H comme Huit siècles pour maîtriser un fleuve…

Article rédigé par Daniel FOULLON
du Centre Généalogique de Touraine

Depuis que l’homme habite ses rivages, les crues récurrentes du fleuve sont un souci permanent pour ses riverains.

La vallée naturelle

En Touraine et en Anjou apparaissent de place en place des monticules insubmersibles où les habitants se fixaient, dénommés « varennes » en Touraine ou  « turcies » en  Anjou.

Ils s’échelonnent d’Amboise à Saint-Genouph.

A Tours trois buttes témoignent de cet ancien relief : l’entourage du Musée des Beaux-Arts actuel, l’église Saint-Julien et le quartier Plumereau.

Les premiers travaux

Les premières levées furent édifiées en Anjou, sur ordre de Henri II Plantagenêt au XIIème siècle. Les travaux s’étalèrent jusqu’au XIXème. Une charte d’Henri II Plantagenêt datant de 1160 est l’attestation la plus ancienne connue de la construction de levées ; bien que certains historiens pensent que Louis le Pieux soit le premier à avoir eu l’idée de construire des protections en 821.

Ces premiers travaux ne portent pas le nom de levées, elles sont appelées turcies du mots latin turgere (être enflé). Ce sont de simples remblais entre deux monticules submergés lors d’importantes crues.

Les différents rois portent intérêt aux crues de la Loire :

  • Charles IX nomme un agent des turcies.
  • Henri III nomme deux commissaires.
  • Henri IV nomme un intendant des turcies et levées.

Le XVIIème siècle est particulièrement touché par d’importantes crues :

  • 1608 en juin et octobre
  • 1615 la plus dévastatrice
  • 1615 à 1633 : 10 grandes crues inondent la vallée dont celle de 1629 qui restera dans les mémoires.

En 1629 le Conseil royal de Louis XIII propose de créer des déchargeoirs : inondations volontaires de terres non cultivées afin d’éviter la rupture à proximité des villages.

Les levées modernes

En 1688, Colbert lance un programme de construction de levées insubmersibles.

Suite aux inondations catastrophiques de 1707, 1710 et 1711, la hauteur des levées est portée à 6,71 mètres au-dessus de l’étiage (soit 22 pieds) avec une base équivalente à 6 fois la hauteur : ces nouvelles mesures permettent de contenir le fleuve.

Le projet de déchargeoirs est abandonné en 1733 par l’ingénieur des turcies et levées, Louis de Règemortes.

Les différents gouvernements de la Révolution négligent l’entretien des levées : le service des levées et turcies est dissous en 1790.

L’intérêt pour les levées est suspendu jusqu’à la crue de 1846 : cette crue surprend le Service des Ponts et Chaussées qui remplace le Service des levées et turcies dissous.

Levée à La Chapelle-aux-Naux dans sa conception initiale

Les ingénieurs proposent alors de cartographier le cours du fleuve de Saint-Nazaire à Roanne.
En raison des 160 brèches causées par la crue de 1856, l’ingénieur Comoy propose de reprendre les suggestions émises en 1629 : c’est la création de déversoirs ou de levées fusibles qui s’avère la moins coûteuse.

Le déversoir Jargeau
La levée fusible de Villandry

La cause des levées tombe dans l’oubli dans la première moitié du XXème siècle par manque de grandes crues.

Dans la deuxième moitié du XXème, les ponts et chaussées entretiennent les levées par des élargissements et des renforcements. La construction de barrages écrêteurs est entreprise.

Huit siècles ont été nécessaires pour maîtriser un fleuve qui, peut-être, nous réserve encore des surprises !

La Loire à Tours vue du coteau de Saint-Cyr, gravure ancienne – Archives Municipales de Tours


Sources :

  • Roger Dion : Histoire des levées de la Loire
  • Samuel Guillou et Jean Maurin : Les levées et turcies du plan Loire – Huit siècles d’évolution
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VAGNINI Hélène
VAGNINI Hélène
10 mois plus tôt

C’est excessivement intéressant, merci pour cet article. HV

Claude christ
Claude christ
10 mois plus tôt

Article à faire connaitre aux personnes qui ne comprennent pas toujours le pourquoi des travaux actuellement réalisés sur les levées entre Tours et Amboise.