Mort tragique de Charles BOUQUIN

Article rédigé par Catherine ROUQUET, complété par Guy ROUSSEAU, du Centre Généalogique de Touraine

Registres paroissiaux Saint-Avertin 1744

Le vingt sixième jour de decembre mil sept
cent quarente quatre, a été inhumé dans le cimetiere de cette
paroisse Charles Bouquin pierrier il mourut hier d’une mort bien tragique et bien triste
pour sa famille : ce malheureux en travaillant la veille de Noel aux carrières
situées en cette paroisse à l’ordre de Monsieur Clairet entrepreneur
du grand chemin d’Espagne, se trouva tout à coup enseveli sous
les ruines d’un rocher ; la masse prodigieuse de pierres et
de terre qui s’etoit écroullée, fit croire d’abord qu’il étoit écrasé
mais le St Jour de Noel, après avoir recommandé le repos de son
ame aux prieres des paroissiens, je les exhortai de se transporter
sur le lieu ou le malheur étoit arrivé, afin de le vuidanger et enlever
son cadavre pour lui donner la sepulture chretienne. Je m’y transportai
en personne accompagné du sindic, et nous fûmes etrangement
surpris en arrivant d’entendre la voix de cet homme qui déploroit
son malheureux sort, je l’exhortai a prendre courage, en lui disant
que j’allois faire travailler sans relache pour lui procurer une
prompte délivrance François Moyou tres habile dans le metier
de pierrier travailla pendant une heure avec un courage sans
égal, nous eûmes enfin la consolation d’appercevoir un bras et
puis le visage de ce malheureux, l’un et l’autre meurtris, ce qui donna
à penser qu’il avoit tous les membres brisés la posture ou il se
trouvoit faisoit horreur, il demanda à boire disant qu’il mouroit
de soif, on lui donna un verre d’eau de vie qui le fortifia, il se
confessa avec une grande présence d’esprit il rendit à Dieu de
grandes actions de graces au milieu de son desastre, de ce qu’il ne
mouroit pas sans sacremens, je lui administrai l’extrême onction
je me retirai pour faire place a notre excellent ouvrier lorsqu’une pierre
pouvant peser quatre livres se detacha et lui tomba sur le bras ; cet
homme ne perdit point courage il se mit en devoir d’ôter toutes les pierres
qui accabloient ce pauvre malheureux, la première qu’il ôta et qu’il
avoit sur la poitrine pouvoit peser vingt cinq livres la 2è quinze
ces deux pierres occasionnerent la chute de plusieurs autres
l’ecroullement cessa enfin, et on eût la liberté de lui dégager le
corps jusqu’a la ceinture, mais il ne fut pas possible de vuidanger
les terres et pierres qui tomboient sur les parties inférieures, elles se
renouvelloient par des masses accablantes qui firent appréhender aux
ouvriers un ecroullement general qui les auroit eux mêmes ensevelis.
Dans cette extremité on eut recours a des toiles qu’on passa sous
les aisselles du patient et deux hommes robustes firent a plusieurs
reprises de vains efforts pour le tirer de son etroite prison; on fut
enfin obligé de prendre des cordages ; mais avant d’en venir a ce
dernier effort, je l’exhortai a se soumettre a la volonté de Dieu,
il me dit qu’il n’avoit plus regret de mourir depuis qu’il avoit reçû les
sacremens il me recommanda sa femme et ses enfans, quatre hommes
des plus robustes l’arracherent enfin, et comme il passa subitement
d’un endroit fort chaud a un air tres froid, nous eûmes soin de
le couvrir de manteaux, car il etoit nud en chemise, nous lui
fimes boire un verre d’eau de vie, mais le pauvre homme ne
survecut a cette torture qu’une demie heure, il etoit agé de
42 ans, d’une complexion forte et vigoureuse, de la hauteur de
cinq pied sept pouces ; son fils qui s’appercût le premier que le
rocher se detachoit, lui cria en s’enfuyant lui même
sauvez vous mon pere son enterrement a été célébré présence
de Jean Le Compte sindic, de Martin Aubert qui ont signer et
de plusieurs autres qui ont declare ne scavoir signer. Thion Curé

Généalogie Charles BOUQUIN

Le dédale de ces carrières a connu de nombreux égarés, en particulier de jeunes imprudents.
Le 11 novembre 1921, un habitant s’aventure à la lueur d’une bougie et se perd. On le retrouve le lendemain mais sa santé en demeure ébranlée et il meurt peu après.
Le 2 novembre 1947, quatre jeunes gens disparus furent retrouvés par René BADIER et son père à 2 h du matin après 36 h de recherche (idem 3 jeunes gens en juin 1949 et 2 autres en 1964).
Le 1er avril 1970, six enfants de la cité de Château-Fraisier se perdent ; ils sortent seuls le lendemain tandis que R. BADIER et les membres du Spéléo Club de Touraine passent toute la nuit à leur recherche.
En juin 1976, un spéléologue effectue une expérience d’isolement pendant 15 jours.

Dans un prochain article, je vous invite à découvrir l’histoire de ces carrières et bien d’autres anecdotes…




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Charles Henri DELAHAYE
Charles Henri DELAHAYE
9 mois plus tôt

Hallucinant, et tragique !