Q comme Quelques autres moulins de Vernou-sur-Brenne

Article d’Hélène VAGNINI, Présidente d’honneur et membre du Centre Généalogique de Touraine

Le nombre de moulins dans le bourg de Vernou est important : le Moulin Banal, le Moulin à Fourbir Harnois, les deux  Moulins des Landes, le moulin Garnier, le moulin Griard… Et dans les vallées, trois moulins sont recensés : le Moulin de Villemereau, le Moulin d’Angibault et le Moulin Courtemanche qui ont toujours été des moulins à blé.

Source : AD37 ref 10Fi270-0018

Le Moulin à foulon dit Griard

Je n’ai trouvé aucune mention du moulin Griard avant 1754, mais il pourrait avoir été construit au début du XVIIIème siècle. J’ignore pour quelle raison on a jugé nécessaire de construire un autre moulin si proche du moulin Garnier et du moulin des Landes…

  • 31 décembre 1754 : vente du moulin Griard à René FERRON, fermier de la Baronnie de Vernou. Il s’agit d’un moulin à foulon. Les vendeurs sont René GAUDIN, maçon à Saumur ( présent à Tours logé à l’Hôtel des Trois Ecus), Joachim GAUDIN maçon demeurant à Saumur et Françoise GAUDIN domestique à Tours, tous les trois enfants et seuls héritiers de Jean GAUDIN, foulon, et Jeanne BREUSIN. 
    Le moulin est ainsi décrit à cette date :
    La maison et moulin à fouler étoffes, appelé le Moulin Griard sur la rivière de « Branne » descendant au Pont de Cosson, joignant du couchant la rivière de Brenne, du levant les Communs (prés communaux) de Vernou, du Nord Blaise Deshayes fermier du moulin Garnier.
    Ledit moulin Griard relevant du fief et  Baronnie de Vernou, chargé des cens et rentes anciennes et accoutumées et 4 Livres de rente vers la Fabrique ou Cure de la paroisse Saint-Etienne de Tours.
    (Le moulin Garnier et le moulin Griard  sont liés et c’est le même meunier qui exploite les deux).

Le Moulin des Landes

Source : AD37 réf 10Fi270-0035 – Le Moulin des Landes

L’ensemble du domaine est composé actuellement de 5 bâtiments. Au centre, un double pavillon en équerre construit vers 1625 pour Louis de HOUDAN des LANDES, escuyer, qui a donné son nom au moulin.

Descendance de Louis Houdan des LANDES, escuyer

A cette date, on le décrit ainsi : le moulin à fouller estoffe, appelé le moulin à foulon des Landes, situé proche le bourg, avec jardin, renfermé en partie de murs et de la rivière de la Bransle (autre bief de la Brenne).

  • Un acte du 20 février  1754, stipule que le Sieur René FERRON, marchand fermier général de la baronnie de Vernou comme ayant charge verbale des biens du Sieur Victor MOUYS, bourgeois de Tours,  baille à ferme le moulin à foulon des Landes, au Sieur François DESHAYES, foulon.
  • Le 8 avril 1754, René FERRON achète le moulin des Landes au sieur Victor MOUYS.
  • Le 13 décembre 1756, René FERRON, époux de Catherine BONGARS, a décidé de construire de nouveaux bâtiments ainsi qu’un moulin à blé. Pour des raisons financières, il lui a fallu obtenir la permission du seigneur de la Baronnie, l’archevêque de Tours,  ce qui lui fut accordé.
    Les autres propriétaires des moulins de Vernou et de Chançay ne semblent pas avoir été satisfaits de cette décision et ont menacé ledit FERRON de l’empêcher de construire son nouveau moulin. Mais les travaux ont continué malgré tout et « dans les défouillements qu’il a fait faire pour en établir  les fondements » (fondations), il s’est trouvé qu’il y a eu au même endroit anciennement un moulin » et que le fait a été attesté par plusieurs personnes qui s’en souvenaient… et ne savaient plus « sy s’estoit un moulin à blé ou d’une autre nature« .
    C’est également René FERRON qui fait ouvrir une nouvelle rivière (un bief) à l’Ouest du moulin, comme cela apparaît sur le plan d’après 1756. En 1792, André FERRON, fils de René FERRON et Catherine BONGARS, en est encore propriétaire.
  • Le 22 juin 1778 et le 25 novembre 1778, un partage des biens a lieu par Catherine BONGARS, veuve René FERRON, à ses cinq enfants (pour 1/5ème chacun). A cette date, il est décrit ainsi :
    Un grand corps de bâtiment situé au bout des Ponts de Bois de Vernou, composé d’une  chambre à cheminée ayant son entrée au midi avec plusieurs marches pour y monter, une autre chambre à cheminée  au couchant attenant à la précédente,  un « colidor » (sic), deux chambres hautes à cheminée, une cuisine au midi et plusieurs marches pour en descendre. Deux  celliers au midi avec deux chambres à cheminée au-dessus, une chambre haute à cheminée au-dessus d’icelles, « planchayées », un petit grenier, un grenier et comble le tout couvert de tuiles et ardoises. Un degré (escalier) tournant pour monter aux chambres et greniers. Un grenier au-dessus d’une grange attenante à la première chambre. Un atelier au midi de la cuisine dans lequel est un moulin à blé garni de ses ustensiles ayant sa porte au levant, une chambre basse, un cabinet, grenier et comble le tout couvert d’ardoises.
    Une grange au couchant autrefois servant d’atelier en laquelle était avant un moulin à blé, une chambre au-dessus sans cheminée, grenier et combles, le tout couvert de tuiles.
    Entre la grange et le bâtiment passe la rivière par dessous.
    Au levant, une porte pour entrer dans la cour, une grange à côté, une chambre au-dessus sans cheminée, une boulangerie, deux écuries, grenier et comble, le tout couvert de tuiles et ardoises, un escalier en pierre entre la boulangerie et la grange, un jardin au levant et au midi, cour et ousche au couchant.
  • Un acte de 1838, concernant l’Hostel-Noble, précise que le moulin des Landes a été acquis le 31 août 1815  du Sieur Michel Jean Sébastien FERRON par César-Joseph BACOT propriétaire de l’Hostel-Noble.

En 1851 MOREAU, fermier de Monsieur BACOT de Romand, avec l’accord de ce dernier, transforma le moulin tant sur le plan technique (nouveau système à double harnais et deux paires de meules) que sur le plan agrandissement par la surélévation de la partie nord de la halle du moulin, et l’élargissement du chenal de la roue hydraulique.
Ce moulin fonctionnait encore au début du XXème siècle.

(extrait de « Naissance d’un bourg ligérien au cœur de la Touraine : Vernou-sur-Brenne » (2005) édité par le Conseil Général de Touraine) et des six suppléments à la suite (auteure Hélène Vagnini).


Les Moulins dans les vallées

La Prévosté du Château de Jallanges et le Moulin de Villemereau

La « Prévosté » est une appellation ancienne antérieure au XVème siècle, le prévost ayant été remplacé par un « fermier général » qui assurait un service presque identique.

  • En 1386 c’est Jean BAUDET, en 1462 c’est Jean GAUDIN et, à partir de 1471, les propriétaires de cet important fief sont les mêmes que ceux du château de Jallanges, fief, lui-même mouvant du château d’Amboise. Un acte de 1471 mentionne cet ancien fief comme une dépendance de Jallanges (Cet acte, qui était conservé à Jallanges, a brûlé dans l’incendie de 1981). Dès 1471, le moulin ainsi que la Prévosté de Villemereau (les noms des prévosts ne sont pas connus) entrent dans le fief de Jallanges.
  • Comme tous les domaines de Jallanges, le moulin a été donné à bail à un fermier général qui, lui-même, le faisait exploiter par un meunier : en 1613, Charles BROSSIER est dit meunier du moulin de Villemereau. Mais le moulin existait depuis au moins 1471 (date connue) et a été restauré, voire reconstruit, au cours des siècles tout en restant sur les mêmes structures. La grange à côté est du XVIIIème siècle.
    La Cure de Vernou reçoit une rente annuelle sur le moulin de Villemereau.  Elle consiste en 2 septiers de bled « mouture » à la mesure d’Amboise, soit 20 boisseaux mesure du Roy (il faut savoir que les mesures de capacité étaient différentes selon les villes et qu’il était utile de préciser). Un jugement à Tours en date du 27 juin 1613 condamne les propriétaires du moulin (les seigneurs de Jallanges, alors Marie DELESTANG veuve de François de BOUILLON) à servir la rente à la Cure de Vernou.
  • En 1776, M. de LA FALLUÈRE, seigneur de Jallanges, propriétaire du moulin de Villemereau,  signale que la rente est toujours payée et servie par les fermiers du moulin qui en sont chargés par leurs baux et actuellement c’est FOASSIER, fermier par son bail passé devant Maître REGNARD notaire à Vernou le 29 août 1776.
  • Un acte notarié de 1826 entre les propriétaires de Jallanges Comte et Comtesse de BIZEMONT et Joseph DOUSSET, meunier de Villemereau et son épouse, fournit des renseignements intéressants. Il s’agit de la Prisée du moulin de Villemereau  et des travaux à faire à la charge du meunier : La meule ayant 325 cm (12 pouces) d’épaisseur – la roue du moulin – l’arbre, fermes, 2 tourillons et ses 4 grilles et ses 4 bouchons de fer – la fusée garnie de ses grilles et juteaux – la palette et ses crapaudines – le pied de fer du moulin – la bascule servant à lever la meule – 2 pinces – la filoche et le câble – la meule de départ (le tour).
    Estimation : pour le compte de Dousset et sa femme 1094 Francs.

    Ce dernier a fait faire les réparations auxquelles ont été ajoutés des réparations supplémentaires, etc.
  • A la Révolution, le fief de Villemereau a été vendu comme bien national en l’An V, sur LEFEUVRE de La FALLUERE au Sieur B. SALLEIX. La superficie en était de 14,45 hectares.

Au début du XIXème siècle, le meunier du moulin de Villemereau était Jean-Louis QUENAULT marié à Angélique RUER (Jean-Louis QUENAULT était l’arrière-grand-père paternel de Roger LECOTTE bien connu des Tourangeaux).
Puis ce furent au XXème siècle :  le meunier-boulanger M. JAMAIN et son épouse, etc… Le moulin de Villemereau a été transformé en jolie maison d’habitation avec, sur son pignon, les restes de la roue de moulin et la structure pour l’écoulement de l’eau provenant du bief, qui actionnait la roue. Le bief est aujourd’hui asséché.

Source : AD37 – estampe 8Fi0516

Le « Petit Fief » et le Moulin d’Angibault

Le corps du moulin, halle et habitation, datent de la  fin du XVIème siècle ; les dépendances actuelles sont plus tardives. L’épaisseur de certains murs (0,60 m) fait penser à une construction plus ancienne remontant sans doute au début du  XVIème siècle…

  • Au XVIème siècle, le Petit Fied d’Angibault appartenait à la famille BABOU, seigneurs de la Bourdaisière.
  • Le 14 janvier 1619 Jacques BOUCHER et son fils, vignerons, demeurent à Angibault.
  • Puis il devint la propriété des seigneurs de Bas-Cousse, au XVIIème siècle.
  • Le 6 mars 1759, vente de la Mestairie de Bel Air et du moulin Angibault par demoiselle Claude DUPOIRIER à Claude-Pierre LEFEUVRE de la FALLUÈRE.
  • En 1773, le plan de « La dixme des Anges » mentionne très clairement ce fief. Il est alors dans la mouvance de Bas-Cousse.
  • Le 21 mai 1782, il appartient à Madame de Pocé, Angélique DAUPHIN veuve de Jean de COP seigneur de Pocé et de l’Hôtel-Noble.  A la même date, il est baillé à ferme à Anthoine Paschal COURANGON.
  • En 1792, il est racheté, comme bien national, par le Sieur Claude ETIGNARD de la FAULOTTE et, en 1808, il devient par héritage de son beau-père, la propriété de César-Joseph BACOT (maire de La Croix-en-Touraine et seigneur de l’Hostel-Noble à Vernou), en même temps que Bas-Cousse.
  • Au décès de César-Joseph BACOT en 1870, il passe à sa fille Césarine BACOT qui a épousé le Baron Gustave ANGELLIER, propriétaire de la Bourdaisière. En 1871, sous le nom des « réserves d’Angibault », le petit fief passe à Gabriel ANGELLIER et son épouse Elisabeth BONNEAU d’ALENCON, en avance d’hoirie (les réserves d’Angibault dépendaient de la terre du Chalentier qui couvrait Vernou, Reugny et Chançay). Gabriel ANGELLIER revend Angibault en 1875 à la famille BOUJU-DAVIAU. A cette date, la meunerie est toujours en activité. Le bâtiment du moulin existe toujours mais il a perdu sa roue. Le bief est toujours là et bien entretenu, il possède encore sa vanne.

Le Moulin de Cosse dit « Courtemanche »

  • Le moulin fut construit en 1628 (marqué sur la voûte de la porte avec les initiales LG et TL de gauche à droite et EH et L de haut en bas : ces initiales ne correspondent pas aux divers seigneurs des Cousses connus, peut-être à celles d’un maître meunier).
  • Le plan de la « Dixme des Anges » mentionne ce moulin comme faisant partie de Haut-Cousse.
  • Le 6 janvier 1754, le moulin à blé de « Haut-Cousse » a été baillé à ferme par Pierre de HOUDAN des LANDES, chevalier, seigneur du Bas-Cousse et Dame Catherine DUPOIRIER son épouse, à François PERRÉ laboureur et marchand  meunier demeurant à la Ville-aux-Dames puis à Vernou en 1756.
  • Ce dernier cède son bail le 17 octobre 1756 à Pierre GUIOT marchand blustier (bluttier) pour 6 ans : la ferme du moulin comprenant un logement pour le meunier, une grange, une écurie, un toit à porcs, des ustensiles pour le moulin et jardin.
  • En 1791, c’est François COURTEMANCHE le maître meunier, il est marié à Catherine GEORGET, issue d’une famille de maîtres meuniers dont le dernier meunier du moulin banal de Vernou.

Dans un texte de 1791, il est écrit « le moulin de Cossé », ce qui prouve que l’on devait  prononcer Cossé et non Cousse.

Source : AD37 – estampe 8Fi0515

(extrait de « Naissance d’un bourg ligérien au cœur de la Touraine : Vernou-sur-Brenne » (2005) édité par le Conseil Général de Touraine) et des six suppléments à la suite (auteure Hélène Vagnini).

4.3 6 votes
Évaluation de l'article
Partager via :
S'abonner aux commentaires
Me notifier des
guest
1 Commentaire
plus anciens
plus récents
Inline Feedbacks
View all comments
Odile GROSGEORGE
Odile GROSGEORGE
5 mois plus tôt

J’ai beaucoup apprécié la partie de l’article consacré au moulin des Landes. Je suis une descendante (lointaine) de Philippe de Houdan née en 1696. Contrairement à ses sœurs Madeleine et Anne, elle n’a pas été demoiselle de Saint Cyr (Pourquoi, je ne sais pas) et elle n’a pas épousé un noble. Elle s’est mariée avec Nicolas Sorin, huissier de justice. Une de leurs filles, Marguerite Sorin a épousé François Demonceaux de Reugny. il était huissier de justice comme ses ancêtres depuis plusieurs générations. La famille Demonceaux ou Demousseaux habite Reugny depuis 1500 environ. Et je suis une descendante en ligne… Lire la suite »