G comme les GALLÉ, meuniers à Savigny-en-Véron

Article de Monique GROUSSIN, trésorier et membre du Centre Généalogique de Touraine.

Le village de Savigny, situé sur une presqu’île formée par la confluence de la Loire et de la Vienne, devient officiellement Savigny-en-Véron par le décret du 8 août 1955.

A quelques centaines de mètres de la rive gauche de la Loire, en face du bourg de Chouzé-sur-Loire et peu avant le village de Candes-Saint-Martin, existaient autrefois cinq ou six moulins à vent.

Les deux  moulins des Veaux et le moulin des Sablons

Sans preuve, on peut quand même estimer la construction des moulins des Veaux  aux alentours de 1770 et celle du moulin des Sablons en 1780.

Article de Gustave GALLÉ dans le bulletin « Les amis du vieux Chinon » publié en 1936

Il y a un peu plus d’un siècle, il y en avait un au-dessus de la chapelle du Prieuré au Petit-Chouzé : il n’en reste aucune trace.
Le lieu-dit « le Moulin BERTHAUT » semble indiquer qu’à une époque, sans doute lointaine, devait à cet endroit se trouver un moulin.
Aujourd’hui trois moulins ont encore « leurs masses », « leurs trompes », « leurs  charpentes » et l’un d’entre eux a encore deux ailes.
Pierre-René Gallé, né à Savigny en 1753, possédait les deux « moulins des Veaux ». Il mourut en 1807 laissant comme héritiers trois enfants. Pour donner à chacun d’eux un moulin en partage, sa veuve acheta en 1810, de Jean Poitevin, originaire de Chinon, le « moulin des Sablons » qui fut construit en 1780 et dont « la trompe » fut refaite en 1855. Voilà donc les trois enfants de Pierre Gallé meuniers comme leur père.
Les trois moulins « viraient » chaque fois qu’il « ventait ».
Chacun d’eux  avait deux paires de meules : une paire pour le froment et l’autre pour le seigle, l’orge et le maïs.
Chaque meunier allait «  à la poche », c’est-à-dire chercher chez ses clients le blé qu’il rapportait chez lui pour le moudre et qu’il rapportait sous forme de farine. C’était avec cela qu’on faisait le bon pain de ménage cuit dans le four de chaque maison. On pouvait le garder huit jours ; il était encore bien bon à manger, meilleur au bout de ce temps que le pain blanc d’aujourd’hui au bout de 48 heures. Mais l’invention des cylindres pour la mouture du blé, donnant une farine plus blanche que les meules et aussi un pain blanc bien que moins nutritif, fit une concurrence acharnée aux petits  moulins à vent.
A partir de ce temps, ils périclitèrent si bien que de 1887 à 1890 ils s’arrêtèrent de tourner.
Pauvres moulins à vent qui animaient les bords de la Loire ! Dans un temps relativement court il n’en restera plus que le souvenir.
G. GALLÉ (descendant de la famille des meuniers de Savigny)

Article de Gustave GALLÉ dans le bulletin « Les amis du vieux Chinon » publié en 1934

Le meunier vient de se lever. Il est monté sur la « masse » et, le dos appuyé contre l’échelle de la « charpente », il recherche d’où vient  la brise pour mettre son moulin « au vent ».
Ceux de Chouzé « virent » déjà par vent de « galerne ».
Les toiles sont tendues sur les « râteaux » et le moulin se met en mouvement.
A l’intérieur, dans la termeue » (trémie) la poche de blé a été vidée : on l’a « émouturée », c’est-à-dire qu’on a prélevé en paiement de la farine le dixième de son contenu. Ce prélèvement s’est fait avec la « jidèle » (mesure en bois d’une seule pièce contenant à peu près un litre). Le grain, de la « termeue », tombe juste ce qu’il faut à la fois dans « l’œil » de la meule, qui, en tournant, l’entraîne pour l’écraser entre elle-même et la « couette » (autre meule de la même taille mais fixe). La farine glisse dans la « mette » (sorte de grande boîte en bois pouvant contenir un à deux hectolitres et montée sur pieds).
Le meunier est là qui, plongeant sa main dans le tas de farine toute tiède, examine en la frottant entre le pouce et l’index si elle est suffisamment onctueuse et douce au toucher. Est-elle rude ? Il prend sa clef et tourne un gros écrou qu’il serre pour rapprocher la meule mobile de celle qui est fixe, pour que  l’espace qui sépare soit plus étroit et que la « fleur » soit mieux séparée du « son ».
Mais voilà que d’un coup « l’échelette » (sonnette) sonne : c’est la fin de la mouture de la poche de blé ; il va falloir en mettre une autre dans la « termeue » et empocher la farine du premier sac.
Pour le moment le vent est plutôt faible, et seul le « fermanquier » (meule à froment) marche.
Mais voilà le vent s’élève, il souffle de « basse galerne » assez fort pour que les deux paires de meules tournent ; aussi le meunier met-il en mouvement le « mouturier » (meule à seigle, orge, maïs) ; on va moudre les deux boisseaux d’ « étailie » (maïs) qui attendent leur tour.
Mais, pour le maïs, la farine sera rude et plus grossière. On la passera dans le « sâs » pour enlever le « son » et le reste servira à faire des galettes. Elles seront cuites au four avec le pain, et comme elles seront bonnes, toute chaudes !
Le moulin a « viré » pendant longtemps même la nuit, pour ne pas perdre le vent. Les meules sont « lasses » ; il va falloir les « pier ». A l’aide de palans on soulève la meule mobile et on la renverse. Avec des outils spéciaux, en acier durement trempé, on refait à petit coups les rayures des meules en silex de Cinq-Mars. Le travail fini, on « recouche » la meule mobile sur l’autre fixe pour recommencer à travailler.
Mais tous les sacs de blé amenés au moulin sont moulus. Le meunier les charge dans sa charrette et part en tournée. L’entendez-vous faisant claquer son fouet en traversant les villages pour annoncer son passage. Il remet à chacune de ses « pratiques »  la farine qui lui revient et remporte du blé à la place.
La farine ainsi rendue sera « sassée » au-dessus de la « mette » où on la pétrira. Puis on allumera le four : quand il sera suffisamment chaud, grâce aux bourrées de sarment qu’on y aura fait brûler, on fera quelques « fouées » qui seront mangées toutes chaudes avec du beurre dedans.
Et pour amuser les jeunes gens on fera aussi un ou deux «  cornard s», sorte de petits bonshommes en pâte qui se mangeront comme les fouées. Inutile de dire que le tout sera arrosé de « berton » qui, comme le disait Rabelais, « point ne croît en Bretagne mais en bon pays de Véron ».
Nos moulins s’élevaient sur la rive gauche de la Loire, à une distance de sept à huit cents mètres du fleuve.
Ils faisaient face aux moulins de « la Vallée ». Ces derniers se trouvaient au nombre de cinq à l’ouest du bourg de Chouzé-sur-Loire.
Ils étaient tous, aussi bien à Chouzé qu’à Savigny, construits avec une «  trompe » et une « charpente ».
Contrairement à certains qui ornaient le coteau vers Candes, et qui étaient des moulins « à  tours ».
A l’origine, leurs ailes étaient constituées par des armatures de tringles en bois sur lesquelles étaient tendues d’un bout à l’autre de la « verge » des bandes de toile : toile de chanvre, bien entendu, dont la qualité devait être supérieure pour pouvoir résister aux grands coups de vent. Le chanvre était récolté dans le pays même ; les femmes le filaient à la quenouille et le tisserand du village en faisait la toile.
Lorsque le vent soufflait trop fort, et pour diminuer la surface des ailes, le meunier, à l’aide d’une longue perche, décrochait du haut en bas au passage des ailes en mouvement, un côté de la toile : le moulin virait alors moins vite.
Il fallait être adroit, agile, pour faire cette opération ; une fois ma grand’mère ayant manqué le décrochage d’une toile, fut, dans son élan, projetée en avant, et l’aile du moulin, en tournant, l’attrapa par « son cotillon » et l’envoya « verder » sur la toiture de la maison à côté, d’où elle glissa par terre, sans se faire aucun mal à cause du peu de hauteur de la toiture.
Pour remédier à ces accidents qui auraient pu être graves et le progrès aidant, on trouva le moyen de remplacer la toile qui s’usait assez vite, par des planches minces dont la durée était fort longue.
Ces planches avaient 23 cm de large : il y en avait dix par aile. Au repos elles étaient repliées les unes sur les autres. Venait-il une petite brise : vite le meunier montait dans la « charpente » et, grâce à un mécanisme approprié, il « donnait  de la planche », autrement dit il écartait les ailes du moulin qui se mettait en mouvement.
Le vent devenait-il trop fort : du bas de son moulin, le bonhomme tirait une corde qui actionnait dans la « charpente » un engrenage, lequel faisait replier les planches sur elles-mêmes et diminuait ainsi la surface offerte au vent : le moulin tournait moins vite.
Il arrivait bien quelquefois que le vent manquait, même pendant un temps assez long. C’est alors qu’entrait en fonction le « moulin à chevau ».
G. GALLÉ

Les deux moulins des Veaux

Date gravée dans l’entrée du moulin des Veaux

Le moulin des Sablons


Les meuniers de Savigny-en-Véron

Pierre René GALLÉ, meunier, est né le 9 février 1753 à Savigny et a été baptisé le lendemain ; il est le fils de René GALLÉ et Marie DUPUY.
Il épouse Marie JOULIN le 6 mai 1776 à Savigny : elle est née le 29 mai 1749 à Savigny, elle est la fille de Charles JOULIN et de Marie DUPUY.
Les trois enfants du couple naissent au lieu-dit le Petit-Chouzé à Savigny :

  1. Pierre GALLÉ le 30 mai 1777 auteur de la BRANCHE AINÉE
  2. Marie GALLÉ le 7 avril 1781 auteur de la BRANCHE CADETTE
  3. Charles GALLÉ le 5 mars 1785 auteur de la BRANCHE BENJAMINE.

Leur père Pierre René GALLÉ était propriétaire meunier des deux « moulins des Veaux » ; il décèdera à l’âge de 53 ans le 24 mai 1807.
Pour donner à chacun de leurs enfants un moulin en partage, sa veuve Marie JOULIN acheta en 1810, de Jean POITEVIN, originaire de Chinon, le « moulin des Sablons », qui fut construit en 1780 et dont la trompe fut refaite en 1885. Le moulin des Sablons est situé  à environ 300 mètres des deux moulins des Veaux.

Voilà donc les trois enfants de Pierre René GALLÉ, meuniers comme leur père.

La branche aînée

Pierre GALLÉ, meunier, naît le 30 mai 1777 à Savigny. Il épouse en premières noces le 27 novembre 1810 Marie Magdeleine BOISNIER née le 5 janvier 1782 à Savigny : elle est la fille de Maître Antoine BOISNIER et de Magdeleine BESNIER.
Au décès de Marie-Magdeleine le 17 août 1820, il épouse en secondes noces, le 26 novembre 1828 à Avoine, Jeanne LUCE née le 15 janvier 1774 à Chinon veuve de Jean CLÉMENCEAU.

Pierre GALLÉ, meunier, naît le 22 février 1813 de l’union de Pierre GALLÉ et de Marie-Magdeleine BOISNIER.

Il épouse sa cousine Louise GALLÉ, née le 20 août 1820 (fille de son oncle Charles GALLÉ et de Louise BOISNIER, sœur de sa mère branche benjamine) le 24 octobre 1842 à Savigny.

Leur fils Pierre GALLÉ, propriétaire meunier, naît le 10 avril 1846. Il épouse, le 7 octobre 1867 à Savigny, Marie Victoire DUPUY née le 27 mai 1849 à Savigny : elle est la fille de Jean DUPUY et de Victoire MUREAU.

Le fils de Pierre GALLÉ et Marie Victoire DUPUY, Gustave Pierre Victor GALLÉ, naît le 9 décembre 1870 à Savigny.


La branche cadette

Marie GALLÉ naît le 7 avril 1781 à Savigny ; elle épouse le 31 mai 1813 Pierre CLÉMENCEAU, meunier, né le 20 octobre 1788 à Avoine : il est le fils de Pierre CLÉMENCEAU et de Marie GALLÉ.

Naissance des 2 enfants du couple Marie GALLÉ-Pierre CLÉMENCEAU au Petit-Chouzé de Savigny :

  1. Pierre CLÉMENCEAU, cultivateur meunier, le 16 juillet 1814 ; il épouse le 15 octobre 1838 à Savigny Marie-Marguerite MUREAU, fille de Maurice Louis MUREAU et de Marie LAURENCIN (ils auront un fils Pierre Louis né le 2 janvier 1840).
  2. Charles CLÉMENCEAU, meunier, le 16 juin 1821 ; il épouse le 23 juillet 1850 à Saint-Germain-sur-Vienne Marie BABOUARD, née le 11 mai 1831 à Saint-Germain-sur-Vienne, fille de Jacques BABOUARD et de Marie MOIRIN.
    C’est ce second fils, Charles, qui poursuivra le métier de meunier

Du mariage de Charles CLÉMENCEAU et de Marie BABOUARD naît Charles Eugène CLÉMENCEAU, meunier, le 16 janvier 1852 à Savigny. Il épouse le 6 avril 1875 à Savigny  Eléonore Anastasie LAURENCIN, née le 6 novembre 1854 à Savigny, fille d’André LAURENCIN et de Marie BEUGNET.  

Du mariage de Charles Eugène CLÉMENCEAU et d’Éléonore Anastasie LAURENCIN naîtra Charles Alphonse Léonard CLÉMENCEAU au Petit Chouzé de Savigny le 1er décembre 1876, meunier.

Il épouse le 30 septembre 1901 à Savigny Marie Louise « Célestine » LEMAÎTRE, née le 23 février 1882 à Savigny, fille de Pierre LEMAÎTRE et de Jeanne BUISSON.


La branche benjamine

Charles GALLÉ, meunier, naît le 5 mars 1785 au Petit Chouzé au moulin à vent à Savigny (il y décèdera 87 ans plus tard, le 5 janvier 1873). Il épouse le 5 mai 1813 Louise BOISNIER, née le 28 octobre 1791 à Savigny, fille de Maître Antoine BOISNIER et de Madeleine BESNIER.

Naissance des trois enfants du couple Charles GALLÉ-Louise BOISNIER :

  1. Charles GALLÉ, meunier cultivateur, né le 26 septembre 1814 à Savigny ; il épouse le 11 mai 1842 à Savigny Louise GALLÉ, née le 28 février 1814 à Savigny, fille de Gabriel GALLÉ et Marie CHAUVELIN.
  2. Pierre GALLÉ, meunier cultivateur, né le 18 février 1817 à Savigny.
  3. Louise GALLÉ, née le 20 août 1820 au Petit Chouzé de Savigny : elle épouse le 24 octobre 1842 son cousin Pierre GALLÉ (fils de son oncle Pierre GALLÉ et de la sœur de sa mère Marie-Madeleine BOISNIER).

Pour résumer : les frères Pierre et Charles GALLÉ épousent les sœurs Marie-Madeleine et Louise BOISNIER.

La BRANCHE AÎNÉE et la BRANCHE BENJAMINE sont donc confondues pour une partie.


Reprenons à Gustave Pierre Victor GALLÉ, né le 9 décembre 1870 à Savigny, issu de la Branche Ainée et de la Branche Benjamine :

Gustave Pierre Victor, engagé conditionnel d’un an à la mairie de Tours le 8 novembre 1889 pour le 135ème de ligne.
Numéro de recrutement 228 matricule N° 1617 – caporal en septembre 1890 – a obtenu la note « Très bien » – nommé sergent le 17 juillet 1898.
Il est identifié comme mesurant 1m58, avec les cheveux et sourcils noirs et les yeux noirs, le front large,  le nez ordinaire, la bouche moyenne, le menton rond, et le visage ovale.
Son degré d’instruction est relevé de niveau 5.

Rappelé à l’activité par le décret de mobilisation du 1er août 1914, arrivé au corps du 69ème Régiment d’Infanterie le 31 mars 1916.
Détaché pour travaux agricoles du 7 mars 1917 au 9 novembre 1917.
Passé au 66ème Régiment d’Infanterie le 10 novembre 1917.
Libéré du service militaire le 1er décembre 1918.

Entre-temps il épouse le 3 juin 1895 à Chouzé-sur-Loire Marie Joséphine DUFRESNE née le 6 janvier 1873 à Chouzé-sur-Loire, fille d’Amédée DUFRESNE et de Marie MASSÉ.

Il sera le maire de Savigny de juin 1924 à mai 1935.
Il décrira l’histoire de sa famille de meuniers dans le bulletin  « Les amis du vieux Chinon ».

Il décède à 72 ans le 5 novembre 1943 à la Hallebardière à Savigny

Le moulin de Savigny-en-Véron (aquarelle de Jean GROUSSIN, adhérent CGDT)

Sources :
– AD 37-86, base de données CGDT
– Gallica « Bulletin des amis du vieux Chinon »
– Famille SOURIS, propriétaire du moulin des Veaux 1

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