
Article de Martine SENNEGOND
adhérente du
Centre Généalogique de Touraine

Quand je remonte le fil de mes ascendants paternels, depuis 1700, tous ont vécu au bord de la Loire. Le premier retrouvé était né le 21 mai 1701 à Luynes : sur un acte de 1758 il est dit « maître pêcheur de poissons ».
Depuis cette date, à chaque génération, on retrouve un, voire plusieurs pêcheurs ou « marinier par eau » ou voiturier. Les femmes se marient avec des pêcheurs ; les hommes, eux, épousent des filles de pêcheurs ou de « charpentiers en bateaux ».
Bien sûr, ils n’habitaient pas très loin de leur lieu de travail : la Loire. De Luynes, ils ont tout d’abord remonté la Loire jusqu’à Saint-Cyr puis, après l’avoir traversée, ils sont redescendus sur l’autre rive à Saint-Genouph, La Chapelle-aux-Naux puis Bréhémont depuis 1850.
Le dernier pêcheur fut mon grand-père Robert SENNEGOND : il a péché ses derniers saumons en 1970.
La technique du filet-barrage
Le filet-barrage, posé en travers de la Loire, est une technique de pêche ancestrale.
C’est une pêche qui demande une autorisation spéciale et des droits de pêche. Aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, un droit de pêche était accordé par fermage, signé devant notaire. Plus le montant du fermage était élevé plus la quantité de poissons que l’on pouvait pêcher était importante. Ensuite, c’est devenu un système de concessions attribuées par l’état contre redevance.
Le dispositif était constitué d’un filet fixe maintenu par de gros pieux dont le bout taillé en fourche permettait l’accrochage au fond de l’eau. Ce filet ne devait pas prendre toute la largeur du fleuve, le plus souvent il barrait uniquement un bras pour laisser libre passage aux bateaux.
Au départ, les filets étaient réalisés avec du fil de chanvre (de récolte locale) ; ensuite le coton, plus résistant, l’a remplacé.
Au milieu de ce système était placée la partie mobile, sorte de carrelet relié à la toue cabanée. Sur cette partie mobile des petits fils étaient reliés tous ensemble sur un morceau de bois tenu dans la main du pêcheur.
Le poisson arrivait sur le filet fixe, le suivait jusqu’à cette partie mobile qu’il faisait bouger. Ce mouvement se répercutait via les fils dans la main du pêcheur qui n’avait plus qu’à relever rapidement la partie mobile pour récupérer ces prises.
Avec l’aide de mon père, Michel SENNEGOND, j’ai essayé de reconstituer le système d’accroche du filet, à l’aide du schéma suivant :
Cette pêche se pratiquait par équipe de 2 personnes ; la cabane sur la toue servait d’abri pour prendre les repas et s’abriter en cas de mauvais temps et même y passer la nuit.
A l’époque, la pollution et l’introduction des silures n’avaient pas encore fait disparaître les espèces nobles : saumon, alose, sandre, brochet. Ces espèces-là étaient commandées à l’avance par les notables, ou vendues aux restaurateurs qui les préparaient avec le beurre blanc, spécialité régionale.
Un vivier, à l’arrière des toues plates qui servaient à la communication entre la rive et le barrage, permettait de les conserver quelques jours.
Les espèces moins nobles (carpes, perches, mulets, brèmes, barbillons) servaient à la consommation des pêcheurs ou étaient vendues dans les villages voisins. Avec la démocratisation de l’automobile, ma grand-mère a même passé son permis de conduire, à plus de 50 ans, lui permettant de livrer les commandes et d’aller vendre le solde dans des villages plus éloignés !
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Un autre type de carrelet servait, avec la toue plate, pour pêcher la friture de Loire. Un relevé de carrelet permettait de remonter un seau plein de friture, de quoi donner des complexes à beaucoup de pêcheurs à la ligne. D’ailleurs depuis quelques années, les pêcheurs professionnels ne doivent pas travailler le week-end pour ne pas gêner les pêcheurs du dimanche.
Il existait également un autre mode de pêche avec des nasses, ou « verveux à coiffe » selon le terme technique : le pêcheur allait les tendre le soir pour retourner les chercher le lendemain dès le lever du jour.
Là, tout est question d’expérience et de connaissance des bons coins pour retrouver son filet plein.
Ces filets servaient surtout pour les anguilles, mais on y retrouvait aussi toutes sortes de variétés, y compris parfois des castors ou des ragondins pris au piège.
Mon père ne pratiquait plus la pêche mais a toujours gardé un permis de pêche qui lui permettait de tendre des nasses qu’il fabriquait lui-même.

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Un métier très dur
C’était un métier très dur avec son lot de risques. Ainsi Martin Cyr Sennegond et son fils Clément, âgé de 14 ans, sont décédés noyés dans la Loire le 26 novembre 1846 (noyade mentionnée dans l’acte de mariage de Martin Désiré, l’autre fils de Martin Cyr) .
Il n’était pas rare que les pêcheurs remontent des noyés dans leur filets ou sauvent des personnes en difficulté.
Plus originale est la découverte de mon grand-oncle Louis en 1894 : voici ci-dessous l’histoire de cette découverte, racontée par J. MAURICE dans son livre « Azay-le-Rideau et sa région à travers l’Histoire » :

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Généalogie des SENNEGOND, pêcheurs en Loire
Image de fond : AD37 – Collections de Touraine – Fonds BUOT
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L’histoire de la bombarde apporte une touche d’originalité inattendue qui méritait assurément sa publication. Merci