Le « Noble Joué »

Article rédigé par André-Guy ROUSSEAU
du Centre Généalogique de Touraine

Le vignoble de l’appellation d’origine contrôlée « Touraine Noble Joué » est situé sur cinq communes du département d’Indre-et-Loire : Chambray-lès-Tours, Esvres, Joué-lès-Tours, Larçay et Saint-Avertin. Située au sud de Tours, à proximité immédiate de la ville, la zone géographique occupe une partie de l’interfluve entre l’Indre et le Cher, affluents de la Loire.
La dénomination Noble Joué vient à la fois du nom de la commune de Joué-lès-Tours, coeur historique du vignoble, et du terme noble qui désigne dans les grands vignobles les cépages de la famille des « pinots » (meunier, pinot gris, pinot noir).

Son histoire

Réputés meilleurs que les plants indigènes de l’époque, les pinots en provenance de l’est de la France sont introduits à Saint-Avertin à la fin du XIIème siècle.

  • Au XVème siècle, la présence des vins de la zone géographique à la table du roi Louis XI en son château du Plessis-lès-Tours est attestée par les chroniqueurs d’alors.
  • En 1809, le Préfet du département, qui avait reçu mission de son Excellence le Ministre de l’intérieur de faire une évaluation sur l’état des vignes en Indre-et-Loire, indiqua dans sa réponse du 16 mai qu’il mettait en tête ceux de Joué-lès-Tours et de Saint-Avertin. Il signalait également que dans le vignoble de Joué-lès-Tours le plant dit « d’Orléans » produisait un vin noble ; cette réputation de « Noble Joué » durait depuis déjà 70 ans au moins.
  • En 1845 le comte ODART (1778-1866), qui a vécu à Esvres au château de La Dorée où il a créé une collection ampélographique*, a écrit un immense ouvrage « Traité des cépages les plus estimés » et a, lui aussi, cultivé du Noble Joué et participé au renom de ce vin.
  • En 1860, Michel CARILLO, ancien instituteur de Joué-lès-Tours, rappelle dans sa monographie consacrée au « Noble Joué » que les cépages auraient été apportés de Bourgogne vers le règne de Charles VI ou de Louis XI mais n’auraient été cultivés à grande échelle qu’à partir de 1860.
    Le vin était qualifié « d’excellent, d’une finesse absolue, parfumé et d’une couleur carminée modérée ».
  • 1880 : les cépages du Noble Joué disparaissent peu à peu du fait du phylloxéra, des crises viticoles, des aléas climatiques et de l’urbanisation de Tours.
  • 1884 : le vignoble de Saint-Avertin constitué des cépages de Côt, de Gamay, de Folle-Blanche, de Richelais, de Meunier et du fameux Noble Joué a failli totalement disparaître.
  • 1911 : le vignoble compta jusqu’à 840 ha.
  • 1929 : mis à mal par le phylloxéra, le gel de 1929 qui ravage 1/3 du vignoble, les guerres mondiales qui entraînent une pénurie de main d’oeuvre et de produits phytosanitaires, le vignoble connaît une période d’incertitude.
  • 1933 : dans sa monographie consacrée à l’agriculture locale, CONSTANT les évoque en ces termes : « des vins fins de bouteille sont surtout récoltés en faible quantité dans les environs de Tours ; les plus connus sont les « Noble Joué ». Cette notoriété fut d’ailleurs telle qu’elle suscita des fraudes à l’origine faisant passer des vins tout à fait communs pour des vins « Noble Joué ».
  • En 1936, ils n’étaient plus que 16 viticulteurs . L’urbanisation galopante a fait disparaître les vignes et désormais, sur la commune de Saint-Avertin, il ne reste qu’un seul irréductible : le domaine Bernard BLONDEAU.
  • En 1939, une demande de reconnaissance en appellation d’origine contrôlée est déposée mais son examen est repoussé du fait du début des hostilités et tombe dans l’oubli après la fin de la guerre.
  • C’est vers 1975 que quelques vignerons accompagnés par M. PUISAIS directeur du laboratoire de Tours, l’institut national des appellation d’origine et la chambre d’agriculture ont eu l’idée de relancer la production de Noble Joué.
  • En 1976, le vignoble comptait 28 ares.
  • C’est dès 1981 que les producteurs des communes de Joué, Chambray, Saint-Avertin, Larçay et Esvres décident de mettre en commun leur savoir-faire et se regroupent dans ce qui sera plus tard la « Confrérie du Noble Joué ».
  • En 1989, sous l’impulsion de M. Raymond LORY maire de Joué, Louis CHATEAUX son adjoint à la culture, de quelques autres élus et d’André DALUZEAU, la « Confrérie du Noble Joué » voit très officiellement le jour au cours d’un premier chapitre au château de Beaulieu à Joué-lès-Tours.
  • En 1999 on compte 25 ha en production et 5 ha en attente de production.
  • L’appellation d’origine contrôlée « Touraine Noble Joué » est reconnue par le décret du 19 avril 2001 et paraît au Journal Officiel.

Désormais 6 vignerons cultivent une trentaine d’hectares qui ont produit 1803 hectolitres de ce vin gris en 2009 (source : les douanes) : Bernard BLONDEAU, Rémy COSSON, Antoine et Vincent DUPUY, Jérémie PIERRU, Bernard et Michel ROUSSEAU et Jean-Jacques SARD.

(Source : Musée des boissons ; histoire du vin Touraine Noble Joué)
*ampélographie : science qui étudie la vigne, les différents cépages.

Les caractéristiques du Noble Joué
(extrait du cahier des charges du 8 juin 2011)

Les cépages : cépage principal meunier ; cépages complémentaires pinot gris pinot noir.
Sol composé de silex et silex à argile.
Climat océanique : secteur géographique parmi les plus secs et les plus doux du département d’Indre-et-Loire, les précipitations sur l’agglomération de Tours s’élevant en moyenne à 650 mm par an.
L’appellation d’origine contrôlée « Touraine Noble Joué » est réservée aux vins tranquilles rosés.

Le Comte ODART

Alexandre-Pierre ODART naquit le 1er mai 1778 au château de Prézault à Parçay-sur-Vienne. En 1787 à l’âge de 9 ans il fut mis au collège des Bénédictins de Saint-Maur à Pontlevoy. Il y resta jusqu’en 1793, année où les Bénédictins durent abandonner le collège. Durant la même année le père d’Alexandre-Pierre fut emprisonné à Loches puis à Blois en qualité de parent d’émigré et tous ses biens furent mis sous séquestre. Le jeune Alexandre-Pierre rejoignit son père à la prison de Blois. Ils furent libérés après le 27 juillet 1794, date de la mort de Robespierre, puis tous les deux retournèrent en Touraine.
En 1800, ayant terminé ses études à Polytechnique, il renonça à la carrière militaire pour se livrer à l’agriculture sur les vastes domaines familiaux dont les séquestres venaient d’être levés et s’installa sur ses terres de Beauregard à Cheillé où il résida jusqu’en 1815. Après la mort de son père en 1801 et de sa mère en 1803, Alexandre-Pierre et son frère Henri-Louis se partagèrent équitablement l’important héritage. Le 26 novembre 1805 Alexandre-Pierre acquit le domaine de la Dorée à Esvres-sur-Indre qui s’étendait sur 137 hectares. Le 26 décembre 1814 il épousa Marie-Charlotte BONNIN de la BONNINIERE de BEAUMONT au château de la Motte Sonzay.
En 1815 il s’installa sur le domaine de la Dorée où il résida jusqu’à son décès. De plus en plus accaparé par ses expériences en agronomie et en viticulture, il dut démissionner de son poste de maire d’Esvres qu’il occupa de février 1818 à janvier 1826, bien que très apprécié de la population.
Le comte Alexandre-Pierre ODART décéda le 20 août 1866 au domicile de son gendre à Tours.

(Sources : Wikipédia-Geneanet)

Arbre généalogique d’Alexandre-Pierre ODART

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VAGNINI Hélène
9 mois plus tôt

tres bel article. Moi qui suis d’un pays de vin … (Vouvray…) je viens d’en apprendre très long sur les vignes du Noble Joué ! Merci

DELAHAYE Charles Henri
DELAHAYE Charles Henri
9 mois plus tôt

Passionnant ; et heureusement que de temps en temps, des histoires de ce genre finissent bien !

CHARRON Jacques
CHARRON Jacques
9 mois plus tôt

Moi qui viens d’ailleurs, cet article m’a beaucoup intéressé. Je ne savais quasiment rien sur le Noble Joué. Mon ignorance commence à s’effacer grâce à cet agréable texte en tous points précis. Merci beaucoup.

Marie ALDRIN
Marie ALDRIN
6 mois plus tôt

C’est toujours très intéressant de lire des articles sur les vignobles tourangeaux, merci.
Le Comte Odart en est vraiment un des piliers. C’est fou ce qu’il a fait pour l’amélioration des vignobles tourangeaux. [La parisienne du côté de Cheillé par exemple, c’est lui ! (Si cela vous intéresse de savoir pourquoi, je vous invite à lire l’article : Le cépage dans les annales de la société d’agriculture, sciences etc… de 1875)]