R comme Rigny-Ussé et Bréhémont, berceaux du chanvre

Article de Monique GROUSSIN du Centre Généalogique de Touraine rédigé pour le 40ème anniversaire du CGDT avec la collaboration des Rouissons d’Bréhémont, anciens cultivateurs de chanvre

Au début du XVème siècle, les villages cultivaient déjà du chanvre. Durant la Révolution de 1789, la production s’intensifia car l’État avait un fort besoin de chanvre pour faire la guerre (corderie et voiles de bateaux).

La culture du chanvre

Le chanvre était cultivé un peu partout en France, mais la région de Bréhémont était favorisée grâce à la proximité de la Loire, de l’Indre et du Vieux Cher à la fois pour la culture, le rouissage et le transport.
La production augmentera sans cesse jusqu’en 1853.

Au début du XIXème siècle, le chènevis était importé du Piémont en Italie. Puis les chanvriers de Bréhémont et Rigny ont produit des semences qu’ils revendaient dans toute la vallée de la Loire, semences de 2ème génération (utilisées pour la fabrication de toile) et de 3ème génération (pour la production de chanvre destiné à la corderie) appelées « fils et petit-fils de Piémont ».
A partir de 1892, la culture du chanvre a été aidée par l’État grâce à une subvention destinée à aider la culture chanvrière à concurrencer l’importation de l’étranger de chanvre à bas coût.

Le terrain est bêché par le cultivateur, puis le chanvre est semé en mai et arraché en 2 fois : le chanvre mâle, récolté en juillet-août, rouissait plus rapidement que le chanvre femelle qui lui n’est mûr qu’en septembre.

Le geste du semeur

La culture du chanvre était très prospère et chaque parcelle de culture était optimisée. Le terrain était bêché par le cultivateur, et le chanvre transporté à la brouette ou à la charrette à chiens afin de limiter la largeur des chemins et la surface de non-culture qui aurait été nécessaire si des chevaux avaient été utilisés.

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La récolte du chanvre

  • Arrachage ou fauchage

Le chanvre est de préférence arraché, pour ne pas perdre les fibres contenues dans la racine. Les tiges sont liées ensemble par douze pour constituer une « poignée ».

  • Transport pour le rouissage

Le rouissage consiste à laisser la tige plusieurs jours couchée sur un sol humide (méthode plutôt utilisée pour le lin), ou à l’immerger dans des fosses à eau appelées « routoirs », jusqu’à ce que les moisissures finissent par dissoudre la pectine, matière gommeuse qui emprisonne les fibres du chanvre ; le rouissage peut également se faire dans une mare d’eau, mais les fibres obtenues sont de mauvaise qualité et donc moins bien payées (plus l’eau est courante, plus la filasse obtenue est blonde et recherchée). Le rouissage dans cette région était de bonne qualité et l’on obtenait de la filasse blanche pour la toile de ménage la plus fine.
Le rouissage dans la Loire était interdit à cause de la battellerie, car les rouisseurs posaient des piquets pour maintenir les fagots entre deux eaux : les cordages cassaient et les bateaux se plantaient sur les piquets.

  • Séchage après rouissage et confection de fagots
  • Fin de séchage en bourdeaux et dans les fours où le chanvre est mis à sécher durant environ 12 heures.
Séchage en bourdeaux
  • L’érussage ou séparation de l’écorce de la fibre : les fibres représentent en volume moins du tiers de la tige constituée, pour l’essentiel, d’un bois spongieux, la « chènevotte ».
  • Le broyage est effectué parfois avec un simple maillet qui tape sur les tiges jusqu’à ce qu’elles deviennent un paquet de fibres grossières. Plus souvent on utilise la broie (ou braie), sorte de mâchoire en bois qui brise les tiges mais pas les fibres. Ce broyage, effectué en décembre, permet d’obtenir la filasse.
Préparation des balles de chanvre pour l’expédition

Au XVIIIème siècle, lors d’importantes expéditions, les chanvriers faisaient appel aux propriétaires de chevaux de Rivarennes pour transporter le chanvre vers le port de Bréhémont où étaient chargés les bateaux destinés aux industriels. Les producteurs de chanvre alimentaient :

  • la corderie de Rochefort,
  • les fabriques angevines de toile à voile pour les marines de guerre et de commerce,
  • les tisserands des caves de Langeais,
  • les cordiers de Saumur qui achetaient les racines de chanvre, appelés « beaudre », pour faire de la ficelle qui n’était pas très solide mais ne coûtait pas cher.

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Gérard HENRY, cultivateur et chanvrier à Bréhémont

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Claude christ
Claude christ
10 mois plus tôt

Article intéressant sur un métier souvent méconnu des jeunes générations, et qui était nécessaire pour les mariniers de nos rivières à l’époque ou le moteur n’existait pas. Les voiles ou les cordages pour le hallage étaient les seuls moyens pour naviguer contre le courant. Dans mon étude sur les mariniers d’Azay sur Cher, j’ai effectivement trouvé des « cordiers » qui étaient complémentaires des « charpentiers en bateau ».

CHARRON
CHARRON
10 mois plus tôt

Merci à tous les participants à la somme qui rassemble les contributions de chacune des recherches. Les sujets traités suscitent une saine curiosité sur la vie et le labeur constitutifs de métiers aujourd’hui, disparus. Bravo.