R comme Ripoe, Le Ripault et les Ripaulins : de la farine à… la poudre à canon !

Première époque

Article écrit par Mme Patricia MACHET, adhérente du Centre Généalogique de Touraine.
Twitter : @Pmachet

Monts – moulin et église (Coll. P. Machet)

Monts, qui tire son nom très certainement des deux collines qui dominent le bourg de 25 mètres, est traversé par l’Indre. La rivière y dessine deux belles boucles et diverses sinuosités favorables pour la construction de moulins.

Le lieu-dit du Ripault aurait d’ailleurs pour origine le terme Ripoe qui vient de Ripa en latin et qui signifie « petite rive » ou « rivage ».

La proximité de la rivière a façonné l’activité des habitants depuis fort longtemps. En 55 avant notre ère, un des généraux de CÉSAR, LABIENUS, est délégué pour occuper l’Ouest du pays et en particulier la cité gauloise des Turons[1].  
Les Romains[2] remarquent la grande pente de la rivière – 0,70 m par kilomètre, le double de celle de la Loire – et son étroitesse qui se prête à merveille à l’installation de barrages propres à fournir des chutes mettant en mouvement des roues à palettes.

Extrait Plan d’assemblage de Monts – AD37

Deux moulins furent d’abord créés (au Bourg et au Ripault vraisemblablement), puis bien d’autres au cours des siècles suivants… on dénombre jusqu’à 12 moulins à Monts, dont 7 existent toujours[3].

Les moulins banaux de Candé

Un acte notarié passé devant Louis THIERRY, notaire royal à Tours, le 31 février 1575, atteste de la présence sur les berges de l’Indre, de deux moulins à farine au lieu-dit du Ripault. C’est l’aveu de Candé, rendu par Victor BRODEAU, seigneur de la châtellenie de Candé à son suzerain et voisin, Louis de ROHAN, Comte de Montbazon.
Ces moulins, dits moulins à blé de Candé, sont des moulins banaux. Ils comportent une roue à aubes sur le côté et une meule en pierre de silex de la région.

Château de Candé – Coll AD37

Ils dépendent du château de Candé, construit en 1508 par BRIÇONNET, maire de Tours, sur le coteau faisant face au site du Ripault.
Pendant environ 200 ans, les moulins restent la propriété des châtelains : la famille BRODEAU jusqu’en 1712, puis le Chevalier GUENAND et enfin, en 1715, Pierre ANGUILLE de la Niverdière, commissaire provincial des guerres de Roussillon. Les châtelains louent les moulins à des meuniers.

[1] Turons : du nom de la tribu celte venue de Thuringe qui envahit il y a 2 500 ans, ce qui deviendra la Touraine.
[2] J. MAURICE « Monts et son passé, synthèse historique », 1980.
[3] Voir la liste des moulins sur le site de la commune : https://monts.fr/fr/rb/487710/patrimoine-37


Les meuniers

Toussaint DELALAY, meunier au Ripault, issu d’une grande lignée de meuniers

En 1721, les moulins de Candé sont loués au meunier Toussaint DELALAY.
Toussaint est né à Monts le 22 mars 1663, c’est le fils de Nicolas DELALAI et Jehanne BROCEAU.
Toussaint est issu d’une lignée de meuniers comme c’est souvent le cas dans ce milieu où l’endogamie est très forte. Ses ancêtres, frères, enfants et petits-enfants, oncles et neveux… sont meuniers, marchands-meusniers, blutiers… dans des moulins situés dans différentes paroisses tout au long de la rivière : Artannes, Pont-de-Ruan, Monts, Veigné.

Carte de Cassini – Paroisses du bord de l’Indre riches en moulins :
Artannes, Pont-de-Ruan, Monts, Veigné, Montbazon, Esvres

Ainsi, le père de Toussaint, Nicolas DELALAY est marchand meusnier à Monts comme on peut le lire dans l’acte de baptême de sa fille Charlotte daté de 1655. A noter que le parrain Laurand GENTILS qui est le neveu de Nicolas est lui aussi fils de meunier. Une fille de meunier épousant souvent un meunier, Léonarde DELALAY, la tante de Toussaint et Charlotte avait épousé Laurand GENTILS père, marchand meusnier … et la marraine est l’épouse de Sylvain BESNARD marchand (ce n’est pas précisé ici mais il est marchand meunier).

Baptême DELALAY Charlotte fille de Nicolas, marchand meusnier et de BROSSEAU Jehanne
le 23 août 1655 à Monts – IMG 44 – AD37 Collection communale – 6NUM7/159/003

Le grand-père de Toussaint, Nicolas DELALAY, est lui aussi marchand meusnier, à Artannes, comme l’indique le curé en 1647, dans l’acte de mariage de son fils Nicolas.

Extrait Mariage DELALAI Nicolas fils de Nicolas Marchand Meusnier,
avec BROCEAU Jehanne le 25 février 1647 à Artannes-sur-Indre IMG 24 – AD37 6NUM7/006/004

Toussaint DELALAY, notre meunier du Ripault, se mariera, pas moins de quatre fois. Il épouse le 24 février 1689, Jehanne BESNARD, fille de feu Sylvain, meunier déjà cité plus haut. Puis, le 31 janvier 1695, il épouse Marie VENEVIER, qui est fille de laboureur, tout comme sa quatrième épouse Jeanne MAZOUER avec qui il se marie le 7 mars 1707 toujours à Monts. Dans cet acte, le curé précise que Toussaint est meusnier.

Mariage DELALAI Toussaint meusnier veuf Marie RIDE avec Jeanne MAZOUER –
7 mars 1707 – Monts – IMG 4 – AD37 6NUM6/159/016

A l’époque, le taux de mortalité était élevé, en raison des épidémies et maladies, des décès des femmes en couche, des conditions de vie… mais on dénombre aussi des accidents, et dans les moulins, au bord de l’eau, ils étaient fréquents.
C’est ce qui arriva à sa troisième épouse, Marie RIDE que Toussaint épouse le 28 avril 1698. On comprend en lisant son acte d’inhumation en date du 16 janvier 1706, que Marie s’est noyée par accident. Elle est tombée à l’eau le 10 décembre 1705 (die decima decembris) mais son corps n’a, semble-t-il, été retrouvé qu’un mois plus tard ! 

Inhumation de Marie Ridé femme Toussaint Delalay le samedi 16 janvier 1706
à Monts – IMG 3 – AD37 6NUM6/159/015

Lorsqu’il se marie avec Jeanne MAZOUER, Toussaint doit fournir « l’extrait de la mort de Marie Ridé sa dernière femme, arrivée le 10 de décembre 1705 ».

Mariage DELALAI Toussaint meusnier avec Jeanne MAZOUER – 7 mars 1707 –
Monts – IMG 4 – AD37
6NUM6/159/016

L’inventaire de la Série G – Clergé séculier – Liasse G 886, signale un acte par lequel « Toussaint DELALAY, meunier au Ripault, en 1728, et Jacques Ouvrard, aussi meunier, en 1733, portent legs et fondations de messes ». Il pourrait s’agir de son fils ou de son cousin. Ce qui est sûr, c’est que son fils Laurent qui épouse en secondes noces à Monts, Marie ROUSSON, le 12 septembre 1729, et son petit-fils Toussaint seront aussi meuniers à Monts.


Les CUIRASSIER meuniers au Ripault

La famille DELALAY est remplacée par la famille CUIRASSIER. Enfin pas tout à fait car René CUIRASSIER épouse Catherine IMBERT le 17 juin 1755 à Monts, qui n’est autre que la fille de Jean et de Marie DELALAY, et petite-fille de Toussaint DELALAY…

Extrait Mariage CUIRASSIER René fils de feu Paul Moyse meunier aux moulins du Ripault
avec MORICE Jeanne le 31 mai 1740 à Monts IMG 10 – AD37 6NUM6/159/046

René CUIRASSIER avait épousé en premières noces, Jeanne MORICE le 31 mai 1740 à Monts.  Dans son acte de mariage, le curé précise que son père Paul Moyse CUIRASSIER était de son vivant meunier aux moulins du Ripault.
René est lui aussi issu d’une dynastie de meuniers… et sa descendance continuera à exercer les métiers de meunier, blatier et même de boulanger[4].
Le bail que René CUIRASSIER signe en 1761, nous renseigne sur ce qu’il devait au seigneur de Candé. René payait un loyer de 700 livres, mais devait aussi donner 50 anguilles, 2 dindes, 6 canards, 6 chapons, 14 poulets ainsi que de la farine, du beurre et 26 œufs ![5]

[4] Le mariage d’une fille de meunier à un boulanger était un moyen de détourner l’interdiction faite au meunier d’’exercer la profession de boulanger en lui garantissant des débouchés…
[5] Pierre AUDIN dans « Moulins de l’Indre tourangelle – de Loches à Azay-le-Rideau au fil de l’eau » publié par la Société d’Etude de l’Indre – 2001


Les crues de l’Indre

L’Indre connaît des crues régulières mais celle de 1770 fut terrible et meurtrière, ; elle marqua la population pour des décennies. Découvrons ce que décrit le curé de Monts dans le registre paroissial : « l’inondation a été si grande ce jour d’huy, 27 novembre, qu’on n’a jamais ouï parler qu’elle fut telle[6]. L’eau est venue avec tant de précipitation depuis dix heures hier soir jusqu’à deux heures après minuit que cinq ménages au bas du bourg du côté des ponts et quatre du côté de Montbazon ont été obligés de se sauver en grande diligence de leurs maisons. Elle a monté de trois pieds dans la cave de la Chapelle Sainte-Croix. Toutes les maisons le long des Pâtis jusqu’aux moulins des Fleuriaux et celle du village de Beaumer (où il y avait aussi un moulin) avaient de l’eau jusqu’à la couverture et tous les ponts ont été emportés, l’eau passant de dix pieds par -dessus… ».
L’inondation empêche la circulation d’une paroisse à l’autre, le curé de Monts est obligé d’enterrer des paroissiens d’Artannes : « l’inhumation a été faite dans cette paroisse à cause des grandes eaux qui interdisent le passage dudit Artannes ».

Un meunier meurt noyé dans son lit :
« Le vingt-huit novembre mil sept cent soixante dix
a esté inhumé dans l’église de cette paroisse par nous
curé soussigné Jacques Bassereau âgé d’environ
soixante ans, ancien meusnier des Fleuriaux, où il a
été surpris par les grandes eaux et ennoyé dans son lit la nuit du vingt six au vingt sept du présent
mois… »

Source : AD37 – Registre Monts 1770 6NUM6/159/076

[6] 15 pieds équivalent à env. 5 mètres ! En 1845, la plus forte crue du 19e siècle, le niveau de l’eau a atteint 3,24 m et celle de 1910 a atteint 2,83 m.


La destruction des moulins
à farine du Ripault

Lors des crues, les moulins sont les premiers exposés. En 1770, à Monts, ceux du Ripault, de l’Île Baranger, du Bourg et celui d’Epiray (qui était en reconstruction suite à un incendie) sont balayés par les grandes eaux.

Les moulins du Ripault sont détruits et leur reconstruction coûterait trop cher. Les châtelains vendent le site à deux marchands de fer de Tours, les sieurs MOULIN (!) et CHICOINE, qui obtiennent l’autorisation du roi d’y construire une tréfilerie au début de 1771.

Mais ceci est une autre histoire : U comme Usines au Ripault

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