R comme… Le ROUX-DALLOZ Pauline au domaine de la Tortinière

Article de Patricia PILLORGER du Centre Généalogique de Touraine

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Située sur les hauteurs de Veigné, la gentilhommière du domaine de la Tortinière fut rasée pour être remplacée par l’actuel château. Le domaine avait été racheté par Pauline Le ROULX-DALLOZ en mars 1861 avec l’héritage laissé par son père, propriétaire de plusieurs domaines sur la commune Veigné dont il fut maire.

Elle confia le projet à l’architecte Jean Charles JACQUEMIN (quelques années auparavant celui-ci avait construit son hôtel particulier à Saint-Symphorien).

Le château est construit dans le style Renaissance, comme son voisin d’Azay-le-Rideau, avec les principes de construction du XIXème. La façade sud est ornée d’un blason aux deux « D » enlacés pour DALLOZ et de LAVILLE Le ROULX. Les essences plantées dans le parc sont variées, une orangerie semi-souterraine a été créée, un bel écrin de verdure pour le château. Le château n’est pas très grand, il a seulement la vocation d’accueillir pendant l’été la chatelaine, ses enfants et ses petits-enfants. Le rez-de-chaussée compte une salle à manger, un grand salon, un plus petit et un hall de réception. L’étage et les combles comptent chacun 4 chambres principales et des pièces de services.

Le château de la Tortinière a été témoin de plusieurs faits historiques : signature dans un des salons du château de la reddition de la ville de Tours aux Prussiens pendant la Guerre de 1870, visite en mars 1871 de Frédéric III roi de Prusse et futur empereur d’Allemagne, installation de l’état-major allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, visite des présidents de la République Georges POMPIDOU puis Valéry GISCARD d’ESTAING.

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Pauline Le ROULX de La VILLE est née le 16 avril 1816 à Paris (75), fille aînée de Justinien Le ROULX et Estelle PETTIT. Âgée de 20 ans, elle épouse le 14 septembre 1836 à Paris Armand DALLOZ, avocat, de 20 ans son aîné. Le couple a 3 enfants : Marie, née le 7 novembre 1838 ; Louise, née le 24 mai 1840 et Elisabeth, née le 3 mai 1844. Devenue veuve à 41 ans, Pauline ne se remarie pas et veille à ce que ses filles réalisent de « beaux » mariages.

Pauline est issue d’une famille bourgeoise d’avocats et magistrats nantais prénommée Le ROULX, patronyme auquel a été ajouté un nom de terre de La VILLE d’où LE ROULX de La VILLE ou DELAVILLE LEROULX. Les armes de la famille sont enregistrées dans l’Armorial général de 1696, « d’argent à une croix ancrée cantonnée de quatre étoiles de même ». Son père et son oncle paternel sont venus s’installer en Touraine au XIXème, l’un à Veigné et l’autre à Monts. 

Son père, Laurent Justinien Le ROULX de la VILLE, né en 1782 à Gand en Belgique, fonctionnaire en Italie puis en Illyrie sous l’Empire, est le secrétaire général du ministre de l’Intérieur pendant les Cent jours. Il épouse Cornélie Estelle PETTIT, fille d’un agent de change parisien, le 30 mai 1815 à Paris. Ils ont 4 enfants. Succédant à son beau-père, il s’établit comme agent de change, commanditaire de la Banque Rothschild.

En 1821, le couple s’installe à Veigné où Justinien a acquis le domaine de la Guéritaulde, puis celui de la Belle-Jonchère et le moulin du Lavoir en 1828, et la ferme de Varennes en 1847. Justinien fait évoluer l’agriculture en imposant de nouvelles cultures aux fermiers de ses domaines et en les outillant avec des machines à battre le blé et des charrues perfectionnées. Il est élu maire de Veigné le 27 juillet 1846 et décède le 11 janvier 1861 à Paris.

Son grand-père, Joseph LEROULX de La VILLE, né en 1747 au Blanc (36), fait ses études à Paris et part pour les Pays-Bas, à l’âge de 20 ans. D’abord professeur de langues, il s’installe comme négociant en denrées coloniales ; il épouse le 24 novembre 1771 à Amsterdam Marie Thérèse LEFEVRE, originaire du diocèse d’Anvers et d’une famille propriétaire d’une manufacture de cuivre et de bronze en Suède. Le couple, qui aura 10 enfants, s’installe à Gand en Belgique avant de déménager à Lorient (56) en Bretagne, où Joseph est employé par la Compagnie des Indes. Veuf, il épouse le 25 juin 1796 à Chenonceaux Suzanne DUPIN de Francueil, cette seconde union est sans postérité. Le frère consanguin de Suzanne, Maurice DUPIN, est le père d’Aurore DUPIN dite « George Sand ».

Franc-maçon de la Loge de Lorient, Joseph est élu représentant du Tiers-État puis député à l’Assemblée nationale. Pendant la Terreur, il est incarcéré début juillet 1794. Libéré par la chute de Robespierre, il est élu à la municipalité de Lorient puis sénateur en 1800. Il meurt subitement dans le grand escalier des Tuileries à Paris le 2 avril 1803 en se rendant dîner avec Jean-Nicolas CORVISART chez le Premier Consul.

Son arrière-grand-père, Joseph LEROULX, sieur de La VILLE, né en 1695 à Nantes (44) est avocat au Parlement. Domicilié à Paris, il épouse Elisabeth SELLIER le 25 février 1732 à Orléans (45). Il s’établit ensuite en Berry lorsqu’il est nommé Sénéchal du Blanc où il décède le 17 mars 1762. Le couple a eu au moins 4 enfants.

Son quadrisaïeul, Joseph LEROULX, né à Nantes en 1668, est conseiller du Roi et avocat au siège présidial de Nantes, maire alternatif et triennal de Nantes en 1707. Il épouse le 20 juin 1693 à Nantes Marie BONNET, fille de Louis BONNET, procureur du Roi à Nantes, puis le 28 juillet 1711 au Grand-Fougeray (35) Margueritte ROUILLE. Il décède le 23 août 1738 à Grandchamps-des-Fontaines (44). Il a au moins 4 enfants nés de sa première union.

Arbre patronymique ascendant de Pauline LE ROULX-DALLOZ


Sources :
Archives départementales, registres paroissiaux et d’état civil
Magazine de la Touraine, La Tortinière à Veigné, 3ème trimestre 1998
Les ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire, dictionnaire biographique, René LEROULX DELAVILLE

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DUVEAU CATHERINE
DUVEAU CATHERINE
15 jours plus tôt

Bonsoir
J’ai lu votre article avec intérêt car la maison que j’habite près de la tortiniere a appartenu à la famille DALLOZ très liée à la famille MAME imprimeur bien connue en touraine – j’ai copie d’un acte de propriété en date de 1928 et je souhaite continuer à faire la genealogie de ma maison partie prenante d’une ancienne ferme tourangelle – bien à vous

Patricia PILLORGER
Patricia PILLORGER
14 jours plus tôt

Bonsoir Catherine,
Je vous remercie pour votre intérêt. Faire la généalogie immobilière est également très enrichissant, les actes notariés sont une source inestimable. Et si vous souhaitez partager vos recherches n’hésitez pas à revenir vers le Centre généalogique de Touraine. Bien à vous