : moi, Sansac, Essé et Chataigneraye ».

En effet, Louis PRÉVOST de SANSAC, baron de Sansac et de Cellefroyn, chevalier de l’Ordre du Roi, lieutenant du roi en Angoumois et en Guyenne, sénéchal de Saintonge, Grand Fauconnier de France, fut un des grands capitaines du XVIème siècle.
Mais il ne s’est pas contenté d’être un glorieux militaire, qui assistera aux derniers instants de BAYARD et qui sera chargé par la reine-mère de nombreuses démarches et visites au Roi prisonnier en Espagne. Il sera aussi, comme on l’a vu, gouverneur des enfants de François 1er , puis gouverneur de l’Angoumois et, à l’avènement d’Henri II, il est nommé Grand Fauconnier, puis fait Chevalier de l’Ordre de Saint-Michel et Gentilhomme de la Chambre.

Dans son privé, il attendra la soixantaine pour se marier : il épouse alors Louise de MONTBRON, de la maison d’Angoulême, arrière-petite-fille de Jacques, maréchal de France, et en eut un fils Jean, baron de Sansac et de Montmoreau, chevalier de l’Ordre, Capitaine de la Porte sous Charles IX et Henri III, gouverneur de Guyenne, marié en 1572 à Jeanne de MAILLÉ-BRÉZÉ.
Cependant sa carrière est loin d’être achevée car il ne mourra, à Cognac qu’il a retrouvée, qu’en 1572 à presque 85 ans.

Quant à Loches, bientôt la Bonne Ville va retourner à son anonymat car François 1er décide de transférer le siège du pouvoir royal en région parisienne et les dernières pages fastueuses de l’histoire de Loches vont s’écrire.

Sources :
Bulletin des Amis du Pays Lochois, n° 1 décembre 1985
La Renaissance Lochoise, semaine du 29 avril au 5 mai 2015
Photos et cartes postales Pierre et Catherine BAS.

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DELAHAYE Charles-Henri
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DELAHAYE Charles-Henri

Très intéressant