T comme Truyes : le moulin à papier

Article rédigé par Michèle DREUX, adhérente du Centre Généalogique de Touraine.

A Truyes il existait trois moulins que l’on retrouve sur la carte de Cassini. Il y avait deux moulins à farine et un moulin à papier. Ces trois moulins n’existent plus.

Les trois moulins de Truyes sur la carte de Cassini vers 1768,
le moulin à papier est le plus proche de l’église

Depuis le milieu du XVIIème siècle, les TOUCHARD habitent dans la paroisse de Sainte-Suzanne (en Mayenne), Julien TOUCHARD (1686-1745) y est marchand poudrier.
Son épouse Catherine LENOBLE lui donne cinq enfants, tous nés à Sainte -Suzanne : Julien en 1711 (il décède l’année suivante), puis Julien en 1712, Catherine en 1714, René en 1716 et Gervais en 1718.
Gervais ne deviendra pas poudrier comme son père, et c’est probablement dans l’un des nombreux moulins sur l’Erve, une rivière proche de Sainte-Suzanne, qu’il apprend le métier de meunier. Le moulin le plus au nord sur la carte ci-dessous est un moulin à papier.

Carte de Cassini : en rouge les moulins sur la rivière de l’Erve

Gervais TOUCHARD et Marie LESOURD

Gervais a-t-il suivi l’Erve et ses nombreux moulins jusqu’à son confluent avec la Sarthe au niveau de Sablé-sur-Sarthe, avant de rejoindre la Touraine ? En 1742, il a 24 ans, il est papetier au moulin du Verger à Reignac-sur-Indre et, le 13 novembre de la même année, il épouse à Truyes Marie LESOURD, qui est la fille d’André LESOURD, papetier au moulin de la Thibaudière à Courçay.

La veille du mariage, un contrat est établi chez le notaire Me Rossignol. Comme tous les contrats de mariage, celui-ci est très précis quant aux biens apportés par les époux, aux conditions de dissolution en cas de décès de l’un ou l’autre des futurs époux, mais on y trouve aussi la poursuite du bail pris par le père de l’épouse à propos du moulin de Truyes, je cite : « Le dit André Lesourd père de la dite future épouse, voulant faire le bien et avantage des dits futurs époux, à ce jourd’hui cédé, quitte, délaissé et transporté aux dits futurs époux … c’est à savoir le moulin à papier de Truyes ses circonstances et dépendances par lui pris à titre de ferme du Sieur Blanchetton fermier de la Seigneurie de Chaix de laquelle dépend ledit moulin… »

Grâce à son alliance avec la famille LESOURD, Gervais TOUCHARD devient papetier à Truyes où il y fabriquera du papier pendant une trentaine d’années.

Filigrane sur un registre paroissial de Courçay de 1747
Est-ce celui de Gervais Touchard ?

Le 4 août 1768, un nouveau bail à rente est établi entre Jean Louis François BOUIN de NOIRÉ seigneur de Chezelle et Claude Magdeleine MOISANT, son épouse, avec Gervais TOUCHARD et son épouse Marie LESOURD pour ce moulin à papier de Truyes « avec ses tournants et travaillants consistant en un grand corps de bâtiment couvert de tuiles et paille, cave dans laquelle sont les cuves, chambre à cheminée et grenier au-dessus servant d’étendoir avec les cordages, la perche, grande cour et jardin, le tout renfermé devant une place devant une grande fontaine de source servant à faire travailler ledit moulin et un autre grand corps de logis couvert de tuiles… ».

Quelques jours plus tard, le 16 août 1768, toujours devant Me JAVARY, notaire à Loches et résidant à Cormery, Gervais TOUCHARD demeurant au moulin à papier de la Thibaudière à Courçay fait établir un procès-verbal de l’état des lieux du moulin de Truyes, celui-ci étant en très mauvais état. Les travaux à réaliser de toute urgence, tant sur le moulin, la maison d’habitation et les autres bâtiments, sont minutieusement détaillés et estimés à 2056 livres.


André TOUCHARD et Françoise LESOURD

Les travaux d’entretien et de réparations étant effectués, le 22 juin 1771 devant Me ROGUET notaire à Cormery, Gervais TOUCHARD et son épouse Marie LESOURD établissent un bail pour ce moulin à papier au profit d’André TOUCHARD, un de leurs fils. Le père exploite le moulin à papier de la Thibaudière à Courçay et il donne à André, son fils aîné, à titre de bail à ferme, le moulin de Truyes pour neuf années consécutives à compter de la fête de Saint-Jean-Baptiste de cette année-là. André est alors âgé de 24 ans, le bail sera ratifié dès qu’il aura atteint l’âge de majorité qui est fixé à 25 ans. Ce bail précise que le moulin à papier est situé dans le bourg de Truyes, qu’il est loué « avec tous ses ustensiles, pilles, maillets, tournant et virant, cuvettes, fourneaux, poilettes, chaudière, étendoir » (sic) et tout ce qui dépend dudit moulin, cave, bâtiments tant du moulin qu’autres pour loger le preneur, une grange, une fontaine, un jardin et quelques prés et terres. André s’engage à jouir des lieux en bon père de famille et à entretenir le moulin qui est actuellement « en bon état de réparations ». Il devra également payer les rentes seigneuriales et en fournir les justificatifs au bailleur. Le loyer est fixé à 200 livres par an. Gervais TOUCHARD laisse à son fils André, en avance sur son hoirie, les biens meubles qui existent dans ce moulin et les différents bâtiments. Ceux-ci sont estimés à 750 livres.

En février 1775, alors âgé de 28 ans, André TOUCHARD épouse à Truyes Françoise LESOURD : elle est la fille d’un huissier, mais sans lien de parenté connu avec Marie LESOURD sa mère.

Généalogie ascendante de TOUCHARD André

Le bail du moulin de Truyes est renouvelé le 24 janvier 1780 pour une nouvelle période de neuf années. Les termes sont presque identiques à celui de 1771 et le loyer est de 220 livres par an.

Gervais TOUCHARD décède en janvier 1785, son épouse Marie LESOURD en mai de la même année ; le partage de leurs biens est effectué entre juin et décembre 1785 devant Me ROSSIGNOL, notaire à Cormery. Ils ont neuf héritiers : quatre garçons, tous papetiers, et cinq filles. André travaille au moulin de Truyes, Julien au moulin de la Thibaudière à Courçay, Gervais est papetier à Cugand en Vendée et Protais, encore mineur, est compagnon papetier. Bien évidemment André hérite du moulin de Truyes qu’il exploite jusqu’au début du XIXème siècle, et c’est André son fils qui lui succède lorsqu’il n’est plus en âge de travailler.


André LAVIER et Catherine-Rose MICHAU

En 1827, alors âgé de 47 ans, André TOUCHARD fils, fabricant de papier demeurant au bourg de Truyes, donne à titre de bail à ferme à son cousin germain André LAVIER, et Catherine-Rose MICHAU son épouse, le moulin à papier de Truyes pour une durée de 18 années. Ce bail est très détaillé, André TOUCHARD fils a fait usage du moulin à papier jusqu’au 1er janvier 1827.
En plus du moulin, des bassins, tournants, virants, et autres ustensiles nécessaires à la fabrication du papier, se trouve un corps de bâtiment appelé chambre à la colle et un jardin, le tout renfermé de murs, puis un autre grand corps de bâtiment servant de logement, des caves, quatre autres bâtiments servant d’usine, un verger, un enclos de pré et terre, des vignes, des chènevières. Le bailleur se réserve l’usage d’une cave, une chambre haute dans le grand bâtiment et le droit de passer et de se promener dans la cour et dans le jardin et il s’engage à faire construire un étendoir à côté du bâtiment dit chambre à la colle. De son côté, le preneur s’engage à entretenir les ustensiles, instruments et outils afin de les rendre dans le meilleur état possible à la fin du bail. Le loyer est de trois cents francs par an payables par moitié au 1er janvier et à la fête de la Saint-Jean.

André LAVIER, né à Courçay en 1785, est fils de Jacques LAVIER et sa mère, Anne TOUCHARD, est une sœur d’André TOUCHARD père. André LAVIER est issu d’une famille de fabricants de serge, une activité artisanale en déclin à la fin du XVIIIème siècle. C’est chez son oncle André TOUCHARD qu’il apprend le métier de papetier avant de partir travailler à Lazenay, une petite commune limitrophe des départements du Cher et de l’Indre, chez un marchand papetier, où il épouse Catherine-Rose MICHAU, la fille de son patron, en octobre 1813. Peu après leur mariage, André LAVIER et son épouse reviennent en Touraine. De 1814 à 1826, André travaille comme ouvrier papetier au moulin du Verger à Reignac-sur-Indre avant de signer le bail pour le moulin à papier de Truyes le 1er janvier 1827.
Trois enfants vont naître de son mariage avec Catherine-Rose : Virginie en 1819 (elle épousera un plâtrier), André en 1826 (il deviendra papetier mais décédera sans enfant en 1858 à l’âge de 32 ans) et Anthime en 1832 (il deviendra plâtrier).

Généalogie ascendante de LAVIER André Aubin

La papeterie, parcelle 955 sur le plan napoléonien de 1823,
appartient à André TOUCHARD
Quelques années plus tard, en 1831, André TOUCHARD fera l’acquisition
des parcelles 1356 à 1360 dénommées Moulin de Truyes
où, vers 1850, sera installée la cartonnerie Oudin

Le bail de ce moulin à papier de Truyes ne sera probablement pas renouvelé, aucune trace dans les archives notariales. En 1839 André LAVIER fait l’acquisition d’une maison à Cormery où il devient cafetier pendant quelques années. Il semble que l’activité de ce moulin se soit arrêtée avant le milieu du XIXème siècle. Vers 1845, André LAVIER et son fils André s’installent comme fabricants de papier au moulin de la Thibaudière à Courçay.

La fabrique de papier et de carton se poursuivra à Truyes, mais dans un autre moulin situé au sud du bourg et plus proche de l’Indre : le moulin sera exploité par Auguste OUDIN, petit-fils d’André TOUCHARD père.

La cartonnerie Oudin avant 1912 (source : Wikipedia)

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Briqueloup
1 mois plus tôt

Un bail de 18 ans, cela fait une grande quantité de papier produite par ce moulin !
Je rêve de toucher de mes mains le papier que fabriquaient nos ancêtres. L’avez-vous touché ?

Michèle
Michèle
1 mois plus tôt
Reply to  Briqueloup

Peut-être quand les registres étaient accessibles ?